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Pieter Brueghel le Jeune

Le Paiement de la dîme ou L’avocat de village

Panneau : 58,7 x 82,5 cm
1618
Signé et daté en bas à gauche P.BREVGHEL - 1618

présentation

Sujet satirique, le Paiement de la dîme (également appelé l’Avocat des Paysans, l’Avocat de village, le Percepteur d’impôts, l’Avocat des mauvaises causes ou l’Etude de Notaire) est un thème en vogue au XVIIe siècle, peut-être même la composition la plus populaire de Pieter Brueghel le Jeune. Dans une salle en désordre, des liasses de papiers et des sacs postaux inondent le sol. Trois groupes de personnages se partagent la composition. A l’entrée de la pièce, un homme passe avec hésitation la porte, tandis qu’un autre un peu penaud attend son tour chapeau et feuillets à la main. Non loin d’eux, un clerc à son bureau s’active à prendre des notes. Au centre, un autre groupe de personnages est formé par quatre hommes barbus et une femme fouillant dans son panier. Les hommes manifestement hésitants, regardent en direction d’un personnage assis derrière le bureau en désordre. Ce dernier porte un bonnet doctoral. Sa petite barbe pointue cache son menton proéminent, clin d’œil aux faciès des Habsbourg. Il tient dans sa main droite un feuillet et dans sa main gauche une liasse. Ce personnage est sans nul doute au cœur du propos de l’œuvre. Il est l’avocat du village. Derrière lui, est suspendu un calendrier comprenant cette inscription : « ALMANACH DE GRACE […] DE DIEU […] ». Il forme avec deux autres personnages le troisième groupe de la composition : à ses côtés, un clerc dont le regard est perdu dans la salle et un personnage vêtu chichement qui observe le calendrier.

Comme l’indique son titre, le thème de cette œuvre a longtemps été rapproché du paiement des impôts. Mais en étudiant mieux les visages caricaturaux, ainsi que le personnage principal, on déduira qu’il s’agit d’une vision satirique du métier d’avocat. De plus, si l’on s’appuie sur les sources, tels que les inventaires des cabinets de peintures anversois du XVIIe siècle, le tableau est mentionné sous le titre de « procureur ». Les personnages attendant dans le bureau sont donc des plaignants venus payer le magistrat en nature, avec œufs et grappes de raisin. Enfin, pour étayer davantage cette hypothèse, des tracts utilisant le tableau de Pieter Brueghel le Jeune afin de diffuser des pamphlets sur la corruption ont été retrouvés. Ces derniers ont été gravés par Paulus Fürst, libraire et marchand d’objets d’art à Nuremberg au début du XVIIe siècle.

Contrairement à l’Adoration des Mages dans la neige, au Dénombrement de Bethléem ou au Paysage d’hiver avec la Trappe à Oiseaux, le sujet abordé ici par Pieter Brueghel le Jeune n’est pas une représentation d’une œuvre de Pieter Bruegel l’Ancien. A ce titre, ce Paiement de la dîme illustre la singularité de la personnalité de Pieter Brueghel le Jeune. A l’origine de nombreuses divergences entre historiens de l’art, cette composition reste entourée de mystère. Mais vu le nombre de versions réalisées, tous s’accordent sur la grande popularité du thème. A cause de l’utilisation de la langue française pour la rédaction du calendrier, Jacqueline Folie émet l’hypothèse que le prototype du tableau serait d’origine française. Klaus Ertz soupçonne aussi l’existence d’un prototype disparu de la main de Nicolas Baullery (1560-1630). Cette version, à la fois aboutie et bien conservée, est quant à elle, à mettre en relation avec celle présentée au Castle Museum de Norwich, dont les dimensions et les caractéristiques picturales correspondent.

Provenance :
Collection privée, Europe.

Littérature :
K. Ertz, Pieter Brueghel der Jüngere, Lingen, 1988/2000, Vol.I, p. 487 à 500 ;
P. Marlier, Pierre Brueghel le Jeune, Bruxelles, 1969, p.435-440. Cat. exp. « L’entreprise Brueghel » Maastricht, Bonnefanten Museum, et Musées Royaux des Beaux Arts de Belgique, Bruxelles, 2002, p. 173-185.

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