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Hans Vredeman de Vries

Caprice architectural de palais avec personnages et scène allégorique

Panneau
65 x 89 cm
Provenance : Collection privée

présentation

Avec ce tableau spectaculaire, on se rapproche directement des œuvres que Hans Vredeman de Vries réalisa pour l’empereur Rodolphe II, avec la collaboration plus ou moins importante de son fils Paul. Les analogies, tant typologiques que stylistiques, avec les quatre tableaux réalisés pour l’empereur, aujourd’hui conservés au Kunsthistorisches Museum de Vienne, sont frappantes. Le séjour de Hans à la cour de Prague est à situer entre 1596 et 1598. Hans présente à Rodolphe II des projets architecturaux pour le palais impérial, à la décoration de deux salles duquel il collabore avec son fils Paul. Il soumet également à l’empereur les projets de sept fontaines, ce qui donne un relief particulier à la présence de tels motifs dans le tableau présenté ici et dans deux des toiles de Vienne.

L’une des quatre toiles du Musée de Vienne, Architecture de Palais avec les préparatifs d’un banquet (inv. 2334, signée "Hans Vredeman VRIES IN.") présente une composition très similaire à notre tableau : même portique à l’avant plan, même perspective oblique de la colonnade, mêmes chapiteaux de colonne et fontaine au centre. Mais c’est la quatrième toile du Musée de Vienne, Cour de Palais avec baigneurs, (inv. 1899, toile qui ne présente aucune signature), qui offre la plus grande similitude avec notre tableau, tant par l’ensemble de sa composition architecturale, qui suit le même agencement, jusqu’au pavillon à clochetons et pinacles fermant la composition à l’arrière-plan droit, que par sa matière picturale, plus empâtée, ce qui semble dès lors exclure la participation prépondérante de Paul Vredeman de Vries à la réalisation de cette toile.

De fait, au regard des autres tableaux viennois et d’un certain nombre de ses œuvres signées postérieures au décès de son père (telle l’Esther devant Assuérus, 1612, du Hessisches Landesmuseum, Darmstadt) le style de Paul se caractérise par un modelé distinct et une définition des détails architecturaux plus plate, avec une surface picturale dans son ensemble plus lisse.

Par-delà la richesse de l’invention architecturale, les scènes figurées ajoutent une dimension supplémentaire au charme du tableau : les personnages sont savamment distribués au sein de l’espace architectural, qui dansant, qui s’embrassant, qui jouant de la musique, qui faisant honneur à un banquet. Autant de tableautins brossant un portrait de la vie courtoise des élégants de l’époque, sur un arrière-fond de vanité des plaisirs des sens, directement imagée ici par la présence du squelette brandissant un sablier au-dessus du couple d’amoureux de l’avant-plan.

Le type des figures, aux barbes en pointe, grands fronts, lourdes paupières et aux têtes inclinées, conforte, lui, l’intervention de Dirck de Quade van Ravenstein, l’une des personnalités artistiques les plus singulières de l’Ecole de Prague, et dont la collaboration avec les Vredeman de Vries est visible dans trois des quatre tableaux du Kunsthistorisches Museum.

En-dehors de toute polémique scholastique, cette œuvre, par la simple qualité de son exécution picturale, et par la richesse, l’inventivité, le raffinement des structures architecturales se situerait d’emblée parmi les chefs-d’œuvre du genre. La rareté des œuvres des Vredeman de Vries suffirait d’autre part à en faire une œuvre d’exception. Mais la probabilité de se retrouver face à une commande impériale et devant l’une des rares œuvres où l’on puisse reconnaître sans ambiguïté la main de Hans (sans pour autant exclure une participation minoritaire de Paul) parachèvent le tableau des éléments qui font de ce panneau une œuvre.
Littérature : T. Dacosta Kaufmann, L'école de Prague : La peinture à la cour de Rodolphe II, Paris 1985, p. 320-322. Hans Vredeman de Vries und die Renaissance im Norden, Himmer Verlag München, 2002, p. 340, n°177; Dreesen, 1988, Abb 3; Vermet, 1996, 38, Abb 6.