';
X

recherche

de jonckheere old master

Georg Pencz

Portrait de Martin Luther

Panneau : 41 x 32 cm
1533
Monogrammé et daté GP 33 (en haut au centre)

présentation

Pour son Portrait de Martin Luther, Georg Pencz s’inspire ouvertement de la célèbre composition de Lucas Cranach. Cranach, portraitiste attitré et ami du théologien, fut longtemps copié et ce dès le début des années 1520. Signant sa composition de 1533, Pencz semble tirer son inspiration du pendant de Luther et de son épouse Katharina von Bora réalisé en 1528, dont les musées de Weimar et de Darmstadt conservent des versions.

Ce portrait revêt pourtant une touche très personnelle. D’habitude d’une grande austérité, l’image du Réformateur véhicule cette fois-ci une certaine intimité, probablement accentuée par les tons chauds utilisés pour le visage du modèle. Le détail de l’ombre, que nous ne retrouvons pas chez Cranach, confère une puissance remarquable au portrait et accentue la magnificence d’un des hommes les plus influents du XVIe siècle. Historiquement, Martin Luther, docteur en théologie à l’université de Wittenberg, est considéré comme un des hommes les plus marquants de son siècle. Lecteur et commentateur de la Bible, c‘est en lisant l’épître de Paul aux Romains qu’il acquiert la conviction que l’amour divin est gratuit. Ainsi, il élabore ses fameuses 95 Thèses contre les indulgences qu’il placarde sur la porte de l’église de Wittenberg en 1517. Il sera excommunié en 1521, et accueilli par l’électeur de Saxe au château de Wartbourg où il pourra rédiger ses textes les plus connus et les plus diffusés.

Ce type de portrait comprenant cette pose de trois quarts ainsi que le costume sombre avec le chapeau de docteur sont devenus des composantes caractéristiques de la représentation du théologien. Ce sont des symboles de la Réforme, ainsi que des témoins de la période de pouvoir de ce moine augustin à l’origine du mouvement qui enflamma l’Allemagne et l’Europe. Il ne s’agit pas uniquement ici d’un portrait qui témoigne du début de la réformation, mais d’une invitation à la réflexion sur le style de Georg Pencz.

Georg Pencz fut souvent sollicité pour tirer le portrait d’hommes influents de son époque mais réalisés par d’autres artistes de la Renaissance allemande. Ainsi, nous sont connues des copies de portraits d’après des œuvres d’Albrecht Dürer comme le portrait des empereurs Charlemagne et de Sigismond I. Ces portraits furent réalisés pour Jean le Magnanime, électeur de Saxe, et il est fort probable que ce portrait de Martin Luther l’ait aussi été. En effet, ce portrait daté de 1533 fut peint la même année que les tableaux commandés par l’électeur de Saxe. La plupart du temps les copies réalisées par Pencz sont de taille plus grande et cet artiste aux multiples facettes sait imposer un style qui lui est propre. Il contribue à diffuser l’image du Réformateur qui apparaît telle une icône. Notre tableau monogrammé et daté GP ’33 est le témoin d’une époque phare de la Renaissance, et qui saura séduire, à n’en pas douter, les grands amateurs de portraits historiques.

Provenance :
(Probablement) Le Prince John Frederick I, Electeur de Saxe.
Tollemache Estates Collection, Peekforton Castle, Angleterre ;
Christie’s Londres, 15 Mai 1953, lot 139 ;
The North Carolina Museum of Art

Littérature :
W.R Valentiner, Catalogue of Paintings : including Three Sets of Tapestries, Raleigh, 1956, p.75, no. 171. H.G. Gmelin, « Georg Pencz als Maler », Münchner jahrbuch der bildenden Kunst, XVII, 1966, no. 48. J.C. Smith, Nuremberg : A Renaissance City, 1500-1618, catalogue d’exposition, Austin, 1983, p. 212, sous no. 110. C. Wright, The world’s Master Paintings : From the early Renaissance to the present day, Routledge, 1992, II, p. 381. K.Heard and L. Whitaker, The Northern Renaissance : Dürer to Holbein, catalogue d’exposition, Londres, 2011, sous no. 55.

Expositions :
Raleigj, North Carolina Museum of Art, Robert F. Phifer Collection, 31 Mars – 13 Mai 1973, p.64-65.