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Hendrick Avercamp

Paysage d’hiver avec patineurs

Panneau circulaire : 18,4 cm

présentation

En 1586, Barent Avercamp devint pharmacien de la ville de Kampen où il s’installa avec sa famille et son fils Hendrick, muet de naissance, qui, après la mort de son père en 1602, continuera à y vivre chez sa mère. Hendrick, surnommé le « Muet de Kampen », apprit le métier de peintre à Amsterdam chez Pierre Isaacsz, où il subit directement l’influence de paysagistes flamands réfugiés comme Gillis van Coninxloo et David Vinckboons. Les premiers paysages d’hiver de Avercamp (avant 1608) sont très flamands de technique et de composition : un horizon placé très haut, beaucoup de figures et une composition qui fait penser à un décor de théâtre. Entre 1610 et 1620, l’horizon de ses tableaux descend de plus en plus bas, les éléments de décor deviennent moins nombreux et les figurants se groupent dans la composition. Vers 1615, le thème « Paysage d’hiver avec des patineurs » se transforme progressivement en une représentation des « Plaisirs de l’hiver » où l’accent est mis nettement sur les personnages. Après 1620, il subit encore l’influence de Esaias van den Velde et de Jan van Goyen, ses compositions deviennent plus enveloppées, les figures se fondent en quelque sorte dans le paysage.

Lorsqu’il gèle en Hollande, tous, jeunes et vieux, descendent sur la glace. Hendrick Avercamp est le conteur le plus coloré, le plus amusant des plaisirs de l’hiver au XVIIe siècle. Sur ce petit panneau circulaire, nous voyons patiner côte à côte, sur une rivière gelée, de dignes bourgeois et de pauvres gens. Les voilà poussant des traîneaux, jouant au mail et utilisant au mieux tous ces espaces provisoires. La composition de notre panneau est comme un décor de théâtre, avec ses fermes basses et ses bateaux pris par la glace, placés à droite et à gauche, et dont les mâts s’inclinent




pour ouvrir sur un arrière plan lointain. Elle fait beaucoup penser à la présentation également théâtrale de deux autres petits panneaux circulaires, de dimension identique, connus sous le nom de « Winterlandschaft » et conservés à la Kunsthalle de Hambourg.
Avercamp transpose cette scène rustique dans une vaste étendue gelée de la plaine hollandaise, animée par une foule pittoresque. La palette, par sa gamme restreinte de gris froids et argentés, proche de la monochromie, rend admirablement une douce harmonie glacée dans laquelle le regard circule de plan en plan jusqu'à la lointaine ligne d'horizon, attiré par des groupes de personnages de plus en plus minuscules et vêtus de couleurs vives qui tranchent sur les grisailles délicates du fond. Sans s’occuper apparemment de toute l’agitation, des patineurs imperturbables se dirigent vers le plan médian qui permet d’accéder à un plan d’eau plus large. Plus loin encore, on aperçoit des constructions à l’aspect citadin, à peine visibles dans le lointain brumeux. Des couples patinent, main dans la main. Juste derrière le premier plan, deux amies sont tombées. L’une est assise et l’autre tente prudemment de se redresser. Des jeunes gens, munis de crosses, jouent à une sorte de hockey sur glace, d’autres attachent leurs patins ou glissent sur des traîneaux. A droite, un personnage, assis devant une des fermes basses, observe le spectacle bien réglé de cet incessant ballet sur la glace. Au premier plan, le peintre a placé trois amis dont un, de profil, est tourné vers l’observateur pour bien montrer ses beaux habits. Ce gentilhomme, jeune dandy, porte un chapeau, un justaucorps de soie jaune au grand col ouvert en entonnoir et une écharpe orange en bandoulière. Il a une culotte bouffante ornée de nœuds de rubans et des bas oranges, des patins aux pieds et tient une crosse. On retrouve ce personnage, de façon plus théâtrale, dans la composition des Plaisirs de l’hiver exposée au Cabinet Royal des Peintures Mauritshuis de La Haye et datée vers 1610.
Avercamp parvient ici à un très haut degré de raffinement pictural. Sa palette joue sur de très fins camaïeux de gris bleuté et de brun ocre légèrement teinté de verts argentés. Mais le rôle principal est tenu par l’atmosphère lumineuse qui unifie tous les éléments de sa composition et s'accroche, çà et là, sur la glace brillante. Cette lumière a une qualité bien particulière, remarquable de justesse, plus douce et plus enveloppante que celle des paysages hivernaux bruegheliens.

Provenance :
Collection privée.

Littérature :
C.J. Welcker, Hendrick Avercamp, 1585-1634; Barent Avercamp, 1612-1679, Schilderg tot Campen, Davaco Publishers, the Netherlands, 1979.

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