';
X

recherche

de jonckheere old masters

Pieter Brueghel III

L’ivrogne poussé dans la bauge aux pourceaux ou Porc, dans ta fange!

Panneau : 20 cm de diamètre
Signé P. BRVEGHEL

présentation

Ce tondo, que ce soit par son format ou pour son sujet, montre de nombreuses similitudes avec la célèbre série des Douze proverbes flamands qui a été gravée par Jan Wierix. Plus particulièrement, on connaît pour ce tableau une estampe ronde isolée, avec le monogramme de Jan Wierix (IHW), datée 1568 et portant l’inscription « P. Brueghel inuet » (inventeur), qui illustre le proverbe flamand : « ‘t Varken moet in t’ Schot », que l’on peut traduire librement par « Porc, dans ta fange ! ». Le sujet est donc bien de l’invention de Pieter Bruegel, grand-père de notre artiste. Hulin de Loo voyait dans la gravure la preuve d’une peinture perdue du maître, aujourd’hui retrouvée dans une collection belge car vendue en 2002 chez Christie’s, et qui aurait été probablement dans l’inventaire des biens de Gillis van Coninxloo, un de maître de Pieter le Jeune dans ces termes : « Een stuck waert varcken in ‘t cot moet », « Un tableau représentant le porc poussé dans la porcherie ».

Outre la gravure de Wierix largement diffusée, Pieter Brueghel le Jeune a lui aussi repris le sujet de son père ; on conserve, selon Marlier, deux versions à Anvers et au Historisches Museum de Bamberg. Ertz fait part quant à lui des deux versions citées par Marlier, mais aussi de sept autres disséminées sur le marché de l’art, ce qui montre bien la grande popularité de ce thème à l’époque ! Tout comme dans notre version de Pieter Brueghel III, le tableau présente des hommes et des femmes, hurlant et gesticulant, qui cherchent à pousser un homme, apparemment ivre, dans une porcherie. La femme du premier plan avec le foulard et à la bourse bombée, est probablement une femme riche, l'épouse d'un agriculteur, une maîtresse qui aide son époux à pousser l’ivrogne.

A noter, une version rectangulaire attribuée à Martin van Cleve a pour titre « ‘t Varken moet in t’ Schot », lequel morcelé en deux distiques signifie : « Die haer goet als dronken Swynen/ Brengen door in Venus Koot / Moeten nae elendich quynen / Eyndelyck int Varckensschott. » « Qui passe son temps, ivre comme un porc, dans les pâturage de Venus, est voué à croupir dans la bauge aux pourceaux». Cet adage maudit l’homme aviné qui dissipe son argent au bordel. Le paysan porte en effet à sa ceinture une bourse vide. Cette œuvre présente des personnages supplémentaire : une femme en pleurs, apparemment l’épouse ou la mère du personnage principal, un homme courbé devant elle particulièrement violent, une église en arrière-plan et un joueur de cornemuse. La scène reproduite, même si rude et moralisante, glisse soudain vers le grotesque et laisse aux spectateurs le plaisir d’un sourire amer.

Provenance :
Collection privée, Suisse.

Littérature :
G. Marlier, Pierre Brueghel le Jeune, Bruxelles, 1969, p.149-151. K. Ertz, Pieter Brueghel der Jüngere, Lingen, 1988/2000, vol. I, pp. 141 et 142.