';
X

recherche

de jonckheere old master

Jan Wellens de Cock

Saint Christophe dans un paysage panoramique

Toile
56 x 93 cm
Provenance : Collection privée, France

présentation

Bien établie depuis l’époque médiévale et ses miniatures, l’iconographie de Saint Christophe est omniprésente dans la peinture du XVIe siècle. Le récit de Jacques de Voragine, la Légende dorée, fait de ce Saint un cananéen d’une stature prodigieuse. Convaincu après sa rencontre avec un ermite qu’il devait mettre sa vie au service du Christ, Saint Christophe se consacra à faire passer un fleuve aux pauvres et aux faibles. L’histoire nous relate qu’un soir, il transporta sur ses épaules un petit enfant qui devenait de plus en plus lourd. C’est alors que l’enfant lui apprit qu’il était le Christ. Il confia au Saint passeur qu’il avait ainsi porté le fardeau du Monde sur ses épaules. Nul doute alors sur la signification hellénique de « Christophe » qui signifie en grec « porteur du Christ ».

A l’image de la tradition, Saint Christophe est représenté ici avançant dans l’eau du fleuve tandis que se tient sur la rive opposée, l’ermite une lanterne à la main. Au premier plan, le paysage reste dominé par des tons de couleur terre. Les tons verts des plans intermédiaires conduisent cependant le regard du spectateur vers des fonds lumineux bleutés aux reflets argentés. Paysage panoramique inéluctablement inspiré de Patenier, il est un écrin de choix pour la représentation de ce Saint Christophe. Le peintre reconstruit en effet l’entièreté de l’univers en réunissant dans une vision unique montagnes, mer, forêts et campagne. Les détails réalistes qui parsèment l’œuvre se fondent dans un ensemble imaginaire qui s’inscrit dans la tradition des « paysages cosmiques » qui firent la renommée de Patenier. Pour ce qui est des personnages, en l’occurrence l’ermite, ils traduisent davantage l’observation de l’œuvre de Bosch. Le groupe du Christ et de Saint Christophe est ici particulièrement bien réalisé. En un mouvement, l’Enfant et le géant pénètrent les eaux. Le drapé rosé des deux manteaux, traité de façon sculpturale, la profondeur du bleu de la tunique, et la force de ce robuste personnage empoignant son bâton, en font l’élément central de notre tableau. Dans l’autre version[1] issue de la collection Bissing et qui est au centre de l’étude de Friedländer, le protagoniste est représenté au centre mais à une échelle beaucoup moins grande et l’arrière-plan paysagé y est moins abouti. C’est d’ailleurs pourquoi ce sujet devient particulièrement populaire au XVIe siècle : sans occulter l’épisode biblique, il est le prétexte idéal pour représenter un paysage fluvial, à l’horizon sans limites.



[1] Vendue à Londres, Sotheby’s, 8 décembre 2004, lot 7.

Littérature : Max. J. Friedländer, Early Nederlandish Painting, Leyden, XI, 1974, p. 37-43. Marc Rudolf de Vrij, Jan Wellens de Cock, Antwerp Mannerist Associate, Zwanenburg, 2009.