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Maître de Francfort

Saint Christophe

Panneau
46 x 30,4 cm
ca. 1495

présentation

Tel un géant traversant un fleuve et portant le Christ sur ses épaules, Saint Christophe est un personnage ancré dans la tradition iconographie flamande. C’est sous les pinceaux du Maître de Francfort que naît cette étonnante composition qui fut pendant quelques décennies exposée sur les murs du Mauritshuis de La Haye. Appréciée et commentée par nombre d’historiens, cette œuvre datée autour de 1495, illustre à travers un homme de taille prodigieuse la manière d’un peintre dont la notoriété s’établit grâce à des corps monumentaux et des faciès caricaturaux.

La légende de Saint Christophe tire son origine de son nom ; elle nous est contée par Jacques de Voragine dans sa Légende dorée. Il s’appelait en réalité Reprobus (le Réprouvé) et avait mis toute sa force au service de la personne qu’il prenait pour la plus puissante au Monde. Or il apprit que le roi pour qui il officiait avait peur du diable et il le quitta. Parti trouver le diable pour lui faire vœu d’allégeance, il le vit se détourner d’une croix. Il comprit ainsi qu’une autre entité lui était supérieure. Grâce à sa rencontre avec un ermite qui lui conta l’existence du Christ, il décida de se faire le passeur d’un fleuve et d’aider les pauvres à la traverser. L’histoire veut qu’un soir, le géant transporta sur ses épaules un enfant qui se mit à devenir de plus en plus lourd. L’enfant lui avoua alors être le Christ et lui révéla que le poids démesuré qui pesait sur ses épaules était celui des péchés du monde. Pour lui prouver qu’il était le créateur de l’univers, il lui fit planter son bâton dans la terre et en fleurir feuilles et dattes. Reprobus devint alors « Christophoros », ce qui en grec signifie « porteur du Christ ».

Campé dans un paysage panoramique tout comme dans la version de la collection Wallraf de Cologne, Saint Christophe arbore une stature imposante, et les traits de son visage, résultant probablement de ses anciennes représentations orientales cynocéphales, sont grossièrement marqués. Il est coiffé d’un turban et porte un manteau rouge sur une tunique bleue. Relevons particulièrement la position courbée du saint, qui, mettant en valeur le gigantisme de ce dernier, est le résultat de l’étude presque clinique de ce phénomène par notre peintre. En effet, ce passeur dévoué est doté de pieds charpentés, de mains puissantes et d’un cou massif que sa barbe rousse tente en vain de camoufler. Sur son épaule, l’Enfant paraît solidement installé et la douceur de sa carnation contraste avec la peau tannée du géant. Enfin, au sortir d’une grotte, apparaît l’ermite qui aura insufflé au saint sa noble vocation. A l’arrière-plan, notre regard conduit par le fleuve, on aperçoit de ravissantes architectures gothiques.

Le Maître de Francfort s’illustre par des compositions religieuses, qui sont inspirées des grands Primitifs flamands. Acquis en 1919 dans une collection autrichienne par l’antiquaire juif Otto Mayer (1875-1964), ce tableau avait été confisqué par la Gestapo à Berlin en octobre 1933. Passé entre les mains du marchand amstellodamois Paul Cassirer, le tableau gagne les Pays-Bas à la fin des années 1940 avant de rejoindre les prestigieuses cimaises du Mauristhuis de La Haye. Restitué enfin il y a quelques temps aux héritiers d’Otto Mayer, l’histoire de ce tableau est palpitante ; aujourd’hui bien documenté, il apparaît comme une œuvre fondamentale dans le corpus de notre artiste.
Littérature : F. Winkler, Die Altniederländische Malerei, Die Malerei in Belgien und Holland von 1400-1600, Berlin 1924; G. J. Hoogewerf, De Noord-Nederlandsche Schilderkunst, vol. 3, The Hague 1939, p. 24; D. Angulo, 'Saint Christopher by Hieronymous Bosch' in The Burlington Magazine, vol. 76, 1940, p. 3; A.B. De Vries, 'Koninklijk Kabinet van Schilderijen (Mauritshuis)' in Verslag's Rijks Verzameling Geschiedenis en Kunst, vol. 70,1948, pp. 58-60; A.B. De Vries, Koninklijk Kabinet van Schilderijen Mauritshuis, The Hague 1968, no. 872; M.J. Friedländer, Early Netherlandish Paintings, vol. VII, Brussels 1971, p. 79, reproduced plate 114, no. 115; U. Hoff and M. Davies, National Gallery, Melbourne. Primitifs Flamands I, Brussels 1971, p. 4; G. Benker, Christopherus. Patron der Schiffer, Fuhrleute, und Kraftfahren. Legende, Verehnung, Symbol, Munich 1975, p. 118; Mauritshuis, The Royal Cabinet of Paintings. Illustrated General Catalogue, The Hague 1977, no. 872; S. Goddard, The Master of Frankfurt and his Shop, Brussels 1984, p. 162, cat. n°121, reproduit fig. 21.

Provenance :
Otto Mayer, Berlin (dès 1919);
Confisqué à son propriétaire par la Gestapo en octobre 1933;
Galerie Paul Cassirer, Amsterdam (1942);
The Generalverwaltung der Oberrheinischen Museen, Straßburg (1942);
Stichting Nederlands Kunstbezit, Holland;
Royal Picture Gallery Mauritshuis, The Hague (en prêt de 1948-1960, transféré au Mauritshuis en 1960);
Restitué aux héritiers d’Otto Mayer en 2011.