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JOHANN KÖNIG

La Conversion de Saint Paul

Cuivre : 22,7 x 19,4 cm

Signé et daté Johan : König / 1622 en bas à droite

présentation

Johann König est un artiste que de nombreuses et récentes découvertes permettent de mieux connaître. On l’apprécie généralement pour ses œuvres peintes sur cuivre, de petit format, dans le style d’Adam Elsheimer (1578 – Francfort – 1610). Cette rare Conversion de Saint Paul s’inscrit avec force dans le corpus du peintre par la qualité de son dessin, la beauté de la lumière et la fraicheur du coloris.

Johann König est un artiste que de nombreuses et récentes découvertes permettent de mieux connaître. On l’apprécie généralement pour ses œuvres peintes sur cuivre, de petit format, dans le style d’Adam Elsheimer (1578 – Francfort – 1610). Cette rare Conversion de Saint Paul s’inscrit avec force dans le corpus du peintre par la qualité de son dessin, la beauté de la lumière et la fraicheur du coloris. L’œuvre, signée et datée 1622, est aussi étonnante par la variété des attitudes et des mouvements représentés, ainsi que par la beauté du paysage en arrière-plan. Un dessin préparatoire a visiblement été réalisé vers 1590-1600 ; la composition est scrupuleusement reprise sur notre cuivre (fig.1). Ayant appartenu à Franz Joseph II Prince du Lichtenstein, l’esquisse au caractère abouti permet de comprendre l’attention portée par König au dessin, avant même l’organisation de la couleur.

Cette Conversion de Saint Paul dépeint le moment crucial de la vie du Saint, lorsqu’il prend la décision de se convertir sur le chemin de Damas. Paul de Tarse (ou Saül de Tarse), dont la vie est relatée par les Actes des Apôtres, est probablement, après Jésus, la plus grande figure du Christianisme, bien que son iconographie soit relativement limitée. Toutefois, ce thème possède une place centrale chez les artistes germaniques et des écoles du Nord du XVIIe siècle, du fait du contexte historique. L’expansion coloniale et les missions de conversion à la foi chrétienne, mais surtout au siècle précédent, la réforme des catholiques et des protestants dénonçant les dérives de l’Église et prônant l’idéal d’un retour à la pureté de l’esprit de l’Évangile, expliquent cet intérêt.

Sur le chemin de Jérusalem à Damas, Paul est précipité aux sabots de sa monture, aveuglé par une vision du Christ. Il est interpellé par Jésus, juché dans un nuage, lui disant : « Je suis Jésus, celui que tu persécutes ». Paul tombe à la renverse et perd la vue. Or le cheval, duquel Paul serait tombé, n’est pas mentionné dans les sources mais l’iconographie augmente sa présence dès le XIIe siècle, comme pour accentuer l’effet de terrassement du Saint après sa vision. Notre peintre semble avoir lui aussi réfléchi au cheval ruant, comme en témoigne un dessin des collections de l’Albertina et dont le fougueux équidé ressemble à celui ayant éjecté Saint Paul dans notre composition (fig.2).

Après cette rencontre qui le rend aveugle, Paul décide de se convertir et reçoit le baptême à Damas, où il recouvre la vue. Cet événement illustre le renversement de la figure guerrière : le déplacement du soldat païen au soldat chrétien. Les motifs du casque, de l’épée et du bouclier dont il est dépossédé lors de sa chute le rappellent au premier plan. Or lorsque König peint ce cuivre en 1622, il a quitté Rome depuis 12 ans. Son style est établi, sa notoriété faite. Il montre alors un intérêt marqué pour la représentation des paysages verdoyants. Même si sa palette est encore associée à celle de Véronèse et de ses contemporains, son retour à Augsbourg lui redonne goût aux prouesses techniques des paysages miniatures sur cuivre d’Elsheimer. De fait, son style oscille élégamment entre ces deux éléments.



Cette Conversion de Saint Paul montre l’intérêt du peintre pour l’organisation de la couleur. Il associe le bleu et le rouge des drapés à l’azur du ciel et au vert des feuillages pour mettre en avant les corps en mouvement. En même temps, l’exécution minutieusement détaillée de sa composition avec des points et des hachures est directement héritée de l’art de la miniature d’Elsheimer. Une œuvre passée par Sotheby’s en 2015, l’Arc en ciel après le déluge, montre bien comment la technique de König est peut-être inspirée de la miniature (fig. 3). En effet, cette manière de pointiller et d’appliquer la couleur par petites touches est directement empruntée à la peinture de petits formats et au traitement des œuvres de petit format. Adam Elsheimer a lui aussi réalisé une Conversion de Saint Paul (fig. 4) pour laquelle il s’était référé à la peinture bavaroise en frise afin de rendre la scène plus vive . Il est possible que König s’en soit inspiré, mais il casse l’organisation presque linéaire de la frise en créant un mouvement centrifuge partant du centre, ce qui ajoute une tension dramatique à la scène. Du moins, certaines figures de la partie gauche sont étroitement modelées sur celles d’Elsheimer .

König traite avec souplesse les corps et les musculatures dans une variété de poses considérable, comme le montre aussi son Jugement Dernier (fig.5) conservé à Nuremberg. Ce dessin qui est l’une des dernières œuvres de König atteste de son inspiration durable de l’art italien. Un autre dessin, en couleur, qui représente le Christ guérissant un lépreux à Capharnaüm (fig. 6) illustre quant à lui son travail de coloriste. Après avoir dessiné ses figures d’un trait subtil, König peint les étoffes dans des couleurs chaudes et brillantes, auxquelles il fait correspondre des couleurs plus froides.

Johann König incarne ainsi le passage d’une esthétique maniériste à un art plus apaisé où l’académisme de la facture et l’éclectisme des modèles viennent tempérer les réminiscences du baroque romain . De cette manière, il se place dans la continuité tardive des mouvements artistiques allemands du XVIIe siècle, et de ses grands maîtres tels qu’Hans Rottenhammer (Munich, 1564 - Augsbourg, 1625) et Elsheimer et cette composition, fougueuse et colorée, en est un exemple tout à fait remarquable.


Provenance :
Monsieur Franz Hasler de Saint-Galles ;
Leo Spik, vente anonyme Berlin 19 mars 1987, lot 463 ;
Julius Böhler jusqu’en 1993 ;
Collection privée.


Un dessin coloré au crayon de cette même composition est conservé à Ann Arbor, au musée de l’Université du Michigan. Il s’agit probablement d’un dessin préparatoire.

L’œuvre sera incluse dans la monographie en préparation de l’artiste par le Dr Gode Krämer.


Littérature :
ALSTEENS, S., « Review of: Sixteenth-century Northern European Drawings by Burton L. Dunbar”, in Master Drawings, Vol. 51, No. 1, 2013, p. 111, fig. 5;
BALIJÖHR, R., Das Kabinett des Sammlers, No 58, Cologne, 1993, pp. 148-149 repr.;
DUNBAR, B., Sixteen Century Northern European Drawings, Londres, 2012, p. 168 (repr. noir blanc).