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de jonckheere old masters

Jacob Hoefnagel

Apelle peignant Campaspe en présence d’Alexandre

Papier
22 x 16 cm

présentation

Véritable merveille de miniaturisme, cette illustration du peintre et de son modèle ravit littéralement son spectateur. Sublimée par des angles décorés d’une multitude de petits insectes et autres fruits magnifiquement retranscris jusqu’à en être presque palpables, cette aquarelle est révélatrice d’un artiste hors du commun.

Caractéristiques de notre artiste, ces petits médaillons se retrouvent dans plusieurs œuvres de Jacob Hoefnagel dont l’Hiver (Pierpont Morgan Library, New York). Dans un ovale parfait rehaussé d’or, relevant encore un peu plus alors la nature coûteuse de ce travail, on peut découvrir une scène où une multitude de personnages s’animent. Dans le personnage de l’homme au turban, on reconnaît l’empereur Alexandre. L’histoire raconte que ce dernier commanda à Appelle, illustré par l’homme au pinceau, le portrait d’une de ses plus belles maîtresses, Campaspe. Le peintre en tomba éperdument amoureux. Notre aquarelle représente le moment précis où les sentiments d’Apelle naissent à l’égard de Campaspe, ce qui justifie la présence de ces petits amours virevoltants, prêts à décocher leurs flèches et celle de Vénus, déesse de l’amour. La composition s’apparente à celle du tableau Appelle et Campaspe (Kunsthistorisches Museum, Vienne) de Joos van Whighe (Bruxelles 1544 – Francfort 1603). On y retrouve de fortes similitudes concernant principalement les personnages. Joos van Whighe et Jacob Hoefnagel se sont rencontrés à Francfort, ce qui nous autorise à penser que notre artiste y a vu l’œuvre de son ami pour s’en inspirer par la suite pour un résultat des plus admirable.

Comme il en était l’usage à l’époque, un artiste pouvait peindre plusieurs fois un même tableau pour satisfaire un ou plusieurs mécènes et parfois même, un autre artiste pouvait s’en inspirer pour lui aussi, répondre à une demande du même genre. Il est fort probable que notre aquarelle appartienne à cette dernière catégorie. À l’instar de son Orphée et les animaux (Pierpont Morgan Library, New York) dont la composition s’inspire d’une œuvre de Jan Brueghel le Vieux pour répondre aux souhaits de l’Empereur Rodolphe II, protecteur et principal mécène de notre artiste, la composition de notre aquarelle reprendrait volontairement la composition d’Apelle et Campaspe de Joos van Whighe pour répondre aux attentes d’une personne. À l’instar de Actéon surprend Diane au bain avec ses nymphes (aquarelle, musée du Louvre, Cabinet des dessins), à la fois de la main de Georg (pour la représentation des insectes) et de son fils Jacob (pour les personnages), notre aquarelle suggère l’érotisme. L’accent sensuel est principalement donné par le traitement du nu (c’est le rôle, par exemple de l’utilisation de la boucle d’oreille ou de la plume qui orne sa coiffure) de la femme qui tourne le dos au spectateur mais dont on peut voir le corps entier par son portrait en pied que nous laisse découvrir le peintre de la scène. Représentée de dos, retirant ses vêtements, la Diane de l’aquarelle du Louvre se rapproche à plus d’un trait du modèle nu de notre aquarelle. L’érotisme est d’autant plus présent qu’il est également suggéré par la présence de deux petits amours et de la déesse de l’amour, Vénus, accompagné de l’un de ses attributs les plus reconnaissables, le cygne. Ces protagonistes évoluent dans un décor aux milles merveilles. Tout y est scrupuleusement détaillé. Chaque détail, jusqu’aux motifs du tapis, est rigoureusement réfléchi et travaillé et ce, avec acuité pour un rendu des plus spectaculaires. On retrouve par ailleurs, sur la table au drapé rouge dans le coin droit de l’ovale, un clin d’œil à la famille de bijoutiers de Jacob Hoefnagel avec une représentation magnifiquement détaillée de colliers dont les détails sont magnifiquement reproduits. Suite à une l’étude faite par le Docteur Thea Vignau – Wilberg, cette dernière propose pour année de réalisation de cette aquarelle l’année 1611, soit dans la dernière période d’activité de notre artiste auprès de l’Empereur Rodolphe II.

En effet, son étude laisse apparaître que la signature et la datation apportées dans la cartouche est probablement ultérieure à la création de l’œuvre et qu’au contraire la cartouche devait reprendre un texte allégorique avec la date qu’elle croit discerner : "1611". Ce travail de grand talent montre un Jacob Hoefnagel, à l’instar de son père, être un grand miniaturiste. Nous remercions le Docteur Thea Vignau – Wilberg pour la délivrance de son certificat ainsi que pour l’étude très complète du tableau qu’elle nous a fourni.

Provenance :
Collection privée.
Certificat et étude complète du Docteur Thea Vignau – Wilberg.