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Abel Grimmer

La Parabole des Aveugles

Toile : 85,5 x 155 cm

présentation

Ce tableau de Grimmer est directement inspiré de la célèbre Parabole des Aveugles de Pieter Bruegel l’Ancien qui est conservée au Musée national de Capodimonte à Naples. Cette toile, qui a connu immédiatement un grand succès, a inspiré un grand nombre d’artistes, à commencer par son propre fils, Pieter Brueghel le Jeune, qui représente alors cette parabole dans un petit tondo. Si son fils prend certaine liberté en resserrant la composition sur deux aveugles, Grimmer crée un tableau qui est très similaire à l’original.

Effectivement, Grimmer reprend les dimensions de l’œuvre de Pieter Bruegel, mais également l’ensemble de ces motifs. Toutes deux traduisent de façon quasiment littérale la parabole du Christ adressée aux Parisiens : « Laissez-les. Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or, si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse. » (Matthieu 15,14 ; Luc 6, 39).

On voit alors dans cette toile six aveugles minutieusement représentés qui se tiennent les uns aux autres sur un chemin de campagne, avec à l’arrière-plan un village. Ces infirmes, ne pouvant se guider convenablement dans l’espace qui les entoure, doivent alors se faire confiance. L’œuvre de Grimmer montre l’instant presque inévitable de la chute du premier aveugle, qui entrainera à sa suite tous ses compagnons dans le fossé. Cette chute est décomposée en six postures inéluctables qui permettent de rendre compte du mouvement vers le sol et créer ainsi une grande diagonale qui part de la partie supérieure gauche du tableau pour atteindre la partie inférieure droite de la toile. Cette gradation des postures s’accompagne d’une gradation des sentiments qui sont visibles dans ces visages aux yeux creux. Les visages des quatre aveugles fermant la marche sont levés vers le ciel alors que le visage du second aveugle, déjà précipité vers la fosse, est orienté vers le spectateur, lui permettant d’entrer dans la scène et de recevoir le conseil silencieux que l’aveugle semble lui adresser.

Bien entendu l’aveuglement qui est ici évoqué est d’ordre spirituel et nul doute que la plupart des contemporains de Bruegel et de ses suiveurs y aient vu une allégorie de la folie du temps et, en même temps, un encouragement à ne se fonder que sur son propre jugement, au lieu de s’appuyer sur les préjugés et diktats d’un establishment religieux et politique en perte de vitesse. C’est dire si cette œuvre magistrale, en marge du charme et de l’impact esthétiques qu’elle suscite d’emblée, conserve dans son message une actualité pour le spectateur moderne.

Même si on peut relever un lien évident entre cette œuvre et celle de Pieter Bruegel l’Ancien, il faut également y voir des caractéristiques stylistiques propres à Grimmer : le rendu simple et épuré des architecture, le traitement en aplat des plans de couleur et l’échelonnement progressifs et bien fondu des différents plans de profondeur sont autant d’indices qui permettent l’attribution de ce panneau à notre artiste. Cette magnifique œuvre de Grimmer ne peut laisser indifférente grâce à cette émotion qui se dégage et qui est principalement dûe au sentiment d’inévitable fatalité que la misère humaine engendre.

Provenance :
Collection privée.