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Lucas Cranach le Jeune

Le Christ bénissant les enfants

Panneau
59,3 x 120 cm
Signé du serpent ailé portant un anneau dans la bouche, daté 1538, inscription : « VND SIE BRACHTEN KINDLEIN ZV IM·DAS / ER SIE ANRVRETE · S MARCVS AM X »

présentation

Par sa puissance expressive et artistique, ce Christ bénissant les enfants se rapproche à tout point de vue de deux autres versions de ce sujet conservées à Frankfort et à Copenhague. Le thème n’apparaît que très rarement dans l’art avant Cranach l’Ancien mais il sera repris de nombreuses fois à partir de 1537, date de la première version, tant par son fils ou son atelier que par d’autres peintres comme Antoine van Dyck ou Cornelis Cornelisz. van Haarlem. L’artiste a choisi d’illustrer le verset 14 du chapitre X de l’Evangile de saint Marc : « Laissez venir à moi les petits enfants, et ne les en empêchez pas ; car le royaume de Dieu est pour ceux qui leur ressemblent » (« lasset die kindlin zvmir kommen vnd weret inen nicht dan solcher ist das reichgottes ») en montrant le Christ entouré d’un grand nombre de femmes apportant leur nouveau-né pour qu’il soit béni. A gauche sont représentés les apôtres, réprobateurs.

Le sujet de ce tableau ne s’arrête pas à la simple évocation d’un passage biblique. Proche des préoccupations luthériennes, Lucas Cranach l’Ancien cherche à faire passer un message, une idée, et ce faisant, il prend fait et cause pour la Réforme. Il s’accorde à la vision de Luther dans la controverse de 1530 sur le baptême. Le Christ bénissant les enfants se trouve être le « cheval de bataille » de la réforme luthérienne face aux anabaptistes, ces derniers ayant fait le choix de condamner le baptême imposé aux jeunes enfants, estimant que ce sacrement ne devait être reçu qu’en pleine connaissance de cause par les candidats. Luther utilise ainsi les Evangiles pour contrer les arguments de la secte dissidente et souligner l’importance du baptême dès la naissance. La peinture de Cranach se propose donc d’illustrer la doctrine luthérienne en citant explicitement le verset tiré de Marc : « VND SIE BRACHTEN KINDLEIN ZV IM·DAS / ER SIE ANRVRETE · S MARCVS AM X ».

Parmi les versions existantes du thème par Cranach l’Ancien et son atelier, cette variante du fils se distingue par sa grande qualité et la finesse des détails, ainsi que par son format plus étroit dans la hauteur, qui met l’accent sur l’individualisation des visages opérée par l’artiste, soulignant ses talents de portraitiste. Le style paternel est respecté dans l’utilisation de nombreux aplats, ce qui évite au spectateur de s’intégrer à la scène pour une meilleure compréhension du sujet. L’absence d’interprétation individuelle des personnages ainsi que le fond sombre et indéfini, qui empêche toute localisation de la scène, nous confortent dans cette direction. Le spectateur est volontairement exclu de la composition dans l’appétence de voir celle-ci interprétée comme un enseignement, une façon de penser, et non pas comme la représentation d’une réalité. La peinture est ainsi utilisée dans un but de connaissance et de partage.

Provenance :
Famille Ulveldt, Vienne, avant 1768 ;
Baron Hakvin Stiernblad de Torup, Suède, et ses descendants ;
Vente Christie's, Londres, 23 mars 1973, n° 33 ;
Vente Sotheby's, Londres, 11 décembre 1985, n° 26;
Collection privée.

Littérature :
O. Granberg, Inventaire Général des Trésors d'Art en Suède, Stockholm, 1913, III, p. 261 (date incorrecte de 1539) ;
M.J. Friedländer et J. Rosenberg, Die Gemälde von Lucas Cranach, Berlin, 1932, p. 83, n° 291b.;
M.J. Friedländer et J. Rosenberg, The Paintings of Lucas Cranach, New York, 1978, p. 141, n° 362B.