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de jonckheere old masters

Pieter Brueghel le Jeune

La procession nuptiale

Panneau
75 x 120,7 cm
1627
Signé et daté 1627

présentation

Pieter Brueghel II a endossé l’héritage paternel au point qu’il est parfois impossible de séparer son œuvre de celle de son père. La Procession nuptiale s’inspire en effet d’une oeuvre de Pierre Bruegel I aujourd’hui perdue, mais que l’on croyait précédemment être le panneau conservé au Musée Communal de la Ville de Bruxelles, avant que Klaus Ertz (cf. cat. expo. Pieter Brueghel der Jüngere-Jan Brueghel der Ältere Flämische Malerei um 1600. Tradition und Fortschritt, Villa Hügel, Essen 1977, p. 122) ne le réattribuât à Jan Brueghel de Velours.

L’un des charmes de cette composition tient à la scansion harmonieuse des personnages suivant les cortèges nuptiaux de l’avant-plan. Quittant la ferme de la mariée, où l’on peut observer les derniers préparatifs, chaudrons fumants à l’appui, du banquet nuptial, les invités se suivent en deux cortèges distincts, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes. Celui des hommes est mené d’un pas gauche et guindé par le fiancé, précédé d’un joueur de cornemuse. Non sans humour, Brueghel renforce l’effet de timidité suggéré par son allure gracile et son pas hésitant en le représentant comme “coincé” entre deux troncs d’arbres. Suit avec un léger décalage le cortège des femmes, également mené par un joueur de cornemuse: La mariée, dont les formes opulentes sont à peine dissimulées par la chaude pelisse dont elle est enveloppée, s’avance, flanquée de deux petits pages, d’un pas résolument plus assuré que son futur époux, mais corrigé par la réserve mélancolique de son visage, de rigueur dans de pareilles circonstances.

Et l’on peut dès lors se perdre en conjectures sur les arrière-fonds de ce mariage: mariage de convenance, mariage arrangé, mariage d’intérêt ou mariage d’amour... Il n’est pas jusqu’au regard attentif et orgueilleux du père de celle-ci, se retournant vers sa fille, qui ne rende compte de cette caractérisation psychologique des personnages que Brueghel le Jeune réussit toujours à insuffler à ses compositions...

Par-delà la comédie de moeurs, par-delà l’introspection psychologique, c’est aussi le portrait plaisant et sympathique d’une classe de paysans aisés que nous dresse in situ l’artiste: car le paysage lui-même, ample et dégagé, fait écho à la paix de ce jour faste, avec la sécurité et l’opulence que promettent les fermes, le moulin au centre et l’étable à gauche avec son troupeau de moutons. L’artiste semble vouloir nous prouver par cette composition que, malgré les tensions politiques et religieuses qui traversent les Flandres espagnoles en ce début de XVIIe siècle, le luxe, le calme et la volupté restent au cœur de la vie quotidienne des gens de ce pays.

Le peintre fait chanter les couleurs, les rouges surtout, mais aussi les bleus et les verts en les appliquant sur les gris très fins, les beiges et les bistres. Peinte d’une touche très légère, vibrante et dans des tonalités vives, cette œuvre prodigieuse aux coloris fantastiques dégage une force et une harmonie sans égale digne de ce grand maître du XVIIème siècle flamand.

Provenance :
Mr. A. and M. Carrier, Lyon, 1871 (selon une étiquette sur le revers du panneau) ;
Sotheby’s, Londres, 11 juillet 1979, lot 108 ;
Sotheby’s, New York, 20 janvier 1983, lot 66;
Collection Akram Ojjeh ;
Collection privée, Portugal.

Littérature :
G. Marlier, Pierre Brueghel le Jeune, Bruxelles, 1969, p. 173, n° 4 ; K. Ertz, Pieter Brueghel der Jüngere - Die gemälde mit kritischem oeuvrekatalog, Luca Verlag, Lingen 1988/2000, Vol II, p. 701, No. E820; Diaz-Padron, 1980, S. 309.

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