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Herri Met de Bles

L’Ascension d’Elie sur un char de feu

Panneau : 18,4 x 29,2 cm

Signé d’une chouette, symbole de l’artiste (au pied d’un arbre au centre)

présentation

Après un long séjour en Italie, il s’établit en 1521 à Malines, puis à Amsterdam où il aurait eu pour élève Frans Mostaert. Très attiré par l’Italie, il effectua un second voyage et décéda à Ferrare vers 1560 alors qu’il se trouvait au service des ducs d’Este.

Peintre de paysages panoramiques animés et de scènes religieuses, mythologiques ou populaires, Herri Met de Bles s’inscrit dans la tradition picturale de Joachim Patenier dont il est le neveu.

Les sites à la fois réalistes et imaginaires en sont le prolongement, notamment en ce qui concerne les montagnes rocheuses aux configurations fantastiques mais son talent s’affirme par une structure moins rigide et une atmosphère plus vaporeuse.
Le maître s’inspire également des principes de Léonard de Vinci qui conseillait de laisser disparaître, dans une brume légère, les objets éloignés pour mettre en valeur les effets de l’air et rehausser la perspective.

Lors de ses séjours en Italie, il fut connu sous le nom de “Civetta”, en raison de la chouette qu’il avait coutume d’introduire dans nombre de ses tableaux.

Peut-être la plus grande figure de l’Ancien Testament après Moïse, le prophète Elie est une source d’inspiration pour les peintres et ce, depuis la peinture des catacombes. Elie, originaire de Thisbé en Galaad vit au VIIIe siècle, sous le roi Achab, converti par sa femme Jézabel au culte idolâtre de Baal. Il est envoyé en mission par Dieu pour réprimander Achab pour avoir laissé les pratiques idolâtres se répandre en Israël. Ayant longuement séjourné sur le Mont Carmel, Elie est considéré comme le père de l’ordre carmélite. Il y aurait affronté les prêtres de Baal et accomplit les miracles destinés à prouver aux Israélites la futilité de leurs croyances idolâtres. L’épisode peint ici par Herri Met de Bles est ainsi rapporté dans la Bible :

«Tandis qu’ils [Elie et Elisée] poursuivaient leur route tout en parlant, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l’un de l’autre ; Elie monta au ciel dans la tempête. Quant à Elisée, il voyait et criait : mon Père ! Mon Père ! Chars et cavaleries d’Israël ! Puis il cessa de le voir. » (2 Rois 2, 11)





Exceptionnel dans la production peinte de cette époque, le thème d’Elie est néanmoins présent dans les illustrations de la Bible encouragées par Luther. Car contrairement à l’austérité prônée par Calvin, l’illustration sert selon Luther à la bonne compréhension du Texte. En 1560, Virgil Solis (1514 – Nuremberg – 1562) collabore à la Bible de Luther en fournissant des planches gravées au burin à Sigmund Feyerabend (1528-1590) qui la publie en 1561 à Francfort. Dans cette composition construite selon un schéma similaire, on observe les mêmes caractéristiques maniéristes présentes dans le tableau de Met de Bles. L’iconographie de cet épisode du livre des Rois est donc bien établie. En effet, la cape rouge virevoltante d’Elisée resté au sol est typique du maniérisme des écoles du Nord. Les nuées emportant le char et Elie à son bord donnent un grand dynamisme, si bien qu’Elie ne semble pas contrôler sa monture. Les personnages sont peints de manière virtuose surtout dans le rendu des postures complexes. La scène est dépeinte dans un délicat paysage flamand en perspective atmosphérique tel que l’aurait conçu Joachim Patenier, oncle de cet artiste. En bon suiveur, Met de Bles s’applique à rendre le paysage, fait d’ocres à l’avant-plan, de verts et de bleus à l’arrière-plan. On appréciera tout particulièrement la beauté de l’éperon rocheux agrémenté de constructions.

L’enlèvement d’Elie dans un char de feu est l’image de l’Ascension du Christ. Inédite dans l’œuvre d’Herri Met de Bles et rare dans la peinture des Pays-Bas du XVIe siècle, cette iconographie occupe une place à part dans la tradition juive. La disparition du prophète alimente la croyance qu’Elie n’est jamais mort et explique la tradition qui lui réserve un siège à part lors des cérémonies de circoncision. A travers cette composition des plus étonnantes, Herri Met de Bles nous livre un exemple à la fois novateur et abouti de son art.

Provenance :
Collection Mario Buccellati II ;
Collection privée.

Littérature :
SERCK, Luc, in J. Toussaint (ed.), Autour de Henri Bles, catalogue d’exposition, Namur, 2000.
WEEMANS, Michel, Herri Met de Bles. Les ruses du paysage au temps de Bruegel et d'Erasme, Paris, Hazan, 2013.