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Clara Peeters

Nature morte au colvert, lièvre, écureuil et corbeille de raisin

Panneau : 50,8 x 74,6 cm
Signé Clara P. en bas à gauche

présentation

Femme artiste mythique parmi les peintres anversois de nature morte du XVIIe siècle, Clara Peeters est autodidacte et réalise au cours de la première moitié du siècle d’or des natures mortes que nul ne saurait imiter. Dans cette nature morte au colvert, lièvre, écureuil et corbeille de raisin, elle nous donne la pleine mesure de son art et de sa grande maîtrise de la représentation animalière.

Probablement réalisée dans les années 1610, cette très belle représentation de gibier donne le ton de ces merveilleuses tables de retour de chasse, opulentes et richement composées, comme on les connait plus tard chez Frans Snyders. Au centre de notre nature morte, s’étend un très beau colvert, dont la panse dodue et le plumage soyeux appellent au toucher. Comme dans le Bodegon du Prado daté de 1611[1], il gît près d’un monceau de petits oiseaux, disposés ça et là : bouvreuil, martin-pêcheur et petits oiselets aux plumes mouchetées mais aussi grives, bécasse et perdreaux. Un beau lièvre aux pattes agiles et aux oreilles alertes termine ce bel amas de prises. Son pelage presque doré conclut avec brio cette suite de textures, duveteuses et douces. Mais contrairement à Osias Beert qui ponctue ses compositions par des objets éloignés, Clara Peeters montre soudain la volonté contraire. En rapprochant parfois timidement les éléments, elle amorce un nouveau tournant dans la production de nature morte : elle procure ainsi une sensation plus grande de profondeur de champ.

Mis à part les animaux morts dispersés de façon pyramidale, notre artiste place au coin supérieur gauche de sa composition une généreuse corbeille garnie de grappes de raisin blanc et rouge. Les fruits juteux et gorgés de soleil contrastent avec l’amoncellement du gibier dont les couleurs, en parfait camaïeu de brun, ocre et beige, donne chaleur et intimité au tableau. Deux spectateurs discrets prennent part à la présentation des victuailles sur la table. Perché sur une grappe de chasselas, un petit volatile observe la scène, tandis qu’un écureuil chapardeur fait bombance de quelques noisettes. On retrouve d’ailleurs cet invité dans la composition du Palazzo Pitti, où le rongeur guète un plateau de fruits[2].

Les motifs représentés ici sont familiers de Clara Peeters. Même si elle affirme sa touche dans des œuvres variées, que ce soit des bouquets de fleurs, des tableaux de fruits ou de coquillages, avec cette représentation de gibier, elle montre son souhait de s’affranchir d’une vision archaïque du genre. Elle se livre donc à des représentations thématiques, comme ici le retour de chasse, qui est doté d’un réel souci du détail et de réalisme. Le caractère sobre des gammes de couleurs, alliant gris et bruns, montre dans une certaine mesure l’influence de l’école haarlémoise. Cela ne fait aucun doute, la carrière certes encore énigmatique de Clara Peeters a eu une grande influence sur l’art de son temps ; gageons que notre Nature morte au colvert, lièvre, écureuil et corbeille de raisin ravira les fervents amateurs de la peinture des vies silencieuses, seul genre au XVIIe siècle autorisé aux quelques femmes artistes que connaissent les Pays-Bas.

[1] Clara Peeters, Bodegon, huile sur panneau, 51 x 71 cm, signé et daté Clara P. A., 1611.
[2] Clara Peeters, Nature morte avec vase de fleurs, fruits et écureuil, huile sur panneau, 52 x 41 cm, signée C. Peeters, Galleria Palatina, Palazzo Pitti, Florence.

Provenance :
Collection privée

Littérature :
Decoteu, Pamela Hibbs, «Clara Peeters, 1594-ca. 1640, and the Developement of Still Life Painting in Northern Europe», Flemish Painters in the Circle of the Great Masters, Lingen, Luca, 1992, t. V