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Hieronymus Bosch

La Tentation de Saint Antoine

Paire de panneaux : 115,4 x 43 cm

présentation

Dans une société en pleine métamorphose, la Tentation de Saint Antoine est un des thèmes les plus appréciés de la Renaissance. L’auteur du diptyque que nous présentons rend ici un hommage à Jérôme Bosch, en reproduisant un de ses tableaux les plus célèbres ; la Tentation de Saint Antoine, triptyque conservé au Museu Nacional de Arte Antiga de Lisbonne. Cette œuvre magistrale de Bosch aurait été commandée par l’ordre des Antonins. La présence de nombreux éléments renvoyant au mal des Ardents nous le laisse supposer. Nous savons cependant que le tableau provient du château Ayuda et qu’il aurait été acquis par un portugais, Damien de Goes qui, de 1523 à 1544, se trouvait aux Pays-Bas au service de Juan III. Exécuté vers 1500, Friedländer nous signale l’existence de six répliques du retable complet, cinq du panneau central et une des volets. De plus, nous en connaissons une vingtaine de copies. Il est donc fort probable que l’artiste ait eu accès à l’œuvre de Jérôme Bosch ou tout au moins à l’une des nombreuses copies circulant au sein des Pays-Bas.

Quoique de dimensions différentes, les panneaux que nous proposons sont très proches de la version originale du maître de Bois-le-Duc. La réinterprétation la plus flagrante de l’œuvre originelle par le peintre se trouve dans le traitement des paysages. Dans le panneau de gauche, l’artiste abandonne la représentation de navires naufragés et attire l’œil du spectateur vers le feu démentiel qui semble jaillir des montagnes alentour et dont la fumée atteint même les monstres ailés situés dans la partie haute du tableau. Dans l’œuvre de Jérôme Bosch, l’incendie n’est présent que dans le panneau central. Par cet ajout, le peintre nous avertit que la maladie, appelée par les chroniqueurs de l’époque « la peste du feu », s’étend bien au-delà de la ville elle-même. En effet, la peste se trouve en d’autres lieux, derrière des montagnes où seul le feu peut nous révéler sa présence. De même, concernant le volet de droite, nous remarquons que le traitement des bâtiments est légèrement différent.
Dans le but de détourner Saint Antoine de sa foi, le diable fait intervenir une multitude de créatures monstrueuses. Au ciel, des bestiaires volants s’emparent de l’espace. Dans le panneau de gauche, le saint ermite est justement emporté par l’un d’eux. Sur terre, il est soutenu par deux compagnons, vêtus de l’ordre de Saint Antoine et d’un laïc, qui tentent de traverser un pont. Cette scène rappelle au spectateur que Saint Antoine a précédemment été roué de coups par les serviteurs du diable. Sous le pont, nous apercevons trois créatures infernales en train de se consulter. Ils sont rejoints par un monstre avec aux pieds des patins et portant dans son bec ce qui semble être une lettre. Cette créature joue ici le rôle de messager du diable. A sa gauche, un rouge-gorge, oiseau maléfique, dévore ses petits, debout sur l’œuf percé d’où sont sortis les nouveau-nés. L’œuf, emblème de la magie noire et du malin, est un élément récurrent dans l’univers de Bosch et de ses suiveurs. De plus, l’œuf percé fait allusion à des naissances monstrueuses. La fantaisie de l’artiste s’exprime également à travers l’apparition d’êtres maléfiques tels que le poisson cuirassé, symbole de l’envie ou de la luxure. Les tentations du saint sont également reflétées par la présence d’un géant agenouillé, à la fois colline et toiture, terrier et bordel, qui est une autre allusion à la luxure et plus précisément à la sodomie. Ce détail nous rappelle que le feu perçu au loin est également celui de Sodome et Gomorrhe.

Dans le panneau de droite, le saint homme doit affronter un monde corrompu et décadent. La reine diablesse du triptyque des Saints Ermites du maître du Bois-le-Duc est présentée ici, entourée de sa cour satanique. La séductrice se tient près d’un arbre creux sur lequel a été jeté une étoffe rouge d’une très grande brillance et où serviteurs et créatures se pressent pour faire couler le vin. Debout, nue dans les flots du fleuve, dans une attitude de fausse pudeur, la tentatrice fait face à Saint Antoine. Ce dernier se détourne de ce spectacle obscène. Il est malheureusement entouré d’innombrables créatures et animaux qui, dans la culture religieuse, sont les représentants du malin. En effet, nous remarquons la présence d’un crapaud sur le bord gauche du fleuve dont le regard se dirige vers l’ermite. De plus une huppe, réputée pour son odeur nauséabonde et sa fiente déposée sur les œufs de sa couvée, se tient sur l’une des branches de l’arbre creux. Enfin au premier plan, des démons dansent autour d’une table sur laquelle figurent un pain et un broc d’où sort un pied de porc. Le péché de gourmandise, symbolisé par cette mise en scène, est donc l’une des autres tentations que Saint Antoine doit affronter.

Le peintre prend ici le prétexte du thème de la tentation de Saint Antoine pour créer un monde imprégné de magie et d’alchimie, peuplé de monstres et de créatures infernales en tous genres. Le diable, à travers l’imagination de l’artiste, met tout en œuvre pour détourner l’ermite de sa foi. Cependant, quoiqu’il puisse entreprendre, c’est en vain que celui-ci use de son ingéniosité pour faire succomber le saint à la tentation.


Provenance :
Collection privée, France.