Provenance :
Collection Christian Dior, château de la Colle Noire ;
Puis par descendance, Catherine Dior.
Peintre de Joyeuse compagnie, Jan Massys excelle dans l’art du rébus avec cette...
Per saperne di piùProvenance :
Collection Christian Dior, château de la Colle Noire ;
Puis par descendance, Catherine Dior.
Peintre de Joyeuse compagnie, Jan Massys excelle dans l’art du rébus avec cette œuvre inédite dont le sens nous dit long sur les adages en vogue à la fin de la période médiévale et au XVIe siècle. L’iconographie humoristique sous les pinceaux de Bruegel et Jan Steen nous est bien connue. C’est donc conjointement à la grande peinture d’histoire que se développent au début de la période moderne des sujets évoquant le rire et reprenant le motif médiéval du fou. On connaît l’influence des rébus sur la culture populaire ; ils étaient frappés sur des monnaies de plomb ou parfois d’étain, des jetons ou méreaux et diffusés lors de fête des Sots, des Fous et des Innocents. Surabondantes sont les références à la folie, et le fou vêtu d’un habit jaune et vert à capuchon est omniprésent dans les recueils de mythologie populaire.
De Wereld voedt veel zotten est un proverbe flamand signifiant que « le monde se nourrit de grands imbéciles ». Il figure dans notre tableau sous la forme d’un rébus scindé en quatre symboles et du portrait des deux fous. Le premier symbole est la lettre dorée D ; le deuxième est un globe translucide surmonté d’une croix ; le troisième est un pied et enfin le quatrième est une viole. Le rébus se conclut par la représentation des deux compères, en buste, mangeant de la bouillie. Ils portent le costume traditionnel du fou, à savoir, un manteau à capuchon, vert et jaune pour l’un, blanc et bleu pour l’autre. Les deux vêtements sont à pans triangulaires et se terminent par la coiffe typique aux oreilles d’âne, partagée en son milieu d’une couture et formant une crête de coq. Si le fou de gauche porte à sa bouche une cuillère de bois contenant une mixture indéterminée, le second clôt ses lèvres de son index. Peut-être le peintre fait-il référence au dieu grec Harpocrate, dieu du silence ? De fait, le silence est une vertu associée à la sagesse ; elle est évoquée ici avec beaucoup d’ironie. Son père, Quentin Metsys en avait d’ailleurs fait le sujet de son Allégorie de la Folie vers 1510 : le fou tenant sa marotte de la main gauche pointait ostensiblement son doigt droit sur sa bouche[1]. Comme son fils, le style grotesque de Quentin fait mouche : les traits exagérés, le rictus moqueur, le regard sournois. On reconnaît bien dans cette œuvre la pâte d’un maître, adepte de farces et cocasseries.
Précisons que ce rébus naît en pleine diffusion de la Nef des Fous (1494) de Sébastien Brant et jouit du succès populaire de l’Eloge de la Folie d’Erasme (1509), fiction burlesque dans laquelle la déesse de la Folie émet une critique virulente des diverses professions et catégories sociales. Ces deux personnages sont bien loin de nous inspirer de la sympathie ou d’exprimer lato sensu la folie commune inhérente à l’être humain. Tout se passe comme si Massys, dans une approche résolument moralisatrice, nous mettait en garde contre les créatures néfastes. Trois autres versions moins abouties, mais de dimensions similaires, nous sont connues : l’une est dans une collection privée autrichienne, la deuxième dans une collection hollandaise, la troisième a disparu depuis son passage en vente en 1904 à Aix-la-Chapelle.
Ce tableau dont l’exacte origine iconographique nous échappe encore suscite bien des questions et étonne par la modernité du jeu qu’il soumet au spectateur. Passé par la collection Christian Dior, il porte en lui les adages de son temps et le style résolument burlesque de Jan Massys.
[1] Vendu chez Christie’s New York, 27-01-2009, panneau, 60,3 x 47,6 cm.
1509 - Anvers – c.1573
Fils de Quentin Metsys, Jan travaille dans l’atelier de son père jusqu’à la mort de ce dernier. En 1539, il est inscrit à la guilde, et on lui connaît déjà quelques élèves. Alors qu’il épouse sa cousine Anna Tuylt en 1538, il est banni et accusé d’hérésie en 1544. Il gagne alors l’Italie, travaille à Gênes en 1550 et semble être revenu à Anvers en 1558, où il vécut encore jusqu’à sa mort. Jan Massys eut pour élèves Frans Tuylt, Frans de Witte et Olivier de Cuyper. A son retour d’Italie, il fut l’un de ceux qui firent connaître le maniérisme de Primatice en Flandres. Sa renommée se fait après cet exil, traitant sujets galants, bibliques ou mythologiques.
Son art est fait d’influences italiennes et anversoises. Parfois proche du style de l’école de Fontainebleau, il développe un style singulier. Ses joyeuses compagnies font son succès, et l’héritage paternel se ressent dans le réalisme des personnages et l’accentuation des traits, Joyeuse Compagnie (Cherbourg), les Amoureux mal assortis (Anvers), les Fermiers chez le seigneur (Dresde).