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LUCAS CRANACH LE VIEUX

(et atelier)Portrait de Fréderic le Sage

Panneau : 65 x 47,5 cm

1530 - 1535

présentation

Lucas Cranach part de Vienne en 1505, appelé par le prince électeur de Saxe, Frédéric le Sage, à Wittenberg afin de devenir son peintre officiel. Cet évènement marque un tournant dans la carrière du peintre qui resta jusqu’à la fin de ses jours au service de cette famille princière. La relation privilégiée qu’entretient Cranach avec cette dynastie favorise son ascension au sein de la bourgeoisie de Wittenberg et permet le développement d’un atelier capable de répondre aux diverses demandes de la Cour.

Frédéric le Sage meurt en 1525. Lui succède son frère, Jean le Constant. Ce dernier meurt en 1532 et son fils, Jean le Magnanime, hérite du titre. C’est durant cette même année que Jean le Magnanime commande à Cranach plusieurs portraits de son père et de son oncle destinés à être envoyés aux villes et aux princes ayant pris le parti du Protestantisme. Cette commande permet à l’artiste de créer une iconographie nouvelle du portrait qui n’a plus pour simple fonction d’entretenir la mémoire du prince électeur dans le cercle privé de la cour de Wittenberg, mais doit servir de medium afin de diffuser les idées de la Réforme. Martin Luther, qui initie le mouvement de contestation à l’égard de l’Eglise Catholique dès 1517, trouve refuge chez Frédéric le Sage. Wittenberg devint ainsi un des bastions de la nouvelle pensée religieuse. Le choix des princes électeurs de Saxe d’adhérer au mouvement de Luther et de lui offrir une protection, leur donna le statut de défenseurs officiels de la Réforme. Ce portrait s’inscrit donc dans un contexte de production intense, motivée par les besoins de diffuser des idées. Ainsi, de nombreuses variantes et versions commandées à partir de 1532 ont traversé les siècles. Parmi celles possédées par de prestigieux musées, comptons la paire conservée au Metropolitan Museum of Art à New York ou encore celle de la Galerie des Offices à Florence ; chacune d’elles représentent Fréderic le Sage et Jean le Constant et datent de 1533.

Fréderic le Sage est représenté de trois quart face sur un fond uni bleu. Le sujet a sur sa tête un chapeau noir et sur ses épaules un large manteau de fourrure d'une grande qualité illusionniste, recouvrant son dessous blanc surmonté d’un col légèrement décoré. Il porte autour de son cou un lacet de cuir noir, symbole de l'Ordre de la Toison d'Or. La main droite du sujet est ornementée d’une bague en or fournie d’une gemme bleue rappelant le fond bleuté du portrait. Le port de l'ordre renseigne sur l'appartenance du prince-électeur de Saxe à cette institution fondée à Bruges en 1430 par Philippe Le Bon, duc de Bourgogne à l'occasion de son mariage avec Isabelle du Portugal. L'ordre de la Toison d'Or, nom tiré du mythe grec, était destiné à lier la noblesse des Etats-Bourguignons.

L’artiste donne à son sujet un caractère intemporel. Il construit ainsi le visage par un trait noir net et marqué, délimitant soigneusement la ligne des yeux, du nez et de la barbe. Chaque élément est dessiné avec une sinuosité parfaite qui ressort d’autant plus fortement sur le fond bleuté neutre. Les différents volumes de la figure sont alors clairement définis par une luminosité uniforme. Son regard fixé au loin émane de la piété et du savoir, complémenté par la position de ses mains, un sentiment de détermination se libère du portrait. La puissance de ce trait précis, le support d'un fond neutre de couleur attrayante et l'usage uniforme sont autant de caractéristiques qui fondent les bases du portrait dans la peinture allemande du XVIème siècle. Fréderic le Sage est peint tel un dirigeant juste et garant des lois morales, lui conférant sagesse et bienfaisance. Ce portrait, de grand format, est à mettre en parallèle avec la version de la collection du Prince Georges de Saxe, par sa ressemblance frappante de Frédéric le Sage peint plus tardivement dans sa carrière d’électeur. L'artiste saisit fidèlement caractère et émotions, créant instantanément une subtile tension dramatique.


Provenance :
Collection privée, France.

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