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Jan Brueghel le Vieux

Paysage animé de voyageurs sur un chemin champêtre

Cuivre : 20,3 x 31,8 cm

Signé et daté "Brveghel.1611", marque de Peeter Stas.

présentation

Jan Brueghel le Vieux, appelé également Brueghel de Velours en raison de la séduction de sa palette, est le deuxième fils de Pierre Brueghel l’Ancien et le frère de Pierre Brueghel le Jeune. Il passe ses premières années d’apprentissage chez Pieter Goekindt, peintre anversois, avant de partir vers 1590 pour l’Italie. On le trouve cette année là à Naples, puis à Rome en 1593 et 1594, et finalement à Milan en 1595 où il a pour protecteur le Cardinal Borromée. En 1596, il revient à Anvers où il s’inscrit comme Maître. Il acquiert le droit de bourgeoisie en 1601 et occupe l’année suivante la charge de Doyen de la Corporation. Après un voyage à Prague en 1604 et à Nuremberg en 1606, il revient à Anvers et est nommé peintre officiel de la Cour par l’archiduc Albert et l’infante Isabelle.
La diversité des sujets traités est d’un raffinement, d’une précision et d’une virtuosité extrêmes. Il est surtout l’un des plus grands spécialistes du paysage du XVIIe siècle. Il en renouvelle totalement la conception en créant un genre à la fois simple et lyrique, liant les différents plans par des personnages qui sont quelquefois exécutés par Rubens. Daniel Seghers fut, en dehors de son fils Jan II, son unique élève mais son influence fut immense et s’exerça sur plusieurs générations de peintres.
Jan Brueghel de Velours fut maintes fois convié à exécuter les fonds de paysage des compositions de Frans Francken le Jeune, Hendrik van Balen et Hans Rottenhammer ou à étoffer de figures les paysages de Paul Bril et Joost de Momper.

Virtuose de la peinture, Jan Brueghel le Vieux a longuement exploité le thème de l’entrée de village, répondant ainsi à la demande de commettants toujours plus nombreux. Nous connaissons à ce jour plusieurs variantes de paysages rustiques avec voyageurs qui confortent la renommée de Jan, notons celle conservée à Munich (Fig.1). On y retrouve un schéma bien établi, composé de vastes panoramas, agrémentés d'arbres, de rivières, dont les plans sont entrecoupés par de petits groupes de personnages, agriculteurs ou voyageurs et animaux.





Toutefois, chacun de ces tableaux est, par sa grande technique et la richesse de ses couleurs, une œuvre d’art unique. Chaque coup de pinceau extrêmement raffiné respecte le moindre détail. Sous la loupe, on peut d’ailleurs apprécier la minutie du dessin des personnages, des animaux et des feuillages dont la couleur et la densité sont très variées. En effet, l'artiste a un sens du détail très poussé et fait preuve d'une grande précision dans l'observation de la nature. Ce sens du détail est d’ailleurs perceptible dans le dessin prototype à la composition et présenté dans les collections du Nationalmuseum de Stockholm (Fig.2).

Une évolution s’est ici profilée dans la relation entre l’œuvre et le spectateur, très différente de celle de la peinture paysagiste du XVIe siècle. L’observateur ne regarde plus au premier plan du tableau, où se déroule l’action, comme chez Pieter Bruegel l’Ancien ; il est dorénavant introduit dans cet espace du tableau, devenant par là même un des voyageurs au premier plan. Jan Brueghel place dans sa composition un point de fuite matérialisé par le chemin permettant au spectateur de rentrer directement au sein de la peinture notamment visible dans son œuvre Essieu cassé sur la route forestière (Fig.3).

Ce regard tout particulier vers l'arrière-plan est une composition qui est largement repris par ses disciples. Le peintre fait preuve d’un savant sens de l'espace et des points de vues. Et c’est précisément ce qui donne à ce paysage un caractère singulier, intégrant ce cuivre au corpus progressiste et avant-gardiste peint par Jan Brueghel le Vieux. En effet, l’échelonnement des fonds, l’un derrière l’autre, avec la loi rigide de la division brun-vert-bleu qui a caractérisé la peinture jusqu’au début du XVIIe siècle, cède ici la place à une conception uniforme des couleurs et de l’espace. L'application de ces couleurs sur une plaque de cuivre permet un véritable chatoiement des bruns, verts, jaunes et bleus. Ainsi les lumières et la tonalité contrastent subtilement avec un ciel fait de différentes nuances de bleu, mais aussi avec les feuillages vaporeux de la forêt. Le peintre instaure une douce poésie, rendue par la lumière et les couleurs, convoquant alors une ambiance presque irréelle.

Jan Brueghel Le Vieux commence très tôt le travail de petits formats sur son support de prédilection, le cuivre. Celui-ci est frappé de la marque de son artisan Peeter Stas. Les motifs isolés, qui créent l’agitation de ce chemin, forment des ravissants accents colorés. Dans ce véritable répertoire de motifs, identifiable pour l’amateur, on se plaît à reconnaître la femme qui porte son fardeau sur la tête, mais aussi le cheval tirant une carriole, qui est très largement utilisé et répété dans son œuvre Chemin boisé avec voyageurs (Fig.4). Daté de 1611, ce cuivre marque l’apogée des recherches picturales de ce peintre, passé grand maître dans l’art du paysage boisé.

Provenance :
Avant 1979, Pieter de Boer, Amsterdam ;
1979, Collection Einer Perman, Stockholm ;
1990, Johnny Van Haeften, London ;
Collection privée.

Littérature :
F. Klauner, „Zur Landschaft Jan Brueghels d.Ä.“ in Nationalmusei Arsbok, 1949, p.21-22, ill.10 ;
M. Winner, „Zeichnungen des älteren Jan Brueghel“ in Jahrbuch der Berliner Museen, III, 1961, p.234, n.99 ;
K. Ertz, Jan Brueghel der Ältere (1568-1625), Die Gemälde mit kritischem Oeuvrekatalog, Köln, 1979, n°176, p.153, ill. 163 ;
K. Ertz and C. Nitze-Ert, Jan Brueghel Der Ältere (1568-1625): Kritischer Katalog Der Gemälde. 4 vol. Lingen: Luca Verlag, 2008, cat. 71, p.186 ;
L. Prosperetti, Landscape And Philosophy In The Art Of Jan Brueghel The Elder (1568-1625). Farnham Burlington: Ashgate, 2009, p.4 ;
C. Currie and D. Allart, “Pieter Brueghel As A Copyist After Pieter Bruegel”. In European Paintings 15Th-18Th Century: Copying, Replicating And Emulating, 1 - 11. The CATS Proceedings I, 2012th ed. European Paintings 15Th-18Th Century: Copying, Replicating And Emulating. London: Archetype, 2014, p.121.