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Frans Francken le Jeune

Cabinet d’amateur

Panneau
56,5 x 84,5 cm
Vers 1610-1615
Signé
Signé FRANCK / INV / F.

présentation

Le cabinet d’amateur est un sujet emblématique du XVIIe siècle. Dans cette composition particulièrement élaborée datant de 1610-1615, Frans Francken participe au succès du genre. Aujourd’hui, plusieurs autres versions autographes ou de son atelier figurant des cabinets d’amateur sont comptées.

Les cabinets d’amateur appartiennent à la tradition flamande des Kunstkamers. Ce genre vit le jour à Anvers au début du XVIIe siècle et comprenait des représentations d'intérieurs couverts de peintures. Il n’est pas rare de voir ces compositions représenter des collections ayant véritablement existées. C'est ainsi que David Teniers le Jeune fut chargé de la création d’un catalogue in-folio richement illustré de tous les tableaux en possession de l'archiduc Léopold-Guillaume. Les artistes aimaient également représenter des cabinets fictifs, fruits de leur imagination, pouvant à l’occasion se baser sur des représentations de tableaux, de sculptures et d’objets exotiques appartenant à différentes collections anversoises. Ces chambres d'art constituaient des métaphores du savoir, du goût et de la connaissance. Ce concept humaniste se voyait renforcé par le rapprochement entre la peinture de la Renaissance et la célébration de l'histoire antique dans une perspective moralisatrice. A l’image du studiolo italien du XVIe siècle, la chambre d'art revêtait une dimension intellectuelle toute particulière.
Dans ce Cabinet d’amateur sont regroupés les éléments principaux qui composent un collection au XVIIe siècle : tableaux, antiques, curiosités naturelles et orfèvrerie. Un lourd rideau cramoisi ouvre sur une pièce baignée de soleil. Jaune et enveloppante, la lumière dévoile les trésors d’une collection harmonieusement disposée dans un riche aux murs couverts de cuir de Malines.
Deux amateurs sont attablés devant un festin d’huitres et de homard, un serviteur leur tend des verres de vin : l’un d’entre eux, à droite et tenant un tableau, ressemble fortement à l’amateur et négociant anversois Pieter Stevens, tel que nous le connaissons dans le portrait de Van Dyck. Pour autant, on ne se trouve pas chez lui, mais chez un de ses amis collectionneurs à qui il aurait rendu visite. Pour preuve, les tableaux aux murs n’évoquent pas la collection de Stevens, bien connue par son inventaire, mais donnent néanmoins une idée bien précise du goût traditionnel anversois du XVIIe siècle.
Les genres en vogue sont bel et bien représentés face au spectateur, sans hiérarchie et avec une harmonie soignée. En haut à gauche, un Voilier en détresse ainsi qu’une Fuite de Loth présente dans la version du Cabinet d’amateur au Scriban d’ébène du duc de Northumberland (voir Härting cat.445). En haut à droite, on reconnaît l’un des paysages montagneux typiques de l’art de Joos de Momper, plus bas une Angélique et l’Ermite, un triptyque façon Gossaert à gauche du buffet à deux corps surchargés de coupes d’apparat aux formes alambiquées, un Jugement de Pâris devant lui, un Triomphe d’Amphitrite au premier plan et la réplique d’un Portement de Croix (Suermondt-Ludwig-Museum, Aix-la-Chapelle) de Francken déposé sur une chaise.
Son caractère abouti et sa touche particulièrement enlevée font de ce Cabinet d’amateur une œuvre particulièrement séduisante et précieuse. On lui connaît sept répliques, dont une au musée de la Corogne.
Littérature : S. Speth-Holterhoff, Les peintres Flamands de cabinets d'amateurs au XVIIe siècle, ill. 27, texte p. 90-91. U. Härting, Frans Francken der Jüngere, Luca Verlag Freren, 1983, cat. 383 ; 1989, cat. 464, p.374, p.85.

Provenance : Collection Mahieu, Bruxelles.