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Adriaen van Stalbemt

Cabinet d’amateur

Panneau : 108 x 137,2 cm

présentation

Les cabinets d’amateur appartiennent à la tradition flamande des "Kunst Kamers" (chambres d'art) peintes. Ce genre vit le jour à Anvers au début du XVIIe siècle et comprenait des représentations d'intérieurs couverts de peintures. Il n’est pas rare de voir ces compositions représenter des collections ayant véritablement existées. C'est ainsi que David Teniers le Jeune fut chargé de la création d’un catalogue in-folio richement illustré de tous les tableaux en possession de l'archiduc Léopold-Guillaume. Cette collection figurait parmi les plus prestigieuses d'Europe et servit de base à la riche collection de tableaux du Kunsthistorisches Museum de Vienne. En 1658, le célèbre Theatrum Pictorum, pour lequel Teniers avait été chargé de copier sur petit format tous les tableaux italiens de la collection archiducale, voit le jour. Ces copies devaient servir de modelli pour l’équipe d’artistes occupée, sous sa supervision, à créer des gravures de la collection.

Les artistes aimaient également représenter des cabinets fictifs, fruits de leur imagination, pouvant à l’occasion se baser sur des représentations de tableaux, de sculptures et d’objets exotiques appartenant à différentes collections anversoises. Ces chambres d'art constituaient des métaphores du savoir, du goût et de la connaissance. Ce concept humaniste se voyait renforcé par le rapprochement entre la peinture de la Renaissance et la célébration de l'histoire antique dans une perspective moralisatrice. A l’image du studiolo italien du XVIe siècle, la chambre d'art revêtait une dimension intellectuelle toute particulière.

Le Cabinet d'amateur que nous présentons ici s’inscrit parfaitement dans ce contexte humaniste. Il représente une vaste salle éclairée par des fenêtres à petits carreaux cerclés de plomb et ornée de tableaux couvrant les murs du sol au plafond. Un buffet massif prend place sur le côté droit et, sur une grande table, des albums d'estampes, des cartes maritimes, des médailles, des coquillages, un compas, une règle ainsi qu'une mappemonde sont disposés en désordre. A l'arrière-plan gauche, un appareil astronomique a pris place au centre d’une deuxième table recouverte d’un tapis d’orient. La composition s’anime de nombreux personnages. Les visiteurs, forts élégamment vêtus et portant l'épée, admirent les œuvres d'art et s’informe du fonctionnement des différents instruments scientifiques qui les entourent. Au centre, deux amateurs conversent au sujet d'un panneau posé contre une chaise. Est-ce là une galerie d'art ou s'agit-il d'une visite à une des nombreuses collections privées anversoises? La boutique du marchand de tableaux fournissait aux artistes un sujet très en vogue au XVIIe siècle (nous pensons en particulier à La boutique de Jean Snellinck exposée aux Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles et donnée à Jérôme Francken II) et, comme nous l'avons évoqué plus haut, la représentation des tableaux formait souvent un véritable catalogue illustré des collections célèbres. Le panneau que nous présentons ne peut se ranger avec certitude ni dans l'une ni dans l'autre catégorie, l'identification des personnages principaux n'étant pas, à ce jour, déterminée.

L'exécution de cet intérieur est d'une précision extrême, particulièrement dans les visages, les satins des pourpoints et les broderies des manteaux. Le rendu des tableaux qui décorent les murs est tout aussi minutieux et offre un fond bigarré sur lequel se détachent les tons lumineux et chatoyants des costumes. Les teintes franches, les notes écarlates jetées ça et là, le brun chaud du plafond à poutres de chêne, les sculptures antiques tracées d'une main sûre, tout cela évoque le travail d'un maître confirmé, ayant sa place parmi les peintres de cabinets les plus importants. Très proche du cabinet d’amateur peint par Stalbemt et exposé aujourd’hui au Prado de Madrid, ce tableau fut sans conteste peint par la même main.

Plusieurs toiles, exposées sur les murs de notre cabinet, peuvent être attribuées à leurs auteurs. Nous reconnaissons un Intérieur d'église évoquant Pierre Neefs; deux Portraits en buste caractéristiques du XVIe siècle flamand de part et d’autre d’une nature morte de Snijders reconnaissable à la grande nappe rouge sur laquelle des grappes de raisins sont déposées; un Paysage rocheux s'inspirant de l'art de Josse de Momper ou encore une Marine à la manière d'Adam Willaerts ou d'André van Eertvelt. Deux paysages attirent également le regard.

Situé à gauche du mur, le premier ressemble à s’y méprendre à un paysage avec voyageurs qu’affectionnait tant Jan Brueghel le Vieux. Le second, sur la droite, est typique des compositions de sous-bois propres à Stalbemt lui-même… Il reste néanmoins délicat d'établir, dans la collection de tableaux de ce cabinet quelles sont les représentations fidèles d'œuvres, des répliques, et celles qui sont des versions fictives et fantaisistes inspirées des premières. En effet on retrouve par exemple, dans le Cabinet d'amateur de la collection Kleefeld à Bruxelles réalisé par Frans Francken II, des motifs qui relèvent, au premier regard, des mêmes Nature morte et Portraits que notre tableau mais un examen attentif permet d'observer des modifications de détail qui nous incitent à évoquer, comme nous l'avons fait, des œuvres peintes "à la manière de".

Adriaen van Stalbemt arrive à mettre en scène dans cette composition tout le savoir du monde. La finesse extrême de son style parvient à rendre merveilleusement toute la somptuosité et le raffinement dont s’entourait l’intelligentsia anversoise du milieu du XVIIème siècle. De cette œuvre emblématique, il existe quatre autres versions proches de la nôtre : l’un dans une collection privée italienne, une autre est au musée du Prado de Madrid, la troisième, avec la collaboration de Jan Brueghel de Velours pour les personnages d’Albert et Isabelle à Baltimore, et la dernière fait partie des collections royales d’Angleterre.

Provenance :
Laurent Meeus (1872- 1950), Bruxelles ;
Collection privée, Grande-Bretagne

Littérature :
M. Diaz- Pedrón, Museo del Prado Catàlogo de Pinturas I. Escuela Flamenca Siglo XVII, Madrid 1975, vol. I, pp. 380-81, under no. 1405 (comme Adriaen van Stalbempt) ; A. Scarpa Sonino, Cabinet d’amateur, Milan 1992, p.37 ; M. Diaz- Pedrón et M. Royo –Villanova, David Teniers, Jan Brueghel y los gabinetes de pinturas, Madrid 1992, p. 199 ; S.Speth-Holterhoff, Les peintres flamands de cabinet d’amateurs aux XVII siècle, 1957, p. 69.


Expositions :
Bruxelles, Galerie Robert Finck, 1955 (comme Frans Francken le Jeune)

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