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de jonckheere old masters

Jan Brueghel le Vieux

Paysage rustique avec voyageurs

Cuivre : 12,8 x 17,8 cm

présentation

Virtuose de la peinture à petite échelle, Jan Brueghel le Vieux a amplement exploité le thème de l’«entrée de village», répondant ainsi à la demande de commettants toujours plus nombreux. Nous connaissons, en effet, plusieurs variantes de Paysage rustique avec voyageurs qui appuient la renommée de Jan. Toutefois, chacun de ces tableaux est, par sa perfection technique et la richesse de ses couleurs, une œuvre d’art unique. Pour peindre ce cuivre de petit format, Jan a utilisé un pinceau particulièrement fin. Chaque coup de pinceau est extrêmement raffiné et respecte le moindre détail. Sous la loupe, on peut d’ailleurs apprécier la minutie du dessin des personnages, des animaux et des feuillages dont la couleur et la densité sont très variées.

Une évolution s’est ici profilée dans la relation entre l’œuvre et le spectateur, très différente de celle de la peinture paysagiste du XVIe siècle. L’observateur ne regarde plus vers le large bas du tableau où se déroule l’action, comme chez Pierre Brueghel l’Ancien ; il est introduit dans cet espace du tableau, devenant par là même un des voyageurs de l’avant-plan, quoique le peintre maintienne un léger recul entre l’observateur et le sujet décrit par un point de vue surélevé. Et c’est précisément ce qui confère le caractère particulier de ce paysage, intégrant ce cuivre aux compositions progressistes et avant-gardistes peintes par Jan Brueghel le Vieux. En effet, l’échelonnement des fonds, l’un derrière l’autre, avec la loi rigide de la division brun-vert-bleu qui a caractérisé la peinture jusqu’au début du XVIIe siècle, cède ici la place à une conception uniforme des couleurs et de l’espace, privilégiant une forme conductrice à l’horizontale. Le schéma compositionnel de cette Entrée de village est d’une grande simplicité : une route en courbe, animée, mène de l’entrée d’un village à un point de fuite central ; un horizon bas et un ciel bleu, animé par la lumière du soleil et des nuages délicats. Undeuxième point de fuite, décalé du centre de la composition vers la droite, détourne subtilement le regard de l’observateur et le porte de manière quasi suggestive vers une échappée perspective lumineuse.

L’animation du cuivre est composée d’éléments typiques pour Jan le Vieux et nous retrouvons ce désir fort plaisant de charmer et d’amuser qui caractérise Brueghel de Velours. Le nombre utilisé de motifs isolés, qui créent une certaine agitation et de la gaieté au sein d’une atmosphère villageoise idyllique, est plutôt restreint et correspond à la petite taille de l’image. Cette perte de diversité est néanmoins largement compensée par une nouvelle qualité en matière de modestie, cadrant apparemment mieux avec les maisons. Ces petites figures, aux vêtements dans des tonalités vives, forment des accents colorés. Pour la plupart des personnages, on peut trouver des parallèles, que ce soit dans les peintures ou les dessins de Jan, un peu comme une marque de fabrique. Dans ce répertoire de motifs, identifiable pour l’observateur, on reconnaît le troupeau de vaches conduit vers un étang par une fermière tenant une enfant par la main. Ce motif isolé figure également, pour n’en citer qu’un seul, dans la Rue villageoise inondée exposée à l’Alte Pinakothek de Munich. Il en va de même pour les voyageurs, comme la femme qui marche en portant son fardeau sur la tête, retrouvée dans la composition du Vaste paysage avec voyageurs conservé au Saint-Louis Art Museum de Saint-Louis ; et d’autres voyageurs qui se déplacent dans une charrette à essieu ou encore sont à cheval. L’aspect le plus remarquable des différentes représentations réalisées par Brueghel de Velours réside dans ce caractère chaleureux et affectif qu’il y exprime à l’égard de son prochain.

Provenance :
Collection de J. van Haeften, Londres ;
Collection privée.

Littérature :
K. Ertz, Jan Brueghel der Ältere (1568-1625), Die Gemälde mit kritischem Oeuvrekatalog, Köln, 1979, pp.51 à 62.
K. Ertz, Jan Brueghel der Ältere (1568-1625), Die Gemälde mit kritischem Oeuvrekatalog, Köln, 2008, p. 358 (illustré), p.360.