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Pieter Brueghel le Jeune

Paire de proverbes : Le gros paysan et le marchand et Un homme mange assis devant un tonneau

Panneaux : 18 cm de diamètre

présentation

Cette drolatique paire de tableaux appartient à un thème bien particulier de la peinture de Pieter Brueghel le Jeune, à savoir, les sinnekens, plus communément appelés : les proverbes. Le terme sinneke s’appliquait aux tableaux et aux gravures qui s’inspiraient du théâtre populaire de l’époque. Le spectateur n’avait dès lors aucune peine à les identifier et à en dégager le sens. Il s’agissait en effet de locutions populaires transposées dans les mœurs rurales. Ces deux splendides tondi, véritable florilège des « petits ronds de Brueghel », illustrent de manière remarquable la moralité de l’époque.

Sur notre premier tondo deux personnages assis sur un banc sont représentés devant une maison. Il s’agit d’un gros fermier à gauche et d’un marchand ambulant à droite qui essaie de vendre sa marchandise – des flûtes, des guimbardes et des filets sont exposés dans un panier de paille sur ses genoux. Le vendeur est pratiquement poussé hors de la banquette par le paysan qui occupe tous l’espace sur le siège allongé. Même le mur de la maison ne lui offre pas de soutien car il se termine derrière le dos du fermier. Une magnifique vue sur une ville flamande du XVIe siècle où les habitants sont occupés à accomplir leurs activités quotidiennes, s’ouvre en arrière-plan. La mise en scène du tableautin illustrant le proverbe Tout Mercier vante sa marchandise ou Trahison revient à son maître, a été inventé, selon Klaus Ertz, par Pieter Brueghel le Jeune lui-même. L’historien de l’art fonde son analyse sur un dessin qui présente une composition très similaire à celle de notre tondo et sur le fait que plusieurs variations du même sujet démontrent une certaine variété dans le paysage. Les origines de l’inspiration de Pieter Brueghel le Jeune peuvent être recherchées, d’après Ertz, dans un dessin daté de 1573 et réalisé par un artiste anonyme. Deux personnages assis sur un banc reprennent en effet la même position dans l’espace comme ceux du tondo de Brueghel. Une estampe, réalisée par Hieronymus Wiericx a certainement contribué à la diffusion du sujet. Le graveur a ajouté un texte à l’intérieur du tondo (A. Voicy des rets trôpes et fleutes; Telle denrée oncques vous neutes. / B. Va ten mercier va ten d’icy; Ven ailleurs ta denrée aussi.) et un autre autour du cadre pour que le message du proverbe soit encore plus clair. Le dialogue avertit les spectateurs de ne pas se faire attirer dans des affaires louches. Il y a dans le tableautin en plus plusieurs éléments qui renvoient à la juste lecture du message comme par exemple la présence des filets et des flûtes qui alludent à la fraude et au fait d’attraper des clients. L’homme à gauche en plus porte deux chapeaux qui font référence probablement à son intelligence limitée. Il est intéressant de noter que le paysan à gauche de notre tondo ressemble à un autre personnage dans une composition plus grande de Pieter Brueghel le Jeune.

Exécuté méticuleusement, le deuxième tableautin de cette précieuse paire de proverbes, Un homme mange assis devant un tonneau, représente un homme assis devant un tonneau. Derrière lui un vieillard sort sa tête et sa main d’une fenêtre. Les deux personnages ont le regard vers un point lointain qui reste en dehors du tableau. Derrière la scène illustrée au premier plan, la vie quotidienne des habitants d’une ville est évoquée. Le message du proverbe reste encore enveloppé de mystère. Selon Klaus Ertz, il ne s’agit pas seulement d’une allégorie du gout mais d’un message plus profond – la présence à la fois du vieillard et de l’homme beaucoup plus jeune renvoie au passage du temps et à la fugacité de la vie humaine. Le proverbe est connu encore sous un autre nom – L’homme qui coupe du bois et de la viande avec le même couteau.

Provenance :
Collection privée.