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Frans Snyders

Nature morte aux singes pilleurs de fruits et au pot d’œillets roses

Panneau : 64,5 x 106,4 cm
Signé « F. Snyders. fecit » en bas à gauche

présentation

Peintre des cuisines et des tables abondantes, Frans Snyders domine en Europe le genre de la nature morte durant toute la première moitié du XVIIe siècle. Recherché par les plus grands princes et respecté par les plus grands peintres de l’époque, Snyders dépeint des scènes qui émerveillent et sollicitent tous nos sens. Au cœur de l’esthétique baroque, l’artiste peint de majestueux buffets dont la richesse et la diversité des mets font le talent du peintre. Non dénuées d’humour, le peintre met en scène pour la première fois dans l’histoire de l’art des scènes domestiques jouées par des animaux sans leurs maîtres. Snyders se concentre sur leur comportement instinctif au milieu d’un environnement familier comme une cuisine ou une salle à manger.

Le singe chez Snyders est un maraudeur qui détruit tout sur son passage. L’animal divertit et instruit le spectateur en imitant le comportement humain. Ainsi, le singe qui surgit de la composition au coin inférieur droit porte très clairement un bijou à l’oreille, signe de son appartenance au maître de maison mais également symbole d’humanité. Attiré par les fruits, le singe est associé dans l’Europe du XVIIème siècle au péché originel. Comme il aime manger, la tradition flamande l’associe également au sens du goût et de la gourmandise. La gloutonnerie et la roublardise dont les singes font preuve pour subtiliser les fruits encore frais, fait référence à cette symbolique ancienne d’excès. Agissant d’instinct, ces animaux incarnent la sottise humaine dénuée de raison.

Les deux petits singes, que Snyders prend en flagrant délit de vol, ont dans leur précipitation, renversé un lourd panier garni de grappes de raisins, de pommes, poires, prunes, noisettes et groseilles. De type capucins, comme dans la toile du Louvre, les petits singes à la tonsure noire se caractérisent par leurs expressions coupables, et leur posture traduisant leur empressement. Comble du talent de cet artiste, le spectateur se surprend à imaginer les petits cris stridents des deux bandits, s’emparant de leurs victuailles. Dans cet élan de gourmandise, les pilleurs se ruent sur les fruits périssables qui incarnent eux, le sens éphémère de la vie.

Novateur par son sujet, Snyders l’est aussi par la forme. Son tableau présente une sorte d’instantané, n’hésitant pas à ne montrer que la tête d’un des deux singes. Grâce à un cadrage resserré sur ce pan de table, Snyders focalise notre attention sur la cascade de fruits jaillissant du panier. Disposés sur la nappe de rouge carmin si chère aux compositions de Snyders, les fruits se font volume. L’harmonie des tons chauds employés est en parfaite adéquation avec les multiples textures peintes ; de l’écorce rugueuse du melon, au cœur juteux de la figue, en passant par le doux pelages des singes capucins, sans oublier la peau lustrée des grains de raisins et la finesse sèche de la branche de groseilliers, la lumière contrastée sublime les volumes et donne au modelé un rendu naturaliste.

Par des compositions telles que celle-ci, Snyders met ici en place une nouvelle peinture de genre, dont les lieux de repas sont le théâtre des petits tracas du quotidien. Son activité aux côtés de Rubens poussera l’artiste a continuer dans cette voie ; sollicité par le maître pour peindre dans ses œuvres le monde animal et végétal, il acquiert une renommée certaine. Présent dans les plus belles collections européennes déjà de son vivant, son art marquera sans conteste l’école française ; Chardin, Oudry et Desportes révèlent dans leurs œuvres leur observation minutieuse et admirative de l’œuvre du plus grand maître de la nature morte flamande du XVIIe siècle.

La place importante donnée aux animaux et non plus uniquement à la seule nature morte fait dire au Dr. Hella Robels, que notre Nature morte aux singes pilleurs et au pot d’œillets roses a été réalisée autour de 1630. Un motif inédit participe au caractère unique de cette superbe nature morte : sur le bord gauche, l’artiste a peint un pot en terre contenant des œillets grimpant sur un treillage. Peu commun dans le paysage des motifs propres à l’artiste, on le retrouve dans une autre composition datée de 1627.


Provenance :
Collection particulière depuis 1898, Grande-Bretagne