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Abraham Janssens

Les quatre saisons

Panneau : 64,3 x 49,3 cm

présentation

Cet ensemble exceptionnel représente la meilleure série complète sur panneau du thème des Quatre Saisons peinte par Abraham Janssens. D’emblée, cette suite s’impose par le caractère novateur de son iconographie. S’écartant de la tradition flamande, qui identifie volontiers les saisons avec des paysages animés rythmés par les activités humaines, Janssens en connaisseur de la mythologie antique et de la peinture italienne, conçoit les saisons telles quatre allégories. Douze figures, regroupées par trois, composent quatre panneaux distincts. Les signes zodiacaux correspondants aux trois mois de la saison surplombent les têtes des figures qui animent les compositions.

Le printemps, qui démarre le cycle des saisons, est représenté par trois jeunes filles en fleurs, groupés autour d’une barrique de lait ; celles-ci s’apprêtent à faire du beurre. Le lait, source de vie est une allégorie des naissances qui ont habituellement lieu au printemps dans le monde animal. Les couronnes de fleurs bigarrées font échos aux tonalités vives des vêtements. L’artichaut et l’asperge allient le renouveau de la nature à l’intérêt des classes aisées anversoises pour des légumes encore exotiques sous les latitudes du nord de l’Europe.

L’été est figuré par des femmes dans la force de l’âge. Leurs cheveux sont parsemés d’épis de blé. L’une tient dans ses mains le feu de la canicule tandis qu’une autre présente des fruits de saison telles les cerises ou le melon d’Italie.

L’hiver, enfin, se présente sous les traits de trois vieilles femmes. La table dressée devant elles nous dévoile les restes d’un repas composé de viandes fumées et salées typiques des mets de fin d’année. La femme du milieu est coiffée de la couronne des rois tandis qu’elle présente aux deux autres les gaufres de la chandeleur. La troisième désigne les hautes flammes de l’âtre. Le feu, bien loin de réchauffer, semble ici rappeler le froid de l’hiver. La lumière qui s’en dégage donne un prétexte à l’artiste pour jouer sur les jeux d’ombres et ainsi créer une atmosphère proche des compositions caravagesques qu’il dût étudier à Rome. Deux des trois femmes se partagent un verre de vin, précieux fruit du travail de l’année écoulée, et peut-être, dernier symbole de la vie.

L’automne prend les traits de femmes d’âge mûr. La première, déguisée en Dionysos, la tête recouverte de feuilles de vigne, dépose une corne d’abondance d’où semble s’échapper une grande quantité de pommes, de poires et de raisins. Le fruit des vendanges rempli en effet la composition aux côtés d’oiseaux symbolisant la chasse.

Comme nous venons de le voir, ces quatre allégories s’inscrivent dans la tradition flamande par les attributs qui les accompagnent tout en revendiquant leur filiation avec l’art italien par le traitement des corps. D’un point de vue stylistique, on retrouve dans cet ensemble le goût prononcé d’Abraham Janssens pour l’antique. Dès son retour de la péninsule en 1602, le peintre revendique l’influence de ses contemporains vénitiens, florentins et romains. Maître du clair-obscur, il fut le premier Flamand à aimer une peinture faite de forts contrastes de lumière, pour ainsi révéler la puissance des modèles… Rubens, son jeune rival, s’inspirera lui même par la suite de cette technique venue d’Italie pour affiner son propre style voué au succès que nous lui connaissons. Au-delà de la simple présentation harmonieuse des douze mois, le peintre profite de la dimension symbolique du thème pour représenter les différents âges de la vie. Les saisons rythment les activités agricoles et, d’année en année, sont les témoins privilégiés du temps qui passe. Par cette métaphore de la vie humaine, Janssens impose à sa composition une touche de nostalgie pleine d’humanité.

Les tableaux d’Abraham Janssens font aujourd’hui encore parties des plus belles collections de peintures flamandes. Une série similaire, quoique moins aboutie, se trouvait autrefois dans les collections du Comte Golenitscheff-Koutousoff à Saint Petersbourg. Mise aux enchères à l’Hôtel Drouot à Paris le 30 avril 1900, cette série réapparaît en 1968 dans la collection Morris I. Kaplan, à Chicago en 1968. Les Quatre Saisons que nous vous présentons ici représentent à n’en pas douter l’une des œuvres les plus abouties de l’artiste. Sa passion pour le corps humain, sa maîtrise des nouvelles techniques venues d’Italie ainsi que son habilité à dépeindre les sentiments qui animent le visage de ses personnages font d’Abraham Janssens le grand précurseur d’un genre novateur qui marquera l’histoire de l’art avec Pierre Paul Rubens.

Provenance :
Collection de Blomaert ;
Collection privée.

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