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de jonckheere old masters

Pieter Brueghel le Jeune

L’Auberge saint Michel

Panneau : 50,8 x 66,7 cm
1619
Signé P. BREVGHEL, daté 1619

présentation

Cette composition originale de Pieter Brueghel II, dont il existe huit autres versions, est un très bel exemple de l’art de ce peintre. Et une fois n’est pas coutume, une maison est l’objet de toute son attention. Car au vu de la taille de la bâtisse, on comprend immédiatement que c’est le sujet principal du tableau et on pourrait presque qualifier celui-ci de « portrait de maison », pour reprendre l’expression de Klaus Ertz. En effet, les personnages sont relégués au deuxième plan et sont donc de taille relativement réduite par rapport aux scènes habituelles de l’artiste. Le premier plan est laissé inoccupé, en dehors d’un étang avec quelques canards et de deux arbres. En plus de petits groupes de personnages vacant à des occupations diverses, le peintre a disposé un certain nombre d’animaux qui servent eux aussi à animer la scène.

Deux détails exceptionnels dans l’œuvre de Brueghel sont présents dans ce panneau : ce sont les deux « tableaux dans le tableau », mis en exergue par les cadres de porte, qui donnent à voir l’intérieur de la construction. Par la porte d’entrée de l’auberge nous apercevons une salle avec divers personnages dont deux qui entrent par la porte arrière. Une deuxième ouverture permet de voir deux hommes qui chargent un chariot dans la grange attenante. D’autres personnages sont visibles aux fenêtres, ce qui contribue à donner une impression d’animation ainsi qu’une dimension supérieure à la scène en suggérant un espace à l’intérieur même de cette grande bâtisse. Par ailleurs, l’artiste souligne également la présence des alentours de la maison, en nous laissant voir quelques maisons à droite de l’image, situées en contrebas, qui évoquent un village, ainsi que par la porte arrière de la pièce principale, où l’on devine d’autres constructions. Tout ceci révèle une préoccupation nouvelle de la part de Brueghel pour les questions de spatialité que l’on n’entrevoit pas auparavant dans son œuvre.

Le fronton de la maison est couvert par divers éléments peints dans la tradition du Lüftlmalerei des régions de la Haute-Bavière ou du Tyrol, et ainsi assez peu typique des Flandres. Un certain nombre d’écussons aux armes de villes et provinces de Flandre encadrent la fenêtre et la porte. Deux scènes représentant saint Michel tuant le diable sont disposées de part et d’autre de cette même fenêtre. Enfin, l’artiste a représenté, sous forme de frise, divers voyageurs – à pied, à cheval, en charrette – se dirigeant vers l’auberge, symbolisée par un homme assis à une table, buvant du vin. Une inscription complète le tout : Dit huys sy Godt Bequaeme / In Sinte Michiel is synen Naeme et donne au lieu son nom.

Il existe plusieurs versions de notre tableau, celui-ci portant la date la plus ancienne. Des variantes interviennent entre les versions et elles semblent concerner principalement un détail, celui de l’étang. En effet, dans une partie des panneaux, dont le nôtre, l’étang ne reflète que le tronc d’arbre voisin alors que dans une deuxième série, on peut y voir les fenêtres de l’auberge, comme par exemple dans la version de la Galerie de Boer. Par ailleurs, dans le premier cas, le chien situé légèrement à droite du plan d’eau est allongé alors qu’il est toujours debout dans la deuxième version. Cela nous laisse penser qu’il existait deux modèles dans l’atelier de Brueghel, copiés à tour de rôle. Nous pouvons en outre noter que dans notre tableau, les amas de feuilles sur le toit sont absents dans les représentations plus tardives alors que le détail de la femme accroupie sur la gauche n’apparaît qu’ultérieurement.

L’Auberge saint Michel présente une subtile harmonie de couleurs ainsi qu’une maîtrise de l’espace qui permettent de rendre la composition très aérée malgré la présence de nombreux détails. Le tableau compte très peu de lignes droites et même les troncs des arbres sont sinueux. Ce jeu avec les courbes est propre à la période tardive de l’artiste, où il se libère du style de son père en se dirigeant vers des représentations plus joyeuses et moins rigides. Le peintre adopte par ailleurs la signature P. BREVGHEL à partir de 1616, où il inverse le V et le E, ce qui marque l’entrée dans une nouvelle ère dans sa carrière. Le tableau est donc caractéristique de cette production de maturité.

Provenance :
Vente, Amsterdam, Frederick Muller, 13 avril 1920, n° 9 ;
Collection privée ;
Vente, Amsterdam, Frederick Muller, 5-11 mai 1953, n° 164 ;
Collection B. de Geus van den Heuvel, Nieuwersluis, 1961 ;
Vente Sotheby Mak van Waay, Amsterdam, 26 avril 1976, n° 9 ;
Collection privée.

Littérature :
G. Marlier, Pierre Brueghel le Jeune, Bruxelles, Éditions Robert Fink, 1969, pp. 411-414, fig. 258.
K. Ertz, Pieter Brueghel der Jüngere. Die Gemälde mit kritischem Œuvrekatalog, Lingen, Luca Verlag, 2000, II, pp. 832-33 + 842, E1170.

Expositions :
Arnhem, Gemeentenmuseum, Collectie B. de Geus van den Heuvel, 1960/61, n° 9.
Laren, Singer Museum, Modernen van Toen 1570-1630. Vlaamse schilderkunst en haar invloed, 1963, n° 52.