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Corneille de Lyon

Portrait of Anna de Pisseleu, Duchess of Étampes

Huile sur panneau : 17 x 14 cm

présentation

Corneille de Lyon ou de la Haye, d’après son origine hollandaise, serait venu travailler à Paris avant de se fixer à Lyon où sa présence est attestée dès 1533 en tant que portraitiste attaché à la cour de la Reine Eléonore puis du Dauphin Henri II. Naturalisé en 1547, il est mentionné comme peintre et valet de chambre du roi Henri II en 1551 puis de Charles IX. Cette même année, Giovanni Capelli, ambassadeur de la République de Venise, lui rendit visite. Il rapporte l’impression qu’il eut de rencontrer “un peintre excellent qui, en outre des belles peintures qu’il nous exhiba, nous fit voir toute la cour de France, tant gentilshommes que demoiselles, représentés sur beaucoup de petits panneaux avec tout le naturel imaginable”. Brantôme relate que Corneille reçu, en Juin 1564, la visite de Catherine de Médicis en personne. En exposant chez lui, en permanence, les effigies des puissants du jour, il répond à la vogue dont il était l’objet de son vivant par une production importante. En 1569, devant les persécutions croissantes contre les Huguenots, il se convertit avec sa femme, sa fille et ses serviteurs. Il est enterré au couvent des jacobins de Lyon en 1575.

On lui connaît toute une série de petits portraits en demi-buste, représentant la cour élégante des Valois, d’une facture précise et lisse, dépouillée de matière et travaillée aux glacis. Son style personnel met l’accent sur des visages fins, vus de trois-quarts ou de face, modelés sans ombre. L’importance conférée à la tête est telle qu’elle inflige parfois une discrète disproportion avec le torse. Ses effigies se caractérisent par la grâce et l’élégance, la politesse aristocratique en même temps qu’un réalisme bienveillant et qu’un sens aigu de l’observation dans les costumes, broderies, coiffes ou bijoux détaillés “à la flamande”. La pose est encore rigoureuse et statique, les moyens austères, les expressions solennelles et fermes mais, déjà, tout le caractère individuel est résumé par la précision et la finesse du trait, la juste indication du regard dans un souci constant de véracité. Les fonds sombres ou neutres animent la pâleur des visages d’un reflet subtil qu’accentue une gamme chromatique plutôt froide.

Il aurait ainsi, à la suite des Clouet venus de Bruxelles, acclimaté la facture et le tempérament flamands en France en adoptant la formule du portrait de visage en soi, du portrait psychologique, si caractéristique du temps, qui respecte les données du réel. En exultant les qualités natives associées à la tradition de la miniature parisienne, Corneille de Lyon créa et définit un genre franco-flamand unique qui put répondre à une demande sans cesse croissante et passionnée des collectionneurs de la cour qui firent sa renommée.

Une jeune femme vêtue d’une robe noire embellie de fines broderies d’or et coiffée d’un chaperon richement orné est représentée dans notre tableau. Le très beau collier de perles et de pierreries qui traverse les épaules de la dame et la chaîne en or à laquelle pend un bijou en forme d’A, complètent son habit à décolleté carré orné de perles et de pierres précieuses. Ils soulignent son statut privilégié dans la société française. La personne représentée, à savoir Anne de Pisseleu, était la maîtresse de François Ier, ce qui lui avait permis d’exercer une forte influence sur le roi de France et sur ses conseillers. Il s’agit en effet d’une des premières favorites de la cour de France qui disposait d’un pouvoir politique réel. Mariée en 1532 avec Jean IV de Brosse de Bretagne, Anne devient comtesse d’Étampes en 1534 puis duchesse en 1537. Elle reste à la cour de France jusqu’à la mort du roi survenue en 1547.

