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ECOLE FLAMANDE

Saint Sébastien

Panneau
25,5 x 16,5 cm

présentation

Natif de Narbonne ou de Milan, saint Sébastien est un soldat martyrisé à Rome. Sa légende est exposée dans les Actes de saint Sébastien et raconte qu’il est nommé vers 283 commandant de la garde prétorienne par Dioclétien, ignorant sa chrétienté. Sa première action consiste à soutenir dans leur foi deux frères emprisonnés et condamnés à mort parce qu’ils refusent de renier le Christ. Ne cachant pas son activité de prosélyte, saint Sébastien est alors arrêté et condamné à mourir percé de flèches par deux soldats. Celui-ci survit à ses blessures et l’image du corps enchainé