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de jonckheere old masters

Suiveur de HIERONYMUS BOSCH

Christ aux limbes

Circa 1500

Panneau : 43,6 x 58,3 cm

présentation

Peu d’éléments ont survécu à la carrière de Hieronymus van Aeken, dit Bosch, et ne nous permettent donc pas d’établir avec certitude la biographie de ce grand maître flamand du XVème siècle. Le nom brabant de sa ville natale de Bois-le-Duc, Herzogenbosch, lui aurait valu son surnom de Bosch et les archives comptables de l’Illustre Lieve Vrouwe Broederschap révèlent qu’il peignit les décors de la cathédrale de Bois-le-Duc parmi lesquels on compte de grandes compositions de l’Ancien Testament telles que Salomon honorant sa mère Bethsabée ou Mardochée et Esther.

Bien qu’aucun document ne permette de l’attester formellement, il est fort probable que le peintre ait séjourné en Espagne. En outre, le roi Philippe II appréciait beaucoup l’œuvre de l’artiste et acquit de lui Le Jugement dernier ainsi que plusieurs autres œuvres issues de collections privées. Les tableaux peints par Bosch forment un corpus d’une grande importance pour l’histoire de l’art. En effet, cet ensemble introduit un vocabulaire nouveau peuplé de créatures hybrides inspirées du bestiaire médiéval et de monstres, matérialisant ainsi une certaine vision manichéenne de l’enfer et du paradis ainsi que les conséquences du péché et des souffrances terrestres. Ces nouvelles scènes fourmillant de détails furent généralement composées au sein de larges formats et font état d’un certain esprit moralisateur à une période annonçant les bouleversements religieux de la fin du Moyen-âge et du début de la Renaissance. C’est cette vision que l’on retrouve au sein du grand triptyque, Le Jardin des délices peint vers 1500-1505 à la fin de la carrière de Bosch représentant le paradis et son jardin d’Eden, l’enfer et la vie terrestre foisonnante de personnages aux activités dont le sens demeure encore souvent énigmatique. Le chariot de foin, évoquant un célèbre dicton flamand, fait également partie de cette œuvre, métaphore du péché et du caractère éphémère de la vie humaine à laquelle il faut également ajouter le grand triptyque des Tentations de Saint Antoine conservé au Musée de Lisbonne. Au-delà de l’allégorie, l’œuvre de Bosch témoigne d’une fine analyse des hommes et de leurs activités à travers de petits tableaux. L’univers boschien trouvât un prolongement chez les héritiers du maître comme Jan Mandijn (1502–Haarlem–1560) ou Pieter Huys (1519–Anvers-1584) réinterprétant dans leur propre style vocabulaire introduit par le peintre. Certains sujets comme « la parabole des aveugles » appartiennent également au répertoire de Pieter Brueghel le Vieux (Bruegel 1525 – Bruxelles 1569) dont l’œuvre présente des points communs avec celle de Bosch en ce qu’elle s’attachait à traduire un regard incisif sur la société de leur temps.

Appartenant à un groupe de peintures dont le sujet relate le Christ aux Limbes, épisode tiré de l’évangile apycryphe de Nicodème, ce tableau peint par un suiveur de Hieronymus Bosch. Etroitement similaire à trois autres versions, provenant respectivement de la collection royale d’Hampton Court (inv. n°941), du Kunsthistorisches Museum de Vienne ( inv. n°2715) et du Museum of Art d’Indianapolis (inv. n°63.10), cette œuvre a vraisemblablement elle aussi été exécutée d’après une œuvre aujourd’hui perdue du maître. Elle pourrait être en outre le prototype de cette suite de copies : une analyse dendrochronologique date le panneau vers 1498. Ainsi, son usage pourrait dater de la fin de la première décénnie du XVIe siècle.

Si les sources sur Bosch font mention d’au moins quatre sujets similaires, dont deux qui auraient appartenu au roi d’Espagne Philippe II, aucun ne nous est parvenu. Fort heureusement, le goût pour l’univers boschien perdurant tout au long du XVIe siècle et les demandes des amateurs, plus nombreuses encore, certains artistes comme Huys ou Mandijn s’attaquent à ces compositions aussi saisissantes qu’énigmatiques.

Populaire à l’époque médiévale et disparaissant avec le maniérisme, ce sujet évoque un lieu souterrain, hanté de démons où errent les justes morts sans la grâce de Dieu ainsi que les enfants décédés avant d’avoir reçu le baptême. La composition foisonne de scènes macadres et drolatiques : le Christ y surgit néamoins, poussant une lourde porte de bronze comme il est dit dans le texte apocryphe, et brandissant la bannière de la Résurrection. Cette iconographie fait d’emblée pénétrer le spectateur dans un monde excentrique, fantaisiste et barbare. Par la multitude de détails et la vitalité de la composition, cette image embématique du génie de Bosch démontre que les formes issues du Moyen-âge sont encore pleine de verve et de fraîcheur.

Provenance :
J.L. Laverge, Rotterdam;
Collection privée, Grande-Bretagne.

Littérature :
M. Philipp, in Verkehrte Welt Das Jahrhundert von Hieronymus Bosch, cat. exp., Munich 2016, p. 116, cat. n°16, reproduit en couleur p. 117.

Expositions :
Hambourg, Bucerius Kunst Forum, Verkehrte Welt Das Jahrhundert von Hieronymus Bosch, 4 juin – 11 septembre 2016, n°16.