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Pieter Brueghel le Jeune

L’été : le repas des moissonneurs

Panneau : 59,7 x 80,4 cm

Signé et daté BRVEGHEL 1600

présentation

En 1570, un an après la mort de Bruegel l’Ancien, Hieronymus Cock publiait une série de quatre gravures représentant les Saisons, commande faite au moins cinq ans plus tôt à Bruegel l’Ancien de quatre dessins que Cock se chargerait de graver. Mais le peintre, alors établi à Bruxelles, n’eut pas le temps d’achever le travail et ne fournit que les deux premiers dessins : celui du Printemps, conservé à l’Albertina de Vienne, signé BRVEGEL et daté 1565, et celui de l’Eté, conservé à la Kunsthalle de Hambourg, également annoté [B]RVEGEL (le B manquant par la suite d’une coupure) et daté 1568. Bruegel l’Ancien décédé, Cock demanda à Hans Bol de lui fournir rapidement les dessins de l’Automne et de l’Hiver, de sorte que la série des quatre planches put paraître en 1570.

Pieter Brueghel le Jeune a trouvé en ces estampes la matière de quelques uns de ses plus beaux tableaux. Abel Grimmer s’en est également inspiré mais la manière de chacun d’eux s’affirme avec netteté et leurs versions ne se confondent nullement. Alors que l’on connaît certaines séries de Grimmer restées complètes, il semble que celles de Pieter le Jeune aient été démembrées de bonne heure. Peut-être le premier avait-il l’habitude de ne pas scinder ce genre de suite, tandis que le second consentait à fournir une saison isolée à la demande de sa clientèle ?

L’époque de la moisson, l’été, telle qu’elle est évoquée sur ce panneau, n’est pas un simple épisode déterminé par le travail des champs. L’été, c’est l’épanouissement de la vie, une forme d’apothéose de la terre, de la puissance du soleil, et des liens intimes unissant la vie de l’homme à celle de la terre, dans la force du renouvellement de la nature. Une influence maniériste se ressent dans cette composition expressive. Dans la torpeur du mois d’août, la fécondité de la terre s’impose sous l’écrasante chaleur de midi. L’air ne circule pas : pas de feuillage, ni d’épis de blé vibrant. Les personnages s’intègrent naturellement au vaste paysage jaune, presque tout entier couvert de blé aux tons roux et dorés, et ponctuent la ligne de fuite du champ. On retrouve, au premier plan du panneau, à gauche, le faucheur de l’estampe puissamment campé dans l’action, qui, par ses seules qualités plastiques, la puissance des acteurs de la vie des paysans, celle de la terre et de leur pérennité commune. D’autres faucheurs, glaneurs, relieurs ou encore les minuscules silhouettes des porteurs de gerbes de plans lointains s’affairent entre deux étendues de blé mûr. A l’avant-droit, un groupe de paysans a cédé au besoin du repos. Le motif de cette collation de midi évoque le groupe du grand tableau de Pieter Bruegel l’Ancien, la Moisson, conservé au Metropolitan Museum à New York. Les huit paysans, qui ne sont pas ici réunis à l’ombre d’un arbre, mangent et boivent. Une fermière règne sur ce groupe et s’en distingue par sa belle tenue. Son grand chapeau de paille, son corsage jaune, son tablier blanc bien noué sur la jupe verte lui donnent de l’élégance.

Cette version datée de 1600 semble être la première des 21 versions dénombrées par K. Ertz. S’il s’agit d’un prototype, elle montre bien la volonté de Pieter le Jeune de s’affranchir des compositions paternelles.

Provenance :
Galerie Sanct Lucas, Vienne, depuis 1937 ;
Prof Julius Singer, Prague (acquis le 14 juin 1937 pour 16.000 Schillings);
Max Oberländer, Vienne et Rio de Janeiro (probablement acquis du précédent);
Collection privée, USA.


Littérature :
G. MARLIER, Pierre Brueghel le Jeune, Brussels 1969, p. 232 ;
K. ERTZ and C. ERTZ(eds.), Breughel-Brueghel, Pieter Breughel d. J.-Jan Brueghel d. Ä., Flämische Malerei um 1600, Tradition und Fortschritt, cat. exp., Essen 1997, p. 373, cat. n° 120, reproduit, fig. 4; Breughel-Brueghel, Een Vlaamse schildersfamilie rond 1600 (Une famille de peintres flamands vers 1600), cat. exp., Anvers 1998, p. 360, cat. n° 127d ;
K. ERTZ, Pieter Brueghel der Jüngere (1564-1637/38). Die Gemälde mit kritischem Oeuvrekatalog, Lingen 1988/2000, p. 594 n°E627, pp.562-566, reproduit p.563 fig.462.