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Jan van Kessel

Paire de vases de fleurs

Cuivre : 10,9 x 7,8 cm
Monogrammés

présentation

Lorsque Jan van Kessel l’Ancien obtint sa maîtrise à la guilde des peintres d’Anvers, c’est non en tant que simple « schilder » mais bien en tant que « blomschilder », peintre de fleurs. Ainsi, dès 1644, le jeune artiste affirme un goût prononcé pour les figurations florales. Éclairant également la voie dans laquelle il s’engage, son portrait gravé (fig.1) d’après Hubertus Quellinus (1619 – 1687) porte en épigraphe la mention de « peintre très renommé en fleurs ».

S’écartant du style de son grand-père Jan Brueghel, Jan van Kessel se rapproche davantage de celui de Daniel Seghers. Si l’essentiel de sa production florale consiste en guirlandes s’organisant autour de festons, ses bouquets, à la disposition régulière et d’une grande délicatesse, n’en sont que plus appréciés. Se détachant sobrement d’un fond abstrait, les bouquets de van Kessel sont soutenus, comme dans le cas présent, de simples vases de verre. Qu’ils soient de forme quadrangulaire, globulaire ou en verre à pied, les galbes varient mais servent toujours de prétexte à de subtils jeux de reflets de lumière.

Jan van Kessel crée ici deux bouquets imaginaires. En travaillant, comme c’était la règle à l’époque, à partir de répertoires d’études d’après nature, il regroupe des espèces en vogue, communes ou récemment acclimatées aux Pays-Bas. Tel un naturaliste, il fait presque de sa peinture une planche d’observation : chaque bouton de fleurs y est peint et coloré avec le plus grand soin. En superposant de fines couches de matières, le peintre obtient des nuances d’un réalisme étourdissant. Outre la finesse de son trait, Kessel s’illustre aussi dans les jeux de lumière. Une lumière douce et enveloppante donne une unité de tons remarquable à l’ensemble du bouquet. On y distingue plusieurs sortes de fleurs. Les tulipes sont bien connues à l’époque pour le commerce des bulbes, source d’une bulle spéculative qui s’effondra au milieu du XVIIe siècle. Elle est à Anvers un bien précieux importé de Turquie que nombre d’amateurs achètent à prix d’or. Souvent représentée dans les singeries, la tulipe est symbole de richesse et d’abondance. Quant à la rose, elle apparaît dès l’antiquité dans nombre de représentation. Elle tirerait son origine de la mort d’Adonis, l’amant d’Aphrodite, dont le sang aurait donné les premières roses rouges. Associée au culte des morts dans la Rome antique, elle devient à l’époque médiévale la « Reine des fleurs » symbolisant la Vierge, comme le lys blanc symbole de pureté par excellence, auquel elle est associée ici.

Les boutons de fleurs, fraichement éclos, traduisent le talent des maitres flamands dans le rendu de la nature. Et comme pour sublimer les différentes teintes des pétales, Kessel choisit de les représenter sur un fond sombre et neutre. Cet arrière plan agit comme un filtre et rend subtilement la transparence du vase de verre. Un léger reflet blanchâtre matérialise ce dernier. Et comme à l’accoutumée, de petits insectes ponctuent l’ensemble du bouquet : tandis qu’une chenille escalade une feuille et quelques papillons volettent. La grande fraicheur de cette paire de bouquets de fleurs devait ravir en son temps les amateurs de peinture, soucieux du rendu réaliste de la nature. Aujourd’hui elle subjuguera tout autant pour la sobriété de sa composition, et la grande beauté des coloris. Notre ravissante Paire de Vases de fleurs s’inscrit dans l’âge d’or de la peinture florale du XVIIe siècle. Fer de lance du nord de l’Europe, la nature morte florale attend son apogée sous la férule d’artistes comme Daniel Seghers ou Jan van Huysum, qui prônent avant tout le réalisme. Leurs œuvres, destinées aux collections princières, démontrent l’intérêt croissant porté à la nature et à ses espèces. Dès le XVe siècle, on confectionne des herbiers, puis au XVIe siècle, naissent les jardins botaniques, consacrés à la culture de plantes décoratives, médicinales ou exotiques.

La complémentarité de ces deux charmants bouquets, qui sont parmi les plus petits que l’on connaisse dans le corpus du peintre, en accentue la rareté et le caractère précieux. A titre de comparatif mentionnons notre Paire de bouquets de fleurs dans un vase de verre (fig.2) présentés en 2000, qui étaient d’ailleurs de dimensions sensiblement plus grandes (15,5 x 9,5 cm). Enfin, notre second cuivre n'est pas sans nous rappeler le Vase de Fleurs, de la Galeries Leger de Londres, présenté à la Pictura de Maastricht en 1979 (fig.3).

Reléguer Jan van Kessel au rang de simple peintre de fleurs, de fruits et de petits animaux serait bien minimiser son talent. Usant de supports divers et variés, alliant à la fois grâce et poésie, la peinture de ce natif d’Anvers est une ode à la nature. Nous retrouvons ainsi dans cette délicate Paire de Vases de Fleurs, le pinceau à la fois vif et élégant qui fit et qui fait encore le succès de ce maître.



Provenance :
Collection privée des Pays-Bas
A. van der Meer, Amsterdam
P. de Boer, Amsterdam, 1990
Collection privée des Pays-Bas.