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David Teniers

Le Dentiste ou l’arracheur de dents

Panneau : 27 x 39 cm

Signé D.TENIERS.FEC

présentation

Thème populaire de l’œuvre de David Teniers, les charlatans ou médecins de campagne sont les sujets qui, ingénieusement peints, firent le succès du maître flamand.

Thème populaire de l’œuvre de David Teniers, les charlatans ou médecins de campagne sont les sujets qui, ingénieusement peints, firent le succès du maître flamand. Peintures éminemment recherchées par les plus grands collectionneurs français du XVIIIe siècle, la gravure du Dentiste nous en donne la trace en mentionnant, en marge de l’image, le cabinet dans lequel elles figurent. C’est le cas ici pour le Dentiste, que Le Bas dédie « à Son Excellence Mgr. le Vicomte de Choiseul ».

La verve satirique de David Teniers s’exprime dans cette scène savoureuse qui met en scène un praticien, brandissant une dent, et le malheureux malade, soutenant sa joue meurtrie de sa main. Celui que l’on nomme le « dentiste » dans la gravure de Le Bas est plus communément appelé l’arracheur de dents. En effet, celui qui fait face au spectateur dans une posture souveraine porte un costume de fantaisie coloré et c’est le résultat de son opération chirurgicale qu’il pointe fièrement ! Derrière lui, son patient semble accuser le coup de l’intervention : pourtant, toutes les précautions avaient été prises pour l’endormir. Sur la table se trouvent diverses essences ou solutions et surtout des bulbes de pavot. Les plantes aux vertus assommantes n’ont visiblement pas suffi, et le sablier posé entre les flacons est bien là pour rappeler tel dans les vanités, le temps qui nous glisse entre doigts.

Minutieuse et travaillée, la facture de cette composition montre un David Teniers à son apogée de sa période bruxelloise. Ce sujet, il l’aborde aussi dans un format différent que l’on peut voir dans les collections du musée de Kassel (fig.1). Notre composition, construite comme les scènes de taverne qu’il développe à la suite d’Adrian Brouwer, expose de manière complète et plaisante un intérieur baigné d’une lumière douce et enveloppante. La multitude d’objets disséminé sur la table de pratique, les étagères et à même le sol montre une variété réjouissante de matières. Le peintre prend toujours plaisir à remplir ses intérieurs de poteries et ustensiles, légitimes ici pour l’intervention chirurgicale.

La gravure de Le Bas fonctionnait avec un pendant devant représenter un chimiste. C’est en effet plusieurs types de personnages rebouteux qui se fondent dans ces décors : médecin de campagne (fig.2), spécialiste du dos ou du pied (fig.3), mais aussi physicien (fig.4). Toujours mettant en scène des familles concernées, le praticien rassure par son sérieux et son diagnostic assuré. Les familles quant à elles, portent les marques de l’inquiétude et de la douleur. Ces peintures ne sont bien sûr pas qu’une simple représentation d’une profession, comme en témoigne avec ironie le costume démodé du praticien. Il y a une invitation à voir entre les lignes et à se concentrer sur le bien-être de l’âme plutôt que de se focaliser sur les petits tracas du corps : ne pas courir à la première alerte chez le médecin mais plutôt agir avec discernement. Cette sentence n’a pas pris une ride, et c’est bien là le génie de Teniers. Par cette œuvre belle et singulière, le peintre encourage avec humour son spectateur à ne pas céder à l’attraction des rebouteux.



Provenance :
Collection du Vicomte de Choiseul ;
Succession Madame G., Paris Drouot, 12 et 13 novembre 1952, cat n°81, Pl. VII ;
De Jonckheere, Paris, 1997 ;
Collection privée.


Littérature :
Jean-Baptiste Pierre Lebrun, Galerie des Peintres flamands, hollandais et allemands, Paris, 1792, Tome I, n°4 ;
John Smith, A catalogue raisonné of the works of the most eminent Dutch, Flemish and French painters, Londres 1831, III, n°562.

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