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de jonckheere old masters

Panneau : 29,5 x 40,6 cm
Monogrammé L VV en bas à droite
Vers 1572

présentation

Lucas van Valckenborch fut sans doute initié à la peinture par son père, Martin van Valckenborch l'Ancien, avant d'être admis comme maître de la guilde de Malines en 1564. Suite aux persécutions religieuses infligées par les troupes du Duc d'Albe aux sympathisants de la Réforme, il dut fuir sa ville natale en 1566 pour se réfugier à Liège puis à Aix-la-Chapelle où il retrouva son frère Martin et Vredeman de Vries. Il s'installa à Anvers en 1576. L'année suivante à Bruxelles il travailla pour l'archiduc Matthias, alors gouverneur des Pays-Bas. En 1581, il accompagna ce dernier en Autriche, séjournant à Vienne et à Prague, résidant aussi à Linz et à Nuremberg. A partir de 1593, il partagea son atelier à Francfort avec son frère Martin.

Ce maître s'inscrit, avec son frère qui n'atteignit jamais sa renommée, parmi les plus grands paysagistes du XVIe siècle. Sa conception du paysage dérive de Joachim Patenier et de Pieter Bruegel l'Ancien.

Ses représentations très détaillées des saisons, des kermesses villageoises, des compagnies galantes, des vues de villes se distinguent par le soin méticuleux apporté à leur réalisation et leur netteté poursuivie dans chacun des plans qui mènent à l'horizon.

Ses paysages panoramiques, montagneux ou boisés, sont une réelle invitation à la promenade. Cet observateur attentif et scrupuleux traite avec une délicatesse de miniaturiste des scènes anecdotiques toujours attractives et d'une surprenante exactitude historique, tandis que le paysage environnant gagne en exactitude topographique.

A la fin de sa vie, ses paysages profonds, aux nuances lumineuses et raffinées, témoignent d'une réelle démarche créatrice pour dépasser la conception breughélienne jamais atteinte par ses contemporains.

Sujet emblématique de la peinture flamande du XVIe siècle, ce Paysage panoramique avec scène de kermesse est l'un des thèmes favoris de Lucas van Valckenborch qui le peint à plus de douze reprises. Digne héritier de Pieter Bruegel, Lucas van Valckenborch s'en démarque néanmoins par la place prépondérante qu'il accorde au paysage et par le nombre plus restreint de ses personnages.

La kermesse, c'est le moment où les villageois rompent avec la rigueur des activités de la terre. Généralement elle célèbre la fête du Saint Patron de la paroisse locale. En effet, à l'arrière-plan on aperçoit une procession emmenée par six moines. Au pied de l'église, des chalands se sont amassés sous des stands qui abritent des produits variés. Enfin, au premier plan, les villageois profitent de la fête au son d'une cornemuse. Valckenborch représente donc les trois aspects majeurs de la kermesse : prière, commerce et bonhommie.

Le grand initiateur du genre de la kermesse n'est autre que Pieter Bruegel. Valckenborch a sans aucun doute eu connaissance de ses compositions par le biais des gravures de Pieter van der Heyden reproduisant la Danse de noces de 1566 (Detroit Institute of Arts). Le peintre en fait ici la citation avec le couple dansant au premier plan. Cependant Valckenborch fait preuve d'une grande singularité dans la mise en scène, et s'il peint ses personnages aux allures débonnaires, il les insère dans un paysage à la fois réaliste et fort abouti.


En ce sens, ce tableau s'inscrit parmi les plus belles réalisations de l'artiste. Le paysage vaste et parfaitement construit devient la signature du peintre : le feuillage traité par petites touches, les deux chênes scindant la composition, un fleuve sinuant vers l'horizon et des montagnes d'un bleu glacé à perte de vue. Merveilleusement équilibrée, cette composition séduit tant par la précision de ses détails, que par la finesse de son rendu pictural et sa conception aérée. Le détail de la ville de l'arrière-plan suffit à comprendre où se situent les priorités de l'artiste. Alexander Wied date cette composition vers 1572, peu de temps avant que l'artiste ne finisse par s'installer à Anvers vers 1574/1575.


Provenance :
Comte Moltke, Copenhague, 1871 ;
G.A. Sadolin, Dragør, n° 11, 1929 ;
Galerie Edward Speelman, 1965 (catalogue de l'exposition n° 11) ;
Collection privée, Europe ;
Christie's New York, 9 juillet 1999, lot 21 ;
Collection privée.


Littérature :
J.S. Sthyr, Nederlandsk Landskabmaleri i Danske Samlinger, Copenhague, 1929, p. 82.
A. Wied, Lucas und Marten van Valkenborch, Freren, 1990, p. 137, n° 15.