Provenance : collection privée, Allemagne.
L’image est pour le moins énigmatique : dans un caprice architectural dans la plus pure tradition classique un vieillard gît à terre, adossé à un...
read moreProvenance : collection privée, Allemagne.
L’image est pour le moins énigmatique : dans un caprice architectural dans la plus pure tradition classique un vieillard gît à terre, adossé à un parapet, tandis qu’une femme ailée et casquée semble venir à son secours, en brandissant nonchalamment une couronne de lauriers et un tuba. De façon plus que vraisemblable, il s’agit là de la Renommée, Fama, tandis que l’identité exacte du vieillard reste sujette à hypothèses. À côté de ces personnages allégoriques, une somptueuse nature morte prodigue un amoncellement d’instruments de musiques: violons, luths, mandolines et autres théorbes, à côté de médailles, livres, carnets de croquis, tableaux, bustes, ou encore d’instruments astronomiques et de navigation : boussole, astrolabe, sextant et compas...
Dans une vision globalisante propre à l’époque, architecture, peinture et sculpture sont représentées, à l’instar d’attributs du quadrivium : tableau de chiffres pour l’arithmétique, compas pour la géométrie et astrolabe pour l’astronomie, en sus des nombreux instruments de musique, bien entendu. Il n’est pas jusqu’à la philosophie, avec les bustes de Socrate et Platon, et, par là-même le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) qui ne soient représentés. Le panorama est donc complet des activités humaines, des plus élevées (les Arts Libéraux et plastiques), jusqu’au plus matérielles, qu’elles soient industrielles ou commerciales...
Reste donc à élucider le rapport que cette somptueuse nature morte des attributs des arts entretient avec les figures allégoriques de la Renommée et du mystérieux vieillard. Un premier essai d’interprétation serait de voir dans cette figure, allongée suivant la position typique des divinités fluviales, une Allégorie de l’Escaut, symbole de la ville d’Anvers : l’Escaut, source par excellence la prospérité de la ville, (on connaît la représentation allégorique de la ville par Abraham Janssen conservée au KMSK d’Anvers) est ici représenté comme source indirecte de l’extraordinaire rayonnement culturel de la métropole scaldéenne. La prospérité économique anversoise, mise à mal par la fermeture de l’embouchure du fleuve par les troupes hollandaises dans le cadre de la Guerre de Quatre-vingts Ans, ne s’en redressa pas moins, en trouvant de nouvelles parades, notamment dans le creusement de canaux (et c’est sans doute là le sens de la pioche sur laquelle s’appuie la figure), afin de se ménager de nouveaux débouchés maritimes. Ebranlée mais jamais véritablement écrasée, Anvers se relève donc de ses déboires à la manière de ce Dieu-fleuve auquel la Renommée semble venir prêter main forte... Et la fonction symbolique de cette nature morte n’est-elle pas de nous suggérer que c’est par les arts qu’Anvers réussira à conserver cette prééminence qu’essayèrent de lui enlever les Provinces-Unies protestantes ? Car, quelque formidable que fût leur essor économique et urbain, aucune des villles néerlandaises n’arriva vraiment à égaler le rayonnement que connut la métropole scaldéenne à ses heures de plus grande splendeur... Soulignons à cet égard l’hypothèse avancée par Dr Ursula Härting, qui relie la réalisation de cette composition à la gloire des arts anversois avec la fondation de l’Académie des Arts en 1665.
Une autre interprétation serait de voir dans le personnage masculin une personnification de Chronos. Abattu, c’est en vain qu’il essaye d’ensevelir la gloire des réalisations humaines. Sic transit gloria mundi, certes, mais si les gloires individuelles s’estompent, les formidables productions artistiques et scientifiques survivent à leurs créateurs et acquièrent une certaine forme d’intemporalité.
Le message est certes général mais ne s’en applique pas moins particulièrement bien, on l’a vu, au cas de la métropole scaldéenne dont c’est surtout le rayonnement culturel (que l’on songe à Rubens, Jordaens, Van Dyck, Moretus...) qui lui permit de conserver une position hégémonique, par ailleurs sapée dans ses fondements économiques.
Les interprétations ne sont que légèrement divergentes, on le voit, quant au sens final et au message global qui se dégage de cette merveilleuse composition. Ce qui, en revanche, échappe à toute forme d’ambiguïté sémantique est la virtuosité hors pair de la nature morte. Theodor Boeyermans réussit à combiner le souffle d’une grande composition baroque d’apparat au rendu minutieux et raffiné propre à l’échelle quasiment miniaturiste qu’il utilise. Boeyermans révèle un talent artistique complet, digne des plus hautes réalisations artistiques de cette métropole scaldéenne dont il se fait le chantre.
1620 - Antwerp - 1678
This history painter in Antwerp have traveled abroad at a young age as attest a will drafted at the age of 14, December 4, 1634. He may have followed an artistic education in the studio of Van Dyck as the master's influence is noticeable in his works. It was at Antwerp that Boeyermans graduated in 1640 then it seems that he undertook a trip to Italy. He became master of the Guild of Antwerp 17 May 1654. He painted altarpieces in many churches in Belgium.