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Francesco Guardi

L’île de San Giorgio, Venise, avec la Punta della Giudecca

Huile sur toile : 41,3 x 51,3 cm

présentation

Issu d’une famille de peintre dont il est le plus connu, Francesco Guardi est, avec Canaletto, le peintre par excellence des vedute, ces vues à la fois pittoresques et minutieuses de Venise, un genre pictural qui s’épanouit pleinement au XVIIIe siècle.

A ce jour, on ne dispose que de peu de documentation sur la vie et le développement artistique de Francesco Guardi. On sait qu’il travailla dans l’atelier de son père, Gian Domenico avec son frère Gianantonio. Son père était l’élève de Sebastiano Ricci, maître renommé, et dont la peinture eut une forte influence dans le développement du style de ce peintre. C’est en effet par son entremise que Guardi connut la technique de la tâche, technique qui s’avèrera prépondérante dans l’évolution du style de ce grand peintre vénitien.

Dans la première partie de sa vie, il fut peintre de décorations et de tableaux d’église. Ce n’est qu’après la mort de son frère Gianantonio survenue en 1760 que Guardi concentrera son attention aux vues de la Sérénissime. Il est alors le premier artiste exclusivement occupé à dépeindre une réalité telle qu’il la voit. Il sait retransmettre de manière fabuleuse la vision lyrique d’une ville ou d’un paysage. Francesco Guardi est le premier représentant de cette sensibilité nouvelle qui domine bientôt l’ensemble de la production picturale vénitienne au moment même où la République maritime s’enfonce dans la décadence politique et économique. Guardi, maîtrisant toujours davantage son style unique, continuera à peindre des vedute et des capricci jusqu’à tard dans sa vie.

Aujourd’hui Guardi tient une grande place dans l’histoire de l’art. Son œuvre est dispersée à travers le monde entier (sept d’entre elles sont au Louvre). Sa vision de Venise a influencé celle de grands peintres qui ont utilisé cette ville comme source d’inspiration à l’exemple de Monet et de Turner. Le style de Francesco Guardi est avec celui de Constable, de Goya et celui des maîtres de Fontainebleau, le véritable substrat d’une nouvelle approche de la peinture qui conduit, aux portes du XIXe siècle, à la naissance de la peinture moderne.

Datée du milieu des années 1770, cette œuvre d’une profondeur singulière et d’une délicate sensibilité est le résultat du travail raffiné de Francesco Guardi. Ayant repris cette thématique dans les plus belles années de sa carrière, Guardi perfectionne ses vedute en leur conférant de minutieux détails et un caractère vibrant de modernité.

Guardi a su traduire une vue simple en un réel chef-d’œuvre, virtuose d’une technique dans laquelle la lumière prime. Un ciel composé de teintes bleutées, des bâtiments singuliers, une atmosphère maritime prospère, tissent avec génie les liens entre le prestige de l’église dominante et le quotidien de la cité. La gondole centrale, figure emblématique de Venise, est un motif que Guardi représente dans plusieurs versions de cette veduta. Présentée légèrement en diagonale, on la retrouve dans l’œuvre conservée à la Wallace Collection à Londres ou encore celle de la Schäffer Collection à Zurich.

Figure du védutisme et très inspiré par son contemporain Canaletto, Guardi se distingue néanmoins par sa touche plus libre et sa perspective personnelle : une expression retrouvée parmi d’autres versions conservées aujourd’hui au Musée du Louvre ou encore au Musée de l’Hermitage à Saint Pétersbourg. Ce tableau en particulier se différencie des versions précédentes par l’étendue de son atmosphère scintillante, marque du langage lyrique propre à Guardi.

Ce tableau est un témoignage historique car il présente sur la gauche l’église de l’île de San Giorgio Maggiore, et à droite l’extrémité de l’église de l’île de Giudecca ainsi que le couvent de San Giovanni Battista. Carte postale d’un patrimoine vivant ou disparu, cette œuvre est dans un état exemplaire de sa conservation. Maitrisant le travail de la perspective en disposant des navires au loin comme à l’avant du tableau, Guardi interrompt le visiteur et le fait plonger dans un vaste espace apaisant.

Provenance :
Sceriman collection, Venise ;
Conte Lodovico Miari de Cumani, Venise ;
Agnew’s, Londres ;
M. et Mme Edward W. Carter, Los Angeles ;
Jaime Ortiz-Patiño ;
Collection Privée, Suisse ;
Noortman, Londres ;
Collection Borletti, Milan.

Littérature :
G.A. SIMONSON, Francesco Guardi, London, 1904, p. 97, n°252 ;
R. PALLUCCHINI, ‘Tiepolo e Guardi alla Galleria Cailleux di Parigi’, in : Arte Veneta, 1952, p. 231.
A. MORASSI, Guardi, Venice, 1973 et 1984, I, p. 391, n°425, pl. XLIV(détail) : II, fig. 450.
L. ROSSI BORTOLATTO, L’Opera completa de Francesco Guardi, Milan, 1974, p. 104, n°247.

Expositions :
Paris, Galerie Cailleux, Tiepolo et Guardi, 1952, n°71 ;
London, Agnew’s, Venetian Eighteenth Century Painting, 5 June – 19 July 1985, n°9 ;
Venise, Fondazione Giorgio Cini, Francesco Guardi: Vedute, Capricci, Feste, 28 aout – 21 novembre 1993, n°42.

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