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David Teniers

L’apothicaire médecin de village

Panneau
18.5 x 13.5 cm
Monogramme « D.T. » en bas à gauche
Provenance :
- Galerie Saint-Honoré, Paris, 1986 ;
- Collection particulière française.

présentation

Sont parvenus jusqu’à nous quantité de petits tableaux de la main de David Teniers représentant des fumeurs et buveurs installés dans de sombres tavernes ainsi que des parties de cartes, des kermesses et autres fêtes de village enjouées. Le maître profite ainsi de l’engouement pour les scènes pittoresques et naturalistes se focalisant sur les gens du peuple et leurs activités quotidiennes. Le corpus de Teniers est également peuplé d’alchimistes, de dentistes et de chirurgiens en action dans des intérieurs rustiques. On y rencontre des médecins effectuant une consultation à domicile sous le regard inquiet de la fermière ou du paysan malade. Cet intérêt particulier pour le monde médical n’est pas un hasard car la seconde moitié du XVIIe siècle correspond au renouveau en Europe de la doctrine de Paracelse (1493 – 1543), connu pour être le père fondateur de la médecine moderne et dont les écrits furent alors traduits et largement publiés. L’alchimie, la chirurgie et les sciences en général devinrent des centres d’intérêt de premier plan avec par exemple l’invention du microscope et la découverte de la quinine. Le corollaire malheureux d’un tel phénomène est la prolifération des charlatans profiteurs et avides de la crédulité du peuple désireux de trouver des remèdes à ses maux.

Voilà une source d’inspiration toute trouvée pour Teniers dont les scènes de genres, et plus encore les singeries, ne sont jamais dénuées d’une portée critique. Il transpose par la palette son regard acéré, convoquant dans son art l’humour et la satire pour mieux représenter ses contemporains. De l’humour à la comédie, il n’y a qu’un pas, et nous ne serons pas étonnés de voir l’apothicaire médecin de village figuré sur le petit panneau que nous présentons se tenir sur une scène de théâtre, affublé d’un déguisement. Un patient aux aguets se cache derrière une tenture tandis que le docteur tient un flacon d’urine censée lui indiquer l’état de santé de son client. Peu d’indices nous renseignent sur l’activité de l’homme, si ce n’est ces fioles et pots à onguents posés sur la petite table devant laquelle il se tient. Nul besoin d’en montrer davantage, il s’agit bien ici d’une mascarade, appuyée par la présence du petit singe - assistant en costume noble. La tenue avec masque et chapeau à corne de notre médecin évoque Il Dottore Balanzone de la Commedia dell’Arte, pauvre homme aussi prétentieux qu’incompétent et finalement très semblable aux charlatans camelots que Teniers le Jeune a peint (fig.1) à plusieurs reprises. Une autre version en vis-à-vis de L’apothicaire médecin de village est connue (fig.2) et fait penser que les tableaux ont été conçus comme des pendants. Les regards des personnages se croisent et la femme derrière le rideau répond à l’homme derrière le sien. Si nous réunissons les deux compositions, nous obtenons une véritable scène de théâtre sur les planches duquel les acteurs se livrent à un numéro comique singeant la médecine et son manque de sérieux. Teniers a d’ailleurs poussé la satyre jusqu’à imaginer une scène similaire où les singes prennent tout à fait la place des humains (fig. 3). Le médecin simiesque nargue le spectateur de son regard facétieux, s’apprêtant à délivrer son placebo.

Avec ce tableautin, le talent de chroniqueur de David Teniers le Jeune ne se dément pas. D’une touche vive et alerte, le maître transpose en couleur l’un de ses thèmes favoris et nous fait la démonstration de son habileté à allier sens critique, humour et plaisir manifeste de peindre.


Fig. 1 : Le charlatan, David Teniers le Jeune, vers 1670, huile sur bois, 25.7 x 19 cm, Château Royal, Varsovie

Fig. 2 : Dottore, David Teniers le Jeune, huile sur bois, 18.5 x 14 cm, Collection privée

Fig. 3 : Théâtre de singes, copie d’après David Teniers le Jeune, huile sur cuivre, 25.3 x 34.6 cm, vente Sotheby’s du 5 avril 2005, Collection particulière