Signé J. Brueghel 1612
Provenance :
Collection Frank Pratt-Barlon, Linchmere House, Haslemer ;
Galerie Gebr. Douwes, Amsterdam ;
Probablement galerie De Boer, Amsterdam ;
Galerie Katz,...
lire la suiteSigné J. Brueghel 1612
Provenance :
Collection Frank Pratt-Barlon, Linchmere House, Haslemer ;
Galerie Gebr. Douwes, Amsterdam ;
Probablement galerie De Boer, Amsterdam ;
Galerie Katz, Dieren;
Collection privée.
Cette oeuvre magistrale illustre à merveille toute la richesse d’une coopération artistique entre un père, considéré par tous comme l’un des génies du paysage flamand et un fils, digne héritier d’une lignée de peintres exceptionnels : Jan Brueghel l’Ancien et Jan Brueghel le Jeune. La composition trouve son origine dans un petit cuivre[1], peint par Jan Brueghel l’Ancien (vente Christie’s – Londres, avril 1985). On y trouve les éléments marquants de ce « marché aux bestiaux » tels le village, la masse compacte des bêtes ou l’affluence du petit peuple. Ici, c’est avec la maturité et l’assurance d’un peintre au sommet de son art, que Jan Brueghel l’Ancien réalise ce panneau de bois. Il sera aidé par son fils dans la réalisation d’une partie du paysage. Ce panneau de grande taille démontre par la finesse de ces détails et l’harmonie parfaite de ses couleurs toute la maîtrise d’un artiste d’exception capable de peindre à la fois la diversité des figures humaines et la splendeur du monde qui l’entoure.
Une telle association entre peintres était courante à Anvers pendant les années 1600. Jan Brueghel l’Ancien a souvent fait appel à des collaborateurs. Au début de sa carrière, il travailla avec Rottenhammer à Rome puis ultérieurement avec Joost de Momper, peintre de paysages de montagnes. Van Balen, peintre de figures mythologiques, Frans Snyders en tant qu'animalier, Sebastian Vrancx ou encore de Clerck collaborèrent également avec le grand maître. Adolescent, Jan Brueghel le Jeune débuta sa carrière dans l’atelier de son père. La réalisation de ce panneau date justement de cette époque et nous permet d’admirer tout le métier dont fait déjà preuve le fils lorsqu’il travaille aux côtés de son père dans l’exécution de certaines maisons ainsi que d’une partie du paysage. La virtuosité de la composition souligne un talent des plus prometteurs.
Peint par deux artistes éminents, ce panneau ne peut laisser indifférent. Le raffinement de sa facture, l’originalité de son sujet, la force de ses couleurs séduisent d’emblée le spectateur. L’intégration des deux différents styles qui le composent est remarquablement réussie : équilibre et harmonie sont les maîtres mots du tableau.
Malgré la grande profusion de personnages et de détails, malgré le chatoiement des coloris qui pourraient faire craindre un éclatement de la composition, le tableau conserve toute sa cohésion grâce à une structure rigoureuse. Brueghel ne recourt plus aux éléments repoussoirs alors placés au premier plan par les peintres pour suggérer la profondeur. Il innove en abaissant sensiblement la ligne d'horizon de telle sorte que le spectateur ne domine plus le paysage mais s'y retrouve de plain-pied. L'ancienne division des plans en profondeur selon la convention des trois tons est abolie au profit du seul premier plan qui se rapproche du spectateur. En rapprochant le sujet de la nature et des lieux familiers, la composition gagne en réalisme. Ce sentiment d'immédiateté que procurent les paysages de Brueghel de Velours apparaît comme une grande innovation dans le genre du paysage au XVIIe siècle.
Ce phénomène est encore accentué par le choix du sujet qui anime la composition. Aux faits bibliques, historiques ou mythologiques qui servaient de prétexte à la peinture de paysage, succèdent des scènes quotidiennes qu’illustre parfaitement notre Entrée de village avec son marché aux bestiaux.
Cette conception novatrice du paysage formulé par Brueghel fut largement utilisée par son fils, Jan le Jeune, mais aussi par nombre d'épigones qui œuvrèrent dans son esprit; citons, parmi les contemporains, A. Govaerts, A. Mirou et A. van Staelbempt; parmi les suiveurs, P. van Avont, I. van Oosten, P. Gysels, P. Bout, M. Schoevaerdts, les Van Bredael et T. Michau qui continuèrent à produire, en plein XVIIIe siècle, des scènes de marché et des vues de villages au bord de rivière inspirés directement de Brueghel de Velours.
[1] Scène de village avec marché aux bestiaux, 25,7 x 36,9 cm, reproduit dans K. ERTZ, Jan Brueghel der Altere, Cologne, 1979, p. 221, n°280, kat. n°267, p.602.
1568 Bruxelles - Anvers 1625
Jan Brueghel le Vieux, appelé également Brueghel de Velours en raison de la séduction de sa palette, est le deuxième fils de Pieter Brueghel le Vieux et le frère de...
lire la suite1568 Bruxelles - Anvers 1625
Jan Brueghel le Vieux, appelé également Brueghel de Velours en raison de la séduction de sa palette, est le deuxième fils de Pieter Brueghel le Vieux et le frère de Pieter Brueghel le Jeune.
Il passe ses premières années d’apprentissage chez Pieter Goekindt, peintre anversois, avant de partir vers 1590 pour l’Italie. On le trouve cette année là à Naples, puis à Rome en 1593 et 1594, et finalement à Milan en 1595 où il a pour protecteur le Cardinal Borromée.
En 1596, il revient à Anvers où il s’inscrit comme Maître. Il acquiert le droit de bourgeoisie en 1601 et occupe l’année suivante la charge de Doyen de la Corporation. Après un voyage à Prague en 1604 et à Nuremberg en 1606, il revient à Anvers et est nommé peintre officiel de la cour par l’archiduc Albert et l’infante Isabelle.
La diversité des sujets traités, sont d’un raffinement, d’une précision et d’une virtuosité extrêmes. Il est surtout l’un des plus grands spécialistes du paysage du XVIIe siècle. Il en renouvelle totalement la conception en créant un genre à la fois simple et lyrique, liant les différents plans par des personnages qui sont quelquefois exécutés par Rubens.
Daniel Seghers fut, en dehors de son fils Jan II, son unique élève, mais son influence fut immense et s’exerça sur plusieurs générations de peintres.