Corneille de Lyon aurait peint la duchesse d’Étampes, selon Alexandra Zvereva, en 1536, année pendant laquelle la cour est restée plusieurs mois à Lyon. Cette date semble être confirmée par le type de vêtement à manches étroites aux épaules et plus larges vers le bas, par la variante de chaperon également, tous les deux à la mode autour des années 1535-1540. Ce fascinant tableau semble être une seconde version du portrait effectué à cette occasion-là, réalisé par Corneille de Lyon vers la fin du règne de François Ier. Il est probable que l’artiste se soit servi dans ce cas d’un collaborateur qui aurait exécuté les détails les plus fins. Henri Bouchot avait proposé une date plus tardive pour le portrait, à savoir autour de 1548, en mettant en question l’identification de la jeune femme mais certains dessins de la collection du musée Condé de Chantilly représentant la duchesse d’Étampes et réalisés autour de 1540 (fig.1) peuvent être rapprochés de notre dame.

Celui-ci peut être mis en rapport avec le portrait du duc d’Étampes, époux de la favorite (fig.2), qui a été réalisé par Corneille au milieu des années 1540 et qui semble être effectué en pendant à celui d’Anne. L’homme vêtu de noir se tourne vers la droite en fixant le spectateur comme il était coutume dans les portraits du seizième siècle. Sa dignité et son élégance sont soulignées par des attributs tels que le béret ou bien encore le collier de l’ordre de Saint Michel. Anne de l’autre côté, dirigeant son regard hors du cadre, est tournée vers la gauche avec un leger sourire aux lèvres.

La main habile du peintre décrit avec une grande attention chaque petit détail : des bijoux aux motifs en or qui embellissent le vêtement, en passant par la chevelure d’Anne. Le léger modelé du visage souligne la beauté, l’élégance et la délicatesse de la favorite du roi. Le fond vert du portrait, qui devient plus sombre vers les bords, est typique de la production de Corneille de Lyon.

Nous connaissons une autre version du portrait d’Anne de Pisseleu conservée aujourd’hui au Metropolitan Museum of Art de New York (fig.4). Les deux tableaux montrent une présentation identique mais ils sont traités de deux manières différentes : la matière très fine et précise de notre tableau a été remplacé par une description plus libre dans le portrait de New York.

Provenance :
Collection Georges de Monbrison (1830-1906), château de Saint-Roch, Le Pin, Tarnet-Garonne, salle de billard, avant 1913 ;
Probablement Eugène Kraemer, Paris ;
Galerie Kleinberger, Paris ;
Collection Leopold Hirsch (1857-1939), Londres ;
Collection privée.

Littérature :
J. Frayssinet, « La Galerie de portraits de M. de Monbrison », Revue de Gascogne. Bulletin mensuel de la Société historique de Gascogne, vol. 25, 1884, p. 30-31 ;
F. Kenner, « Die Portätsammlung des Erzherzogs Ferdinand von Tirol », Jahrbuch der kunsthistorischen Sammlungen in Wien, vol. XIX, 1898, p. 70-71 ;
L. Dimier, Le portrait du XVIe siècle aux Primitifs français, Paris, 1904, n° 175 ;
L. Dimier, Histoire de la peinture de portrait en France au XVIe siècle, Paris, Bruxelles, 1924-1926, t. II, n° 243 ;
A. Defries, « The French Exhibition at Burlington House », The French Quarterly, vol. 13, 1931, p. 151 ; 
W. G. Constable, P. Léon, Exhibition of French Art. 1200-1900, cat. exp., Londres, Royal Academy of Arts, Burlington House, 1932, p. 52, cat. 96 ;
A. de Groër, « Nouvelles recherches sur Corneille, à la lumière du Portrait de Pierre Aymeric », Revue du Louvre et des musées de France, 28, n° 1, 1978, p. 42, n. 32 ;
A. Dubois de Groër, Corneille de La Haye dit Corneille de Lyon, Paris, Arthéna, 1996, p. 133, cat. 28A, repr. ;
A. de Wismes, Les Grandes favorites royales, Sainte-Luce-sur-Loire, 2012, p.17, repr.

Expositions :
Les Primitifs français, Paris, musée du Louvre, n°175 (daté vers 1548), 1904 ;
French Exhibition, Londres, Royal Academy of Arts, Burlington House, sans num., 1931;
Exhibition of French Art, Londres, Royal Academy of Arts, Burlington House, n° 96, 1934.