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de jonckheere old masters

Panneau : 42,5 x 59 cm

présentation

Fils aîné de Pieter Bruegel l'Ancien, il se fixe de bonne heure à Anvers où il reçoit sa formation dans l'atelier du paysagiste Gillis van Coninxloo. Il est reçu Maître en 1585. Il n'a pas cinq ans quand meurt son père en 1569 qui n'a donc pas pu l'initier à la peinture. Sa mère, la fille du peintre Pieter Coeck d'Alost, elle-même peintre, décède alors qu'il n'est qu'adolescent, mais il semble qu'elle ait joué un rôle lors de son apprentissage. En 1588, il épouse Elisabeth Goddelet dont il aura sept enfants.

Il est surnommé Brueghel d'Enfer bien que ses compositions infernales soient exceptionnelles dans son oeuvre. Pieter Brueghel le Jeune travaille selon deux orientations différentes. Dans un premier temps, il reprend un grand nombre de compositions de son père et en développe plusieurs versions. Il y apporte sa touche personnelle par les variantes qu'il introduit, parmi lesquelles, l'importance qu'il confère au paysage, ainsi qu'une coloration propre, plus vive que celle de son père et d'une grande pureté. La seconde période débute vers 1615-1620. Il affirme sa personnalité par la création de compositions originales qui dès l'époque eurent un vif succès et suscitèrent-elles aussi plusieurs répliques. Le fameux peintre de natures mortes et d'animaux Frans Snyders et son fils Pieter Brueghel III furent ses élèves. Au-delà du prolongement qu'il donne à l'oeuvre de son père, Pieter Brueghel II occupe une place marquante au XVIIe siècle, notamment par son extrême qualité picturale et la pureté de son coloris, qui influença l'ensemble des peintres flamands de son siècle.

Il eut une carrière particulièrement féconde, étendue sur près d'un demi-siècle et connut un vif succès dès son vivant.

Œuvre originale, détachée de tout modèle paternel, cette composition est sans doute l'une des plus abouties et équilibrées que nous ait données Pieter Brueghel le Jeune sur le thème des réjouissances populaires. L'artiste s'intéresse de façon novatrice, avec sa verve et sa malice habituelles, aux événements qui se déroulent à la fin des festivités, lorsque le paysan, saoul et repus s'en retourne chez lui. Contrairement aux scènes de kermesses plus classiques, celle-ci s'articule davantage sur le modèle des processions nuptiales et se déroule en rase campagne. Le tableau se voit découper en deux niveaux qui se superposent afin de rendre parfaitement compréhensible l'histoire qui se déroule.

L'avant-plan répond aux canons théâtraux de l'époque. Brueghel concentre sur un lacet de route, surélevé à la façon d'une estrade, une foule compacte de personnages s'en revenant d'une fête. L'artiste y trouve l'occasion de détailler leurs mouvements, mimiques et attitudes. L'usage consacre l'appellation de Retour de Kermesse pour ce tableau, mais on s'aperçoit aisément qu'il pourrait tout aussi bien s'intituler Retour de procession. Le personnage vêtu en gentilhomme à l'avant-plan gauche porte en effet un drapelet processionnel, ce qui ne doit guère surprendre dans un contexte historique où festivités religieuses et réjouissances populaires étaient intrinsèquement liées et se déroulaient conjointement.

Derrière ce groupe, un couple d'âge moyen mais de corpulence imposante avance péniblement. Ils sont accompagnés d'un jeune homme portant une oriflamme enroulée ainsi que d'un jeune enfant, rivé à son cheval de bois. Au centre de notre composition, un groupe de paysans conserve suffisamment d'énergie pour se lancer, au son d'une cornemuse, dans une farandole endiablée, tandis que plus à droite, une femme tente désespérément de ranimer les esprits de son époux, visiblement très éméché. A l'extrême droite, un homme à l'écart s'apprête à reprendre péniblement le chemin du retour tandis que sa femme, assise, semble terminer un besoin pressant. Assurant la liaison avec le registre supérieur du tableau, une charrette gravit péniblement la montée menant à l'avant-plan. Elle abrite sous sa bâche un couple enlacé aux gestes furtifs et amoureux. Le regard se porte ensuite tout naturellement vers le village. Brueghel y dépeint les derniers feux de la kermesse. Malgré l'échelle réduite des personnages, le décor abonde en divers jeux et activités auxquels s'adonnent les paysans : farandoles, poursuites, pétanque ou tir à l'arc tandis qu'un petit nombre de fidèles subsiste à l'intérieur de l'enceinte de l'église.

La richesse narrative de cette représentation émaillée d'anecdotes savoureuses ne doit pas faire oublier qu'il s'agit également d'un admirable paysage panoramique dont les tonalités dominantes verte et ocre sont judicieusement égayées par les accoutrements bariolés et vibrants des paysans de l'avant-plan. Pieter Brueghel le Jeune ne peut se réduire au chantre des coutumes paysannes : il est également un grand peintre paysagiste. Cette composition démontre avec force la finesse avec laquelle il réussit à assimiler de façon tout à fait originale l'héritage paternel. Avec deux décors différents pour ce sujet, Brueghel produit plusieurs versions. Ici, la partie droite s'ouvre sur un paysage et une trouée arborée, comme dans les compositions des collections des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, de la Galerie Nationale de Prague, du Baron Coppée et du Comte de Navasquès à Madrid, tandis que d'autres exemplaires figurent la façade d'une grande auberge à l'enseigne de l'Etoile.


Provenance :
Collection Sir Henry Carden 1972 ;
Londres, Sotheby's, 12.07.72, n°44 ;
Amsterdam, Christie's, 03.12.85, n°92
De Jonckheere, Paris ;
Collection privée, Suisse.


Littérature :
Klaus Ertz, Die Gemälde von Pieter Brueghel der Jüngere, Luca Verlag Freren, 1988-2000, Vol.II, p.918, E1308, repr.