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Jan Brueghel le Vieux

Allégorie de l’Abondance

Panneau : 65,5 x 93 cm

présentation

Fruit de la collaboration de Jan Brueghel l'Ancien et Hendrick van Balen, cette Allégorie de l’abondance s’inscrit dans la grandiose lignée des peintures flamandes dédiées à la représentation allégorique des saisons et des richesses qu’elles nous livrent. Très recherché au XVIIe, le genre de l’allégorie se développe et trouve ses lettres de noblesses avec nos deux peintres. Tandis que l’un, Jan Brueghel l’Ancien, exulte dans la composition d’un fond de verdure luxuriante, l’autre, Jan Van Balen, place dans ce paradis épicurien des figures d’une finesse et d’une élégance sans pareil.

C’est au détour d’un chemin et à l’ombre d’un sous-bois que Cérès, Flora et Bacchus se retrouvent pour faire bombance. Accompagnés de putti, satyres et nymphes, les trois figures personnifiées au centre célèbrent les richesses de Dame Nature. Notre composition, savamment ordonnée et inondée par un halo de lumière comme le veut la tradition du paysage brueghélien, est une ode à l’abondance. Comme dans les Allégories des quatre saisons, notamment le printemps et l’été, les deux peintres adoptent une ordonnance efficace. Que ce soit pour le paysage environnant ou le choix des figures, notre composition s’ancre parfaitement dans les modèles que constituent les allégories réalisées par Brueghel et Jan van Balen. Afin de rendre la perspective et la profondeur du champ, Jan Brueghel peint deux percées sortant de la forêt, ouvrant ainsi la scène au paysage lointain. Il joue ainsi sur les contrastes de lumière et dévoile tout son talent de coloriste, dont le bleu azur du ciel fait échos aux délicates fleurettes dispersées au sein de la scène.

Au premier plan, deux faunes étendus au sol assistent à la scène gargantuesque. Les putti prennent soin de séparer les grappes de raisins de leurs branches, tandis qu’un vigoureux satyre brandit la coupe blanche contenant le précieux nectar. Bacchus, vêtu d’un long habit rouge, invite Flora, délicatement alanguie, à goûter aux fruits de la vigne. Aux cotés de celle-ci, Cérès recueille la généreuse corne d’abondance que lui portent quatre petits amours. Au loin, une nymphe conduit un âne, surement chargé de victuailles, tandis que s’ébrouent les petits vendangeurs.

Baignés par la lumière, gisent au sol agapes et monceaux de fleurs. Là réside le talent de notre peintre paysagiste : cucurbitacées découpées, fruits et légumes amoncelés, vaisselle renversée et petits animaux des forêts participant à la fête, garantissent la puissance de l’allégorie. Peints avec une grande sureté dans la touche et avec beaucoup de raffinement dans les coloris, le règne végétal est savamment ordonné par Jan Brueghel l’Ancien. Au premier plan, iris, tulipes, lys, roses sauvages et pâquerettes s’épanouissent avec finesse. De ces fleurs aux couleurs bigarrées, la nymphe derrière Flora confectionne des couronnes. Aux pieds des célébrants, les fruits et légumes, telle une nature morte, viennent ponctuer l’espace, desquels deux petits cochons d’Inde ont déjà pris leur part. Perchés dans les vertigineux arbres fruitiers, les singes et les oiseaux ne sont pas en reste. Les branches des arbres, pliant sous les pommes et les poires à maturité, sont grandement garnies de fruits goûteux et colorés.

Aux côtés de la luxuriante nature, sont convoquées au service de l’allégorie les figures représentatives de l’abondance. Hendrick Van Balen, maître dans la représentation de divinités, nous les dévoile ici dans toute leur splendeur. Les corps sont construits de lignes courbes, dont les tensions et les attitudes sont manifestes des préceptes maniéristes. Chaires de porcelaine pour les déesses, carnation angélique pour les amours et peaux réchauffées par le soleil pour les satyres, la lumière accroche les corps sublimés par de très beaux drapés. Teintés de rouge, de bleu, de jaune ou de rose, les plis des drapés épousent les corps ; à la fois nerveux et souples, ils sont ici représentatifs du savoir-faire de Van Balen.

Reflet de l’alliance de deux brillants pinceaux, cette composition réalisée autour de 1615, incarne avec brio l’aboutissement de la peinture de deux artistes. Plusieurs allégories sur le thème des saisons, des quatre éléments, et des cinq sens ont été réalisées par nos deux peintres ; notre tableau, dont une seule autre version est connue à Glasgow, est une œuvre exceptionnelle pleine de verve et de poésie, typique de la production anversoise du premier tiers du XVIIe siècle.


Provenance :
Collection Colombo ;
Collection privée.

Littérature :
K. ERTZ, Jan Brueghel der Ältere, 1979, Dumont Buchverlag, Köln, p.389, p.608, ill. P.390, pl.462
K. ERTZ, Brueghel - Brueghel, Tradizione e Progresso: Una Famiglia di Pittori Fiaminghi tra Cinque e Seicento, catalogue de l’exposition, Cremona 1998.

Expositions :
Cremona, Museo Civico Ala Ponzone, Bruehgel - Brueghel, Tradizione e Progresso: Una Famiglia di Pittori Fiaminghi tra Cinque e Seicento, 26 septembre – 20 décembre 1998.

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