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de jonckheere old masters

Le mois de mars ou la parabole des vignerons meurtriers

Panneau circulaire : 25,5 cm
Inscription MATT. 21

Le mois de décembre ou Joseph et Marie arrivant à l'auberge

Panneau circulaire : 25,1 cm
Inscription LVC.2

présentation

Peintre anversois, Abel Grimmer est le fils du paysagiste Jacob Grimmer (c. 1526-1590) chez lequel il effectue son apprentissage avant d'être reçu comme Maître dans la Guilde des peintres de Saint-Luc en 1592. Il peignit de nombreux paysages de petit format, représentant des scènes champêtres avec parfois l'insertion de motifs bibliques; il fut surtout le spécialiste des séries consacrées aux Quatre Saisons et aux Douze Mois, qui sont en quelque sorte la transposition sur panneaux des calendriers des miniaturistes.
Contemporain de Pieter Brueghel le Jeune, il interpréta comme lui, mais d'une manière très personnelle, certaines gravures et modèles conçus par Pieter Bruegel l'Ancien et par Hans Bol. Il resta ainsi profondément attaché à l'esprit et à la conception un peu archaïque du XVIe siècle. Il aurait également suivi une formation d'architecte. Ce serait cette préoccupation de professionnel - dans le rendu des bâtiments et des perspectives - que l'on rencontrerait dans ses peintures représentant des intérieurs d'églises ou de palais, ainsi que dans ses vues panoramiques de la ville d'Anvers et ses Tours de Babel. Il fait preuve d'une très grande habileté de dessinateur, d'un sens de l'observation juste et aigu. Le caractérisent un graphisme sévère et précis, une vision synthétique de la nature à l'exemple des primitifs et miniaturistes, une composition aux lignes schématiques, une extrême subtilité dans le choix et la juxtaposition des tons. Sa conception picturale qui allie un certain réalisme du paysage en un accent très personnel, à une stylisation de la nature et des architectures, nous apparaît étrangement moderne.

Les représentations des différentes saisons jouèrent un rôle important dans la peinture flamande. La tradition picturale remonte aux livres d'heures des XIVe et XVe siècles, parmi lesquels le Livre d'Heures du duc de Berry, réalisé par les frères Limbourg. Un siècle plus tard, Pieter Bruegel l'Ancien et Lucas van Valckenborch fondèrent largement leurs interprétations sur cette tradition picturale et marquèrent de leur talent la représentation des saisons. Abel Grimmer, particulièrement séduit par ce thème, ajoute sa marque propre qu'est la puissance des coloris et une certaine naïveté voulue du trait.

Les deux panneaux présentés, datant de la fin du XVIe siècle, reprennent toute cette tradition en illustrant des scènes du Nouveau Testament. Ils devaient à l'origine appartenir à une série de douze tableaux qui symbolisaient chacun un mois de l'année.
Grimmer s'était inspiré de l'Emblemata Evangelica, une série de douze estampes gravées par Adriaen Collaert d'après des dessins de Hans Bol et publiées par la famille Sadeler en 1585. L'Emblemata Evangelica regroupait des scènes néotestamentaires en les associant aux signes du zodiac de chaque mois. Consacrons nous ici aux mois de mars et décembre .

La parabole du mauvais vigneron est habituellement associée au mois d'octobre. Il s'agit pourtant ici d'une illustration du mois de mars. En effet, ce ne sont pas les vendanges de l'automne qui sont dépeintes dans le paysage que montre le Christ, mais la pratique de la taille et de la plantation des vignes, l'une des premières activités de la fin de l'hiver et traditionnellement rattachée au mois de mars. L'inscription "MATT. 21 " en bas du tondo confirme bien que Grimmer fait référence au passage de l'Evangile de Matthieu où est racontée cette parabole.


Grimmer choisit donc de nous révéler uniquement le début du récit où le propriétaire plante la vigne et construit une tour de garde. L'artiste nous présente un paysage qui paraît encore se réveiller de son sommeil d'hiver et dont les arbres dénudés dégagent une certaine sérénité. En réalité Grimmer montre le calme avant la tempête : le geste du Christ est un avertissement de la violence qui suivra durant la saison plus chaude des vendanges. Le petit groupe composé du Christ, des Pharisiens et de ses disciples semble comme surajouté. Les personnages du premier plan sont représentés " à l'antique " et non vêtus de costumes contemporains comme les autres personnages. Grimmer crée une sorte d' " image dans l'image " où le groupe du Christ ne fait pas partie de la scène du fond, mais la présente.

Le second tondo ne présente pas une parabole mais un passage de la vie du Christ. Grimmer illustre l'arrivée de Joseph et Marie à Bethléem en faisant référence à l'évangile de Luc. La scène dépeinte sur ce tondo représente donc le mois de décembre, et rappelle la célébration de Noël. Grimmer illustre le moment où Joseph et Marie se voient refuser l'entrée de l'auberge. Marie a la main posée sur son ventre, annonçant la naissance imminente du Christ tandis que Joseph s'apprête à partir à la recherche d'une crèche. Ses architectures, à la fois simples et épurées, révèlent de façon non équivoque la main du peintre, reconnaissable également dans le traitement graphique des branchages, l'échelonnement progressif et bien fondu des différents plans de profondeur. Par la douceur de leurs accords chromatiques, par la stylisation jamais réductrice de leurs éléments, la délicatesse de leur facture et la caractérisation expressive de scènes issues du quotidien, ces deux panneaux dégagent une atmosphère de véracité et de poésie typiques des œuvres d'Abel Grimmer.



Provenance :
Collection, Delbelke, Anvers, 1935 ; collection privée.

Littérature :
R. de Bertier de Sauvigny, Jacob et Abel Grimmer : catalogue raisonné Bruxelles, 1991, reproduit p.40, planche 14 (avec provenance incorrecte et comme signé et daté 1592, voir pp.197-8).

Expositions :
Anvers 1935, Antwerpsche Verzamelingen, 20 April-19 May 1935, n°63 (prêt de M. Ch. Delbelke)