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DAVID RIJCKAERT II

Nature morte sur une table en pierre dure : aiguière ornementée en grès rhénan, avec des couvercles en étain sur le bec et le col, plat en étain couvert de divers bonbons et biscuits, coupe de vin blanc, porte-gobelet avec un verre de vin rouge, trois olives, un demi petit pain et une orange.

Sur panneau, 49,7 cm x 35,1 cm

présentation

Alors que, comme le montrent les sources, David Rijckaert II est l'auteur d'au moins une nature morte, il ne se révèle peintre de nature morte qu'en 1995, lorsqu'une grande toile dûment signée et datée de 1616 paraît sur le marché de l'art. Ce tableau nous éclaire sur le talent et les préférences de l'artiste. Il est évident qu'il désire vivement peindre des verres à vin étincelants et élégants, des gobelets plaqués argent et d'autres matières et objets précieux. Sa façon de reproduire des verres et des objets plaqués argent nous rappelle un peu l'œuvre d'Osias Beert l'Ancien. Après avoir approfondi, on a remarqué que des objets très similaires, d'autres mêmes semblables, apparaissent dans des peintures qu'on avait attribuées à Beert. En fait, on pourrait isoler un groupe différent de natures mortes, dans les œuvres de Beert, dont plusieurs sont classées parmi ses meilleures peintures. Ce groupe correspond clairement aux peintures de Rijckaert datées de 1616. Parmi celles-ci, on trouve une peinture dans les Musées Royaux de Bruxelles, et une autre qui faisait partie de la collection Spiridon de Rome, qui, malheureusement, n'est connue qu'à travers une mauvaise reproduction. Il y a aussi une peinture au " Rijksmuseum Twenthe d'Enschede. Celle-ci est reproduite dans une petite peinture de Frans Francken II datée de 1617, qui se trouve dans la " Royal Collection " en Angleterre, où sont inscrites les initiales DR, ce qui confirme que le peintre est Rijckaert et qu'elle date de 1617 ou d'avant. D'un intérêt particulier, quant à la nature morte dont on discute, est une peinture de Rijckaert au Musée des Beaux-Arts de Gand, que l'on avait attribuée à Jacob van Es; elle représente à peu près la même cruche en grès décorée élégamment, voisinant avec la tasse et son couvercle plaquées argent sur lesquelles se tient un soldat, qui domine par sa présence dans la nature morte signée et datée de 1616. Un autre élément présent dans plusieurs natures mortes dont Rijckaert est l'auteur reconnu, est un plat de bonbons en porcelaine ou en étain - biscuits glacés et fruits oléagineux - que l'on retrouve dans la peinture en question. On voit aussi de tels plats dans les natures mortes de Beert, ce qui nous permet de faire une comparaison rigoureuse entre les deux artistes. Le rendu de Rijckaert est généralement plus net et défini, avec des rehauts lumineux en blanc éclatant, donnant une illusion plus convaincante de trois dimensions. Comme indiqué ci-dessus, on voyait déjà clairement dans la peinture de 1616 que Rijckaert s'intéressait particulièrement aux gobelets luisants plaqués argent, élément qui n'existe pas dans la peinture de Beert. Quand Beert représente un gobelet en métal précieux, il est généralement en argent et son éclat est doux à l'inverse du lustre des gobelets dans les natures mortes de Rijckaert. David Rijckaert II peint les verres comme le fait Beert, l'accent étant plus sur les réflexions que sur la seule forme, mais il y a aussi de nettes différences. Les réflexions de Rijckaert sont aussi plus vigoureuses et puissantes que celles de Beert et il cherche plus de nuance dans les réflexions du vin. Alors que Beert représente le bord d'un verre par une ligne grise (presque) continue, avec des rehauts devant et derrière, Rijckaert y place des rehauts plus forts et plus blancs, et en dessine le contour en traçant une ligne sombre. Beert montre avec une certaine insistance les réflexions des fenêtres dans ses verres remplis de vin. Rijckaert semble mois préoccupé par de telles réflexions.

Dans une certaine mesure, il existe un rapport entre l'œuvre de Rijckaert et celle de Clara Peeters qui partage sa fascination pour le moindre détail et pour les gobelets plaqués argent, mais les siens sont un peu moins étincelants. Chose intéressante, une de ses magnifiques natures mortes qui se trouve au musée du Prado de Madrid, peinte vers 1611, représente une aiguière en grès rhénan, semblable à celle que l'on voit dans notre peinture. Ces aiguières datent de la fin du seizième siècle, fabriquées à Siegburg en Rhénanie dans l'atelier de Christian Knütgen. Elles étaient exportées partout en Europe du Nord et plusieurs existent encore.

L'œuvre actuellement reconnue de David Rijckaert II, des natures mortes au nombre de dix à quinze, de haute qualité, semble ainsi contredire la conclusion de van Haute selon laquelle il n'est pas un artiste à succès. Il a dû y avoir une concurrence plutôt saine entre lui et ses contemporains, tels Beert et Peeters. Il semble qu'il ait collaboré avec Peter Paul Rubens. Dans un tableau énigmatique qui se trouve à l'Académie des beaux-arts de Vienne, la multitude de gobelets plaqués argent et de verres à vin recherchés, peuvent être identifiés comme ceux de Rijckaert. Ce tableau est daté par la plupart, d'environ 1610. L'ensemble de ces peintures est maintenant reconnu comme étant le travail de David Rijckaert II, d'après leur style. Elles datent des années 1610-1620. Peut-être que, plus tard dans sa vie, l'artiste produit moins et que son succès diminue en tant qu'artiste unique. Pour gagner sa vie, il aurait alors glissé vers la copie des œuvres des autres, par exemple, celle d'un Brouwer, signalée en 1657. Pourtant, au début de sa carrière, il semble qu'il ait peint ces minutieuses natures mortes qui se vendaient très bien. On peut compter notre tableau parmi les meilleurs qu'il ait produit.


Provenance :
Collection privée, Italie, jusqu'en 2017.