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Sebastien Vrancx

Les sept Œuvres de Miséricorde

Panneau : 78 x 107 cm

présentation

Peintre et poète anversois, d'après Karel van Mander, Sébastien Vrancx fut l'élève d'Adam van Noort, un des maîtres de Rubens. Il est surtout connu par ses nombreux tableaux de batailles, ses scènes de pillages et d'attaques de brigands, mais il fut en réalité un peintre infiniment plus divers et qui occupa, à l'époque de Rubens, une place prépondérante dans l'école anversoise. Il fut essentiellement un " peintre de cabinet ", pratiquant tous les genres, à l'exception, toutefois, le tableau religieux et le portrait.

Après son apprentissage, Sébastien Vrancx passe en Italie les dernières années du XVIe siècle. Charles Sterling suppose que, tout comme Joost de Momper, il noue des relations avec Lodovico Pozzoserrato (Louis Toeput), qui peint à Trévise des réunions élégantes dans des paysages de la Vénétie. Rentré au pays, Vrancx est reçu franc maître à Anvers en 1600. Pendant quelque temps, il conjugue la tradition brueghélienne des scènes populaires accordée au style italianisant de Louis Toeput. En 1612, il est nommé doyen et épouse la fille du marchand de tableaux Bartholomeus Pamphi. Ses tableaux de bataille datent, pour la plupart, de la seconde moitié de sa carrière. Ils seront imités par son élève Pieter Snayers. A partir de 1613, l'artiste fait partie de la garde bourgeoise, dont il deviendra capitaine pendant cinq ans. Cette activité a un retentissement sur son art. Vrancx est également doyen des escrimeurs. Les anciens inventaires font mention de la collaboration de Sébastien Vrancx avec Jan Brueghel le Vieux, Hendrick van Balen et Joost de Momper.

Cette œuvre étonnante est un témoin des deux influences prédominantes dans l'œuvre de Sébastien Vrancx. En effet, la structure de cette place fantasmée est un caprice architectural qui rappelle son voyage en Italie. Cependant, son rendu illustre bien son appartenance à la tradition flamande. Parmi les grands formats de Vrancx fourmillant de personnages, daté de 1622, est l'importante composition de Munich, présentant des Pèlerins aux abords d'une ville.
S'il est souvent uniquement considéré comme un peintre de bataille, Vrancx s'essaya pourtant à quelques sujets religieux. Ici, il choisit de représenter les sept œuvres de miséricordes corporelles, que chaque chrétien peut accomplir pour venir en aide à son prochain se trouvant dans la nécessité. Au premier plan, dans une bruyante agitation nous reconnaissons sans peine les trois premières œuvres de miséricorde : nourrir l'affamé, abreuver l'assoiffé et accueillir l'étranger, telles qu'elles sont énumérées par Saint Matthieu dans la Parabole du jour du jugement. Des bienfaiteurs et des religieuses tendent des pains et proposent de l'eau à une foule dans laquelle se mélangent hommes, femmes, enfants et malades. Parmi eux, se trouvent également des figures avançant avec un bâton et portant des baluchons pour indiquer leur statut de visiteur et pèlerin. Au pied de la colonne, s'accomplit une quatrième miséricorde, celle qui demande de vêtir les malheureux. Un étal de vêtements est installé pour la distribution et nous distinguons des figures en train d'enfiler les habits. A droite, des figures veillent un personnage souffrant allongé pour illustrer une cinquième œuvre de miséricorde qui demande aux chrétiens de venir en aide aux malades. Derrière, une sombre procession de figures en vêtements noirs conduit un cercueil à l'intérieur d'une église pour accomplir l'œuvre qui demande le respect de l'ensevelissement des morts. Enfin, en face de l'église un bâtiment robuste aux fenêtres à barreaux, symbole de la prison, permet l'accomplissement de la dernière œuvre de miséricorde qui voudrait que les chrétiens visitent leurs prisonniers.

Le peintre donne à sa composition un point de vue idéal pour observer ces actions. L'espace est régi par des contours composés des bâtiments qui ferment la place. Cette construction de l'espace permet d'apporter à l'ensemble une impression de clarté, comme dans la composition qu'il développe en 1622 pour la Place de marché de Munich. L'accumulation de formes architecturales italiennes apportent ainsi à l'espace une structure. On pourrait essayer de distinguer certaines d'entre elles. Car lorsqu'il voyage à Rome, Vrancx reporte dans un carnet des croquis des ruines et des architectures. Cet ensemble de feuillets dessinés, collection du Duc de Devonshire à Chatsworth House, montre bien son souci du rendu des architectures, et leur rôle dans la conception de l'espace. La vue de la place de Santa Maria del Popolo de Rome, avec l'obélisque de Sixte V, la villa Médicis et l'église de la Trinita dei Monti donne ainsi dans ce projet de frontispice, les bases de la construction des grandes compositions à l'italienne de Vrancx. Au loin dans notre tableau, n'apercevons-nous pas Santa Maria del Popolo, puis plus loin encore, la villa Médicis ? La clarté apportée par l'espace fournit donc un intéressant contraste au désordre qu'amènent les nombreux groupes de figures et les quelques personnages isolés dispersés sur cette place pleine de vie.


Provenance :
De Jonckheere ;
Collection privée, Italie.

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