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Abel Grimmer

Paire de mois : Le mois de Septembre ou la Parabole du figuier stérile et Le mois d’Octobre ou la Parabole des vignerons meurtriers

Septembre :
Panneau
25,8 x 35,2 cm
Inscription en bas à droite LVC. 13
Signé et daté Abel Grimmer Fecit 1611

Octobre :
Panneau
26 x 35,5 cm
Inscription en bas à droite MATT. 21
Signé ABEL GRIMMER

présentation

Septembre et Octobre d'Abel Grimmer sont des variantes des panneaux de la série des douze mois qui se trouve actuellement dans l'église Notre-Dame à Montfaucon. Pour le cycle, le peintre s'est inspiré des œuvres de Hans Bol diffusées par des gravures d'Adrian Collaert de l'Emblemata Evangelica publié par la famille Sadeler en 1585. Les séries de mois ou de saisons font partie de la tradition picturale qui remonte aux premiers temps du Christianisme. Elle s'est notamment manifestée dans les miniatures des livres d'heures chers au XVIème et XVème siècles. Un siècle plus tard, séduits par le thème, les peintres flamands tels que Pieter Bruegel l’Ancien et Lucas van Valckenborch transposent sur des panneaux les calendriers des miniaturistes. À Anvers, Grimmer s’en fait le spécialiste. À travers ces deux panneaux, Abel Grimmer révèle la vision d'un artiste authentique, donnant une interprétation du paysage comme un théâtre où se mêlent scènes religieuses et profanes.

Septembre : cette scène automnale représente les travaux des paysans : le mois de septembre est ici à l’honneur. C’est précisément la cueillette de pommes qu’il est possible d’y observer. En même temps, sont représentés le Christ et ses disciples en bas à droite du tableau. La mention LVC.13 est un indice pour la parabole illustrée. Un petit groupe est représenté au premier plan autour du Christ selon le costume juif traditionnel. Voici ce que dit la parabole : « Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher des fruits et n’en trouva pas. Il dit alors au vigneron : “ Voilà trois ans que je viens chercher des fruits sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe–le ; pourquoi donc use–t–il la terre pour rien ? ” L’autre lui répondit : “ Maître, laisse–le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. Peut–être donnera–t–il des fruits à l’avenir… Sinon tu le couperas ”.
Les autres parties de la composition, tel que le paysage ponctué de personnages ainsi que les petites maisons flamandes sont traités de façon contemporaine au siècle du peintre.

Octobre est associé à la parabole des vignerons meurtriers relatée par Mathieu au chapitre 21 de son Évangile. Un propriétaire terrien plante une vigne, la ceint d’une clôture et la protège d’une tour de garde. Projetant de voyager, il confie l’entretien de son domaine à des vignerons. Au moment des vendanges, des serviteurs sont envoyés auprès d’eux pour récupérer le fruit de la récolte, mais les vignerons se révèlent être de mauvais hommes qui s’en prennent violemment aux domestiques. D’autres viennent mais le même sort cruel leur est réservé. Finalement, le fils du propriétaire intervient. Cela attise davantage la haine des vignerons qui voient là une occasion de mettre la main sur l’héritage familial. Le fils est ainsi chassé et tué. La parabole se clôt par la question du Christ aux Pharisiens : « Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? ». Ceux-là répondent : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu ». En s’inspirant du texte sacré qu’il indique par la mention « MATT. 21 », Abel Grimmer place donc le Christ et deux Pharisiens sur un petit promontoire à l’avant-plan, situation idéale pour observer attentivement le drame se déroulant à leurs pieds. Par leurs tenues antiquisantes, ils se distinguent des autres personnages représentés arborant des costumes paysans contemporains du peintre, hormis le pauvre serviteur pourchassé par ses bourreaux impies. Leur situation dans le tableau ajoute à cette partition de la composition avec d’une part, la référence biblique et d’autre part, la vue panoramique paysagée où le meurtre du fils par les vignerons opère telle une transition dramatique.

Avec ces deux paraboles illustrées dans un format important, nous pouvons admirer le talent de dessinateur et de coloriste d’Abel Grimmer, comme son aisance dans la narration figurée d’épisodes bibliques bien connus à son époque. La manière alerte du peintre et sa palette harmonieuse rehaussée de touches vives guident le regard de l’amateur à travers deux compositions emblématiques.


Provenance :
Collection privée.