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de jonckheere old masters

Maerten Van Cleve

Le Massacre des Innocents

Cuivre 
21,3 x 30,2 cm

présentation

Les traditionnelles représentations de scènes joyeuses et dansantes de certains peintres flamands du XVIe siècle laissent place dans cette œuvre à un sujet plus sombre. Le Massacre des Innocents, se déroulant à Bethléem à la naissance de Jésus, se situe ici dans un village flamand typique du XVIe siècle, en plein hiver. Hérode, après avoir appris la naissance du Christ, ordonne à ses soldats d’assassiner tous les garçons jusqu’à deux ans. Le massacre, représenté de manière remarquable, se déploie avec puissance dans une agitation générale : les femmes au désespoir tentent de fuir avec leurs enfants, certains de leurs cadavres jonchent le sol, des hommes pénètrent de force dans les demeures. Le peintre figure brillamment le contraste entre la quiétude hivernale et la tuerie qui bouleverse cette bourgade brabançonne. Le ciel qui s’assombrit dans le coin supérieur droit confère une atmosphère oppressante à la scène, encore accentuée à travers l’horizon bouché par les maisons, semblant rendre la fuite des femmes impossible. A la rigueur de l’hiver, dont la nudité des arbres rend compte, les habitants de ce village doivent subir les atrocités des soldats dans un mouvement de terreur.

Une hypothèse suggère que cette scène représenterait les exactions commises par les forces d’occupation espagnoles contre les Néerlandais sous Philippe II (1527–1598) ; les hommes armés portent d’ailleurs les vêtements rouges typiques des soldats espagnols de cette période. Le thème initialement religieux prend ainsi une dimension politique. Pour le spectateur de l’époque, cette perspective actuelle confère un réel intérêt à l’œuvre et cela explique en partie le succès populaire que rencontre ce sujet, dont il existe de nombreuses versions.

Plusieurs artistes ont traité ce thème et, bien que ce tableau ait pu être précédemment attribué à Pieter Bruegel l’Ancien, il apparaît davantage comme une création de la main de Maerten van Cleve. En effet, la composition de cette œuvre est similaire à celle du Massacre des Innocents conservé à Stockholm (Fig. 1), dans laquelle une majorité de groupes de figures se retrouvent, par exemple celui de la femme poursuivie par un soldat armé au premier plan. En outre, la coiffe – un linge blanc avec les deux bords relevés et noué sur la tête – de la figure féminine de droite est caractéristique de cet artiste, et la palette chromatique se rapproche plus de celle de van Cleve que des tonalités vives typiques de Pieter Bruegel. Toutefois, plusieurs éléments de Bruegel sont repris de son Massacre des Innocents réalisé vers 1566–1567 (Fig. 2). Le choix d’un plan plus rapproché, mais surtout le groupe de soldats au centre de la composition, absent du tableau de van Cleve, témoignent sans doute de la connaissance de la représentation de Bruegel. Il n’est pas impossible que ce panneau ait été réalisé après une étude de son tableau, bien que Maerten van Cleve ait repensé la composition générale – ce que le petit format de ce panneau confirmerait. En outre, il existe des dessins préparatoires de ce thème, ce qui pourrait appuyer cette théorie (Fig. 3).

Ainsi, ce panneau est une synthèse entre le travail de Maerten van Cleve et de Pieter Bruegel l’Ancien, deux peintres majeurs de cette période. Dans un cadre animé, cette composition met en scène la prospérité des villages brabançons mise à rude épreuve par les bouleversements politiques de l’époque.

Provenance :
Collection privée, Suisse.

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