Au revers des deux toiles, cachets de la douane française.
Provenance :
• probablement Collection Lord Carnavon ;
• vente anonyme, Paris, Galerie Charpentier, 9-10 mars 1956, lot 83-84 ;
•...
lire la suiteAu revers des deux toiles, cachets de la douane française.
Provenance :
• probablement Collection Lord Carnavon ;
• vente anonyme, Paris, Galerie Charpentier, 9-10 mars 1956, lot 83-84 ;
• collection comte du Boisrouvray avant 1973 ;
• vente de la collection du comte et de la comtesse Guy du Boisrouvray, Sotheby's, New-York, 27 octobre 1989, n° 72 ;
• acquis à cette vente par le mari de l'actuelle propriétaire.
"Si Canaletto satisfait l’œil, Guardi le séduit", cette citation d’un critique du XIXème siècle résume brièvement mais parfaitement l’œuvre de Guardi. Illustre vedutiste, l’artiste prend soin de décliner les façades des palais baignées par le soleil de la Sérénissime. La lagune, étendue tantôt dynamique, tantôt calme, est le théâtre de joutes nautiques, de traversées en gondoles ou encore d’activités mercantiles. S’il partage avec le spectateur ses impressions, ses toiles traduisent le goût d’un temps où l’Italie faisait déjà figure de tropisme et de destination des plaisirs.
Ces deux charmantes toiles sont des exemples probants de la vie à Venise d’une part et de la manière de la représenter d’autre part. La première vue est celle de l’Isola San Michele ; île de refuge des voyageurs et des pêcheurs, Mauro Codussi y fit élever la première église Renaissance de la Cité en 1469. Présentée de biais, l’église de San Michele s’apparente volontiers aux vues de San Giorgio Maggiore. Une composition similaire se trouvait autrefois dans la collection Moratilla à Paris.
La seconde toile, dont le thème est récurrent dans l’œuvre de Guardi, est une vue du Rio dei Mendicanti. Sur la berge, on distingue le plus grand hôpital civil de Venise. Tout comme dans la version conservée à la galerie de l’Académie Carrara de Bergame, des gondoles transportant de petits personnages animent le canal.
Étrangement peu reconnu de son vivant car trop moderne au goût de ses contemporains, Francesco Guardi est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands artistes de l’histoire. Précurseur d’un nouveau style, il a su manipuler la lumière avec une grâce qui ne s’était encore jamais vue. On dit que Canaletto a peint la république émergeant de l’eau de la lagune ; Guardi nous donne, quant à lui, l’impression d’une cité se dissolvant dans l’eau et la brume. Probablement réalisées dans les dernières années de la carrière de l’artiste, ces deux ravissantes toiles attestent de tout son talent. Lumière enveloppante, murs décrépis, et effervescence des vénitiens, tout concoure à faire de ces deux œuvres, des pièces exemplaires de l’artiste.
1712 –Venise – 1793
Issu d’une famille de peintre dont il est le plus connu, Francesco Guardi est, avec Canaletto, le peintre par excellence des vedute, ces vues à la fois pittoresques et...
lire la suite1712 –Venise – 1793
Issu d’une famille de peintre dont il est le plus connu, Francesco Guardi est, avec Canaletto, le peintre par excellence des vedute, ces vues à la fois pittoresques et minutieuses de Venise, un genre picturale qui s’épanouit pleinement au XVIIIe siècle.
A ce jour, on ne dispose que de peu de documentation sur la vie et le développement artistique de Francesco Guardi. On sait qu’il travailla dans l’atelier de son père, Gian Domenico avec son frère Antonio. Son père était l’élève de Sébastiano Ricci, maître renommé, et dont la peinture eut une forte influence dans le développement du style de notre peintre. C’est en effet par son entremise que Guardi connut la technique de la tache, technique qui s’avèrera prépondérante dans l’évolution du style de ce grand peintre vénitien.
Dans la première partie de sa vie, il fut peintre de décorations et de tableaux d’église. Ce n’est qu’après la mort de son frère Gianantonio survenue en 1760 que Guardi concentrera son attention aux vues de la Sérénissime. Il est alors le premier artiste exclusivement occupé à dépeindre une réalité telle qu’il la voit. Il sait retransmettre de manière fabuleuse la vision lyrique d’une ville ou d’un paysage. Francesco Guardi est le premier représentant de cette sensibilité nouvelle qui dominera bientôt l’ensemble de la production picturale vénitienne au moment même où la République maritime s’enfonce dans la décadence politique et économique. Guardi, maîtrisant toujours davantage son style unique, continuera à peindre des vedute et des capriccii jusqu’ à tard dans sa vie.
Aujourd’hui Guardi tient une grande place dans l’histoire de l’art. Son œuvre est dispersée à travers le monde entier (sept d’entre elles sont au Louvre). Sa vision de Venise a influencé celle des grands peintres qui ont utilisé cette ville comme source d’inspiration à l’exemple de Monet et de Turner. Le style de Francesco Guardi est avec celui de Constable, de Goya et celui des maîtres de Fontainebleau, le véritable substrat d’une nouvelle approche de la peinture qui conduira, aux portes du XXème siècle, à la naissance de la peinture moderne.