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Jan van Kessel

Etude d’insectes, fleurs et coquillages

Cuivre : 16 x 22 cm
1659
Signé et daté « JOANNES VAN KESSEL FECIT A. 1659 »

présentation

Au cours de la seconde moitié du XVIe siècle, la culture de la curiosité se répand à travers l’Europe. Appelé dans les pays germaniques Kunst und Wunderkammer (« Chambre d’art et de merveilles »), le cabinet de curiosité se résume à une vaste salle qui abrite sculptures, moulages, armures et autres objets encore plus insolites faisant la joie de son collectionneur. Le cabinet de curiosités se transforme en lieu d’enchantement des sens avec l’apport de véritables œuvres artistiques. Appréciées de ses contemporains, bien des œuvres de Jan van Kessel furent destinées à orner ces fameux cabinets. Notre tableau fait certainement partie de cette catégorie en y prenant la place d’insectes vivants naturalisés. Son rendu, très méticuleux, devait ajouter au merveilleux en jouant sur l’étonnement du public décontenancé par la qualité du trompe-l’œil.

A l’heure où l’esprit du baroque est insufflé par Rubens, Jan van Kessel fait le choix de rester fidèle à la technique de l’Ecole ganto-brugeoise et de continuer dans la lignée des anciens miniaturistes. Il ne cherche pas à renouveler un genre mais à le perfectionner. Tout en restant dans la tradition de son grand-père, Jan Brueghel de Velours, Jan van Kessel va plus loin. Alors que s’épanouit l’art de la nature morte hollandaise avec les représentations de gibiers et d’autres illustrations d’animaux vivants parmi une mise en scène d’objets, notre artiste décide de peindre des espèces animales rarement vues par les citadins, pleines de mystère et d’exotisme. Il multiplie alors les représentations d’animaux rares venus des Indes et d’Amérique mais également d’espèces locales peu traitées jusqu’ici par les artistes flamands tels que les papillons, les grenouilles, les lézards et d’autres curiosités entomologiques donnant ainsi à ses compositions une atmosphère étrange et curieuse qui séduit son spectateur.

Cette étude d’insectes s’inscrit dans un mouvement pictural qui a traversé toute la peinture de nature morte au cour de la Renaissance des Pays-Bas et de l’Europe du Nord. Dans le choix des motifs se retrouve l’influence de la production picturale de Joris Hoefnagel, et de Georg Flegel, peintre allemand de nature morte du XVIIe siècle. Coléoptères et lépidoptères sont ici parfaitement identifiables. L’artiste juxtapose et dissèque des insectes et coquillages semblant plus grands que nature, témoignant donc de l’emploi d’un instrument grossissant. Le microscope, invention hollandaise, marqua un progrès déterminant pour la zoologie par rapport à la loupe et profita aux artistes comme Jan van Kessel, qui nous montre son observation attentive de la nature.

A l’instar de Hoefnagel, Jan van Kessel reprend habilement l’utilisation d’un fond clair et neutre. De plus, l’emploi du cuivre contribue au rendu froid et lumineux de la plaque, faisant de celle-ci une étude précise et vivante. Exposant à une lumière analytique chaque élément, et créant ainsi des ombres subtiles et délicates, Kessel confère à chaque motif une impression de volume presque palpable. Chaque détail se voit retranscrit avec tellement de soin, de maîtrise et donc de réalisme que l’on ne serait pas surpris de voir ces coléoptères se mettre à ramper et ces papillons s’envoler.

Par la liberté qu’il s’octroie dans la disposition de ces insectes et des coquillages, il se démarque de Hoefnagel, qui utilise la symétrie comme architecture de ses études. Il se rapproche ainsi de Georg Flegel par une ordonnance scandée et par l’introduction d’éléments secondaires, tels ces deux boutons de fleurs bleues, qui dynamisent les minuscules natures mortes. Jan van Kessel montre ici toute sa personnalité et sa volonté de donner un caractère artistique et original à ses études. En signant et en datant soigneusement de 1652 ce cuivre, notre artiste montre bien qu’il cherche à dégager sa composition de tout aspect scientifique.

D’autres études d’insectes signées de la main de Kessel sont également visibles au Fitzwilliam Museum à Cambridge, au Fine Arts Museums de San Francisco et enfin au Musée des Beaux-Arts de Strasbourg.

Recherchées et très appréciées de son vivant, les études d’insectes de Jan van Kessel connaissent aujourd’hui le même engouement. Peintre de talent, tant par sa maîtrise du pinceau que par l’éclectisme des thèmes qu’il aborde, Jan van Kessel se montre, au travers de ses études d’insectes, être un artiste d’une grande sensibilité et d’une précision tout à fait confondantes. Il contribue ainsi à faire du XVIIe siècle « L’Âge d’Or » de la peinture flamande.

Provenance :
Collection privée.