';
X

recherche

de jonckheere old masters

Maarten van Heemskerck

Mise au tombeau

Vers 1545

Panneau : 97,8 x 138,1 cm

présentation

Cette scène de Mise au tombeau est un exemple exceptionnel de l’art de Maarten van Heemskerck. L’épisode présenté ici relate un thème chrétien encouragé par les Franciscains, qui a longtemps fasciné les artistes et rencontré un grand succès à la fin du Moyen Âge et au cours de la Renaissance. À cette époque-là, les peintres et les sculpteurs construisaient leur composition de sorte que les personnages participant aux scènes de la Déposition de croix et de la Déploration entouraient le corps mort du Jésus. Joseph d’Arimathie et Nicodème étaient dépeints habituellement au moment du transport du corps du Christ tandis que la Vierge, Jean l’Évangéliste, Marie Madeleine et les autres saintes femmes l’encerclaient.

Cependant, Maarten van Heemskerck a choisi ici de se distinguer des représentations les plus communes. Il réalise une composition qui rappelle plutôt l’iconographie du Christ mort soutenu par les anges, où Jésus, assis sur le bord de son tombeau ouvert, montre ses blessures. Dans cette scène, qui ne figure pas dans les Évangiles, Jésus est soutenu par au moins deux anges et aucun personnage réel n’est présent. En choisissant d’assembler ici ces deux iconographies distinctes, Maarten van Heemskerck a profité des possibilités offertes par les deux thèmes. En entourant le Christ par les protagonistes habituels, il a réalisé un cadrage resserré où les figures sont statiques et représentées très proches l’une de l’autre. Aucun espace n’est laissé au paysage.

Le corps mort du Christ, soutenu par Joseph d’Arimathie derrière lui, est posé sur une dalle de marbre, « pierre de l’onction ». Ce corps sans vie envahit l’espace du spectateur tandis que le groupe de personnes se trouvent derrière le bord du tombeau. La couleur du corps du Christ reprend celle du marbre sur lequel il est assis alors que la main vivante de Marie Madeleine fait irruption sur la froideur de la pierre. Les signes de la torture et des souffrances physiques – les blessures causées par la couronne d’épines, par les coups, par la lance du centurion – sont présentes et évidentes. La couleur du corps du Jésus forme, en plus, un fort contraste avec la couleur de la peau des autres personnages et de leurs vêtements polychromes. Le toucher des mains du Christ et de Marie Madeleine, identifiée par le vase de parfums placé devant elle, est, d’ailleurs, l’unique contact entre Jésus et un autre protagoniste dans la scène.

Une autre ambiguïté, présentée dans ce magnifique tableau, est la question de la personne soutenant le corps de Jésus. Il semble difficile et anatomiquement improbable que l’homme à droite du Christ, identifiable vraisemblablement avec le pharisien Nicodème qui est souvent représenté imberbe, soit celui qui soutienne le corps. Selon Jefferson Harrison, il pourrait d’ailleurs s’agir d’un autoportrait de l’artiste. L’homme à gauche, quant à lui identifiable avec Joseph d’Arimathie car barbu et plus âgé, semble plus distant du corps mort. Plusieurs personnages regardent en dehors du champ : cette approche ainsi que l’utilisation du plan rapproché incitent le spectateur à participer à la scène, à compatir à la souffrance et à la douleur provoquées par la mort du Christ.

Il existe deux autres versions presque identiques de notre tableau qui est considéré comme le prototype des deux autres peintures. L’une d’entre elles est conservée au Musée de Semur-en-Auxois tandis que la seconde a été vendue chez Christie’s en 1998. Rainald Grosshans propose une datation autour de 1545 et le situe après la création d’une autre Mise au tombeau de Maarten van Heemskerck datée de 1540 et conservée aujourd’hui à la Pinacoteca dell’Accademia Albertina di Belle Arti, à Turin. La date de 1545 a été suggérée en se fondant sur le fait que l’artiste démontre ici une meilleure compréhension dans l’insertion des figures dans l’espace. On connaît également une autre version de la Mise au tombeau de 1540 qui est conservée à Rotterdam au Museum Boymans-van Beuningen.

Provenance :
Collection André-Javier Flores, Madrid ;
H. Scagliola, Genève 1976-1978 ;
Knoedler, New York 1978-1979 ;
Collection privée.


Littérature :
R. GROSSHANS, Marten van Heemskerck : Die Gemälde, Berlin, 1980, p. 168, cat. no. 52, ill. Fig. 77.
J. HARRISON, The Paintings of Marten van Heemskerck : A catalogue raisonné, thèse non publiée, Université de Virginie, 1987, no. 51.