Signé et daté : "ABEL GRIMER FECIT 1599".
Provenance :
• galerie Douwes, Amsterdam, 1925 ;
• collection de Lady Thomas, Londres, 1927 ;
• collection de Alan P. Good, Oxfordshire, 1953 ;
•...
lire la suiteSigné et daté : "ABEL GRIMER FECIT 1599".
Provenance :
• galerie Douwes, Amsterdam, 1925 ;
• collection de Lady Thomas, Londres, 1927 ;
• collection de Alan P. Good, Oxfordshire, 1953 ;
• collection du Birmingham Museum of Art, Birmingham, Alabama, 1956 ;
• collection privée.
R. de Bertier de Sauvigny observe que cette œuvre est reprise de l’estampe du Portement de croix attribué à Henry Met de Bles (c.1480-1550), conservé à la Galleria Doria de Rome, lui même transposé du Portement de croix de Pierre Brueghel l’Ancien, daté de 1564 et exposé au Kunsthistorisches Museum à Vienne. Quelle que soit l’exactitude de ces reprises, elles furent cependant traduites par quelques changements dans la langue des formes typiques d’Abel Grimmer, simplifiées et schématisées. Le peintre s’exprime ici d’une manière plus poétique et, même s’il suit encore les lignes directives des deux tableaux cités, il renonce en revanche à la complexité de la mise en scène et à la représentation caricaturale de la masse humaine du cortège. La chute du Christ et le miracle de la Sainte Face sont représentés au milieu du tableau, comme cela deviendra l’usage à l’époque baroque.
Dans un paysage vu d’un angle élevé - très proche encore de "l’image du monde" du XVIe siècle, Abel offre une composition d’une grande efficacité avec un horizon haut placé, un large bandeau médian et un avant-plan de plateformes surélevées, qui scindent l’espace du tableau et lui confèrent une grande lisibilité. Au premier plan, proches de l’observateur, se tiennent des spectateurs passifs - jouant un rôle de repoussoir- à distance respectueuse des événements quoique cette populace soit avide de sensations, tant les mères avec leurs enfants que les curieux paysans stationnés le long du trajet du cortège. Le plan médian s’étend, sur la droite, à travers la route qui mène sans s’interrompre jusqu’à un paysage de ville qui se veut être la Jérusalem sainte. Le sens aigu des perspectives, le caractère précis et rigoureux du rendu des bâtiments ainsi que la recherche de la pureté de leurs lignes témoignent des préoccupations de l’architecte qu’il fut également. Le regard du spectateur est attiré vers la scène centrale, légèrement décalée vers la gauche, où le Christ porte sa croix. Le chemin en pierre vire alors en de larges coudes vers la colline du mont Golgotha, pour se perdre dans le lointain, au sommet de ce plateau où aura lieu la crucifixion. Le fond du tableau dépeint des silhouettes de montagnes perdues dans la lumière brumeuse du ciel. La colonne humaine, qui a franchi l’enceinte de la ville sainte, gravit la montagne en serpentant, dans un mouvement ascensionnel qui domine la composition et dont la vigueur fond en un ensemble formel la diversité des formes, des figures et des évènements. Le coloris subtil est très beau, avec les bleus pâles accentués par le rouge et le brun des costumes.
Cette Montée au calvaire se rapproche beaucoup, par sa composition, de la version autographe du Groeningemuseum à Bruges.
1570 - Anvers - 1618
Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde...
lire la suite1570 - Anvers - 1618
Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d’être reçu comme Maître dans la Guilde des peintres de Saint-Luc en 1592.
Il peignit de nombreux paysages de petit format, représentant des scènes champêtres avec parfois l’insertion de motifs bibliques; il fut surtout le spécialiste des séries consacrées aux Quatre Saisons et aux Douze Mois, qui sont en quelque sorte la transposition sur panneaux des calendriers des miniaturistes.
Contemporain de Pieter Brueghel le Jeune, il interpréta comme lui, mais d’une manière très personnelle, certaines gravures et modèles conçus par Pieter Bruegel l’Ancien et par Hans Bol. Il resta ainsi profondément attaché à l’esprit et à la conception un peu archaïque du XVIe siècle. Il aurait également suivi une formation d’architecte. Ce serait cette préoccupation de professionnel - dans le rendu des bâtiments et des perspectives - que l’on rencontrerait dans ses peintures représentant des intérieurs d’églises ou de palais, ainsi que dans ses vues panoramiques de la ville d’Anvers et ses tours de Babel.
Il fait preuve d’une très grande habileté de dessinateur, d’un sens de l’observation juste et aigu. Le caractérisent un graphisme sévère et précis, une vision synthétique de la nature à l’exemple des primitifs et miniaturistes, une composition aux lignes schématiques, une extrême subtilité dans le choix et la juxtaposition des tons.
On a pu dire de lui, quand on ne connaissait guère encore l’étendue de son œuvre, qu’il “simplifiait la nature avec une charmante et poétique naïveté, accompagnée d’une grande maîtrise d’exécution”. En fait, sa conception picturale allie un certain réalisme du paysage, en un accent très personnel, à une stylisation de la nature et des architectures.