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Jacob Grimmer

Paysage panoramique avec bergers devant un château

1571

Panneau : 102 x 144,5 cm

Signé et daté en bas Grimmer F. / A° 1571

présentation

Le corpus des œuvres de Jacob Grimmer s’étoffe : l’artiste est un jalon essentiel de l’histoire du paysage et l’étendue de ses compostions ainsi que leur grande qualité d’exécution, le classe parmi les plus belles mains du genre. La rareté de ses œuvres et leur redécouverte ouvrent aujourd’hui sur un nouveau pan de la compréhension de cette discipline. En effet, fidèle à la tradition des scènes champêtres, l’artiste adopte avec ce Paysage panoramique avec bergers devant un château une composition tripartite, faite d’échelonnement de plans colorés. Ce grand paysage pittoresque étonne par deux éléments : le personnage au premier plan, bon berger appesanti sur son bâton et derrière lui, la somptueuse demeure seigneuriale.

Le personnage d’abord, fait entrer le spectateur au cœur de ses terres. La rondeur de ses membres et la vivacité de ces vêtements en font une figure bonhomme. A l’image de ses comparses alanguis au pied de l’arbre ou pêchant, il indique le repos après les activités des champs. Ce dernier conduit un troupeau de moutons, que l’on découvre ça et ça sur les étendues de prairie verdoyante. Derrière lui, se dresse une majestueuse bâtisse, qui renvoie à l’intérêt topographique de Jacob Grimmer qui s’efforce de représenter avec réalisme, les demeures de ses commanditaires dans des écrins de nature. En effet, le marché de l’art anversois jouit à l’époque d’une forte demande pour les représentations des villes et des résidences de notables. Objets de commandes, ce type de tableaux animent le marché de l’art : les Anversois aiment voir représentées leurs résidences de campagne. On comprend qu’il s’agit d’un support de distinction sociale car ces œuvres ont une grande valeur décorative. Grimmer tire ainsi profit de ce marché florissant en proposant des paysages brabançons variant au rythme des saisons. Si le personnage donne une dimension champêtre à la composition, Grimmer représente parfois des élégants et donne ainsi à son paysage un caractère davantage galant. C’est le cas dans le grand panneau daté 1592 des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique.

Outre la beauté de l’architecture qui s’impose au cœur de ce paysage, Grimmer use librement de tons sourds et de reflets argentés, atténuant la perspective tonale mais ouvrant l’horizon d’un bleu puissant. L’atmosphère générale est à la contemplation et la légèreté admirable des frondaisons répond à la grande tradition du paysage flamand.

D’un point de vue structurel, il n’y a guère de place pour des éléments segmentant le paysage. On observe des déclivités naturelles, un petit plan d’eau et les bêtes venues s’y abreuver. Le paysage n’est plus le décor en soi d’une scène mais devient, grâce à cet artiste, un véritable prétexte à la représentation d’une scène traditionnelle de la vie dans les Flandres, sur les bords de l’Escaut. Il transmet ses procédés à son fils, Abel, qui fait à son tour du paysage, une marque de fabrique. On retrouve à ce titre dans une de ses compositions, et le berger, et le château, disposé de façon éminemment aérienne sur un support de plus petit format. Datée de 1571, cette œuvre s’inscrit parmi les travaux les plus significatifs du peintre. La grandiloquence du paysage, aidée par un format imposant, est l’illustration du savoir-faire singulier d’un des meilleurs protagonistes du genre du paysage dans les écoles du Nord de la seconde moitié du XVIe siècle.


Provenance :
Collection privée.

Littérature :
Reine Bertier de Sauvigny, Jacob et Abel Grimmer, catalogue raisonné, La Renaissance du Livre, 1991.

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