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de jonckheere old master

Jacob Grimmer

Le Repos pendant la Fuite en Egypte

Panneau
68,1 x 110,8 cm
Monogrammé et daté de 1554

présentation

Oeuvre essentielle du corpus grimmerien par sa date précoce, ce paysage est également, par l’ampleur de son souffle panoramique, l’un de ces jalons qui permettent de resituer l’évolution du genre paysagiste flamand.
Se dégageant du « Weltbild » d’un Patinir ou d’un Met de Bles, mais aussi de la conception plongeante qui subsiste dans les oeuvres d’un Pierre Brueghel ou d’un Valckenborch, Jacob Grimmer crée ici l’un des tous premiers paysages panoramiques adoptant, certes, un point de vue encore relativement haut, mais répondant déjà à une vision ordonnée par le regard du spectateur. Celui-ci a la libre exploration d’un véritable panorama et, si l’attention est en quelque sorte focalisée par le centre du tableau -délimité en l’occurrence par un triangle d’arbres sinueux et occupé par le groupe de la Sainte Famille - le parcours visuel n’est pas pour autant coercitif.

Chaque élément de la composition est là pour lui-même, et non simplement pour conduire le regard du spectateur dans telle ou telle direction.
Cette liberté d’appréhension est renforcée par le fait que Jacob Grimmer atténue, plastiquement et chromatiquement, les contrastes entre les différents plans de profondeur. La perspective tonale est en effet assourdie : le peintre utilise une tonalité dominante, diversifiée en de subtiles nuances et procède ensuite par plans de couleurs quasiment abstraits. Renonçant aux bleus souvent un peu durs, utilisés pour les lointains dans la tradition flamande, il opte - en général comme dans le cas présent - pour un ton de gris d’une légèreté admirable.
D’un point de vue plastique, il n’y a guère de place pour des éléments structurant de façon fortement hiérarchisée le paysage, qu’il s’agisse des éléments coulisses, utilisés à l’avant-plan par les peintres maniéristes, ou des reliefs fantastiques récurrents dans l’oeuvre d’un Met de Bles. D’un plan à l’autre, on n’observe ici que de doux vallonnements, à l’instar des déclivités naturelles que l’on peut rencontrer en pays flamand.
Car c’est bien dans une campagne flamande, émaillée d’éléments architecturaux (le village avec son église à gauche, les bâtiments de fermes au centre et le château fort entouré de douves à droite) à la fois réalistes et pittoresques que l’on se trouve, ainsi que le suggère également le profil très scaldien du port représenté à l’arrière-plan. Et la calme ampleur de ce paysage bucolique semble particulièrement adaptée à la scène sacrée sous-tendant la représentation : rarement le thème du Repos pendant la Fuite en Egypte n’aura été illustré avec un tel abandon dans un environnement aussi adéquat. Il suffit de regarder les positions alanguies de la Sainte Famille pour s’en convaincre.

Provenance
Collection D.A. Hoogendijk, Amsterdam, 1926 ;
Collection du Baron de Cartier, Belgique ;
Collection privée.

Exposition
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts, Paysages flamands, septembre - novembre 1926,
n°139;
Vienne, Galerie Friederike Pallamar, Die Hals Familie und Ihre Zeit, 15 novembre - 31 décembre 1972, n°1, illlustré;

Littérature
P. Bautier, Cahiers de Belgique, février 1928, p.25 ;
H. Fierens-Gevaert, International Studium, XXXIII, février 1927, p.29, illustré ;
E. Greindl, Monographie de Jacob Grimmer, Vienne, 1972, n°1 ;
R. de Bertier de Sauvigny, Jacob et Abel Grimmer, 1991, p.57, n° II, fig. 1.

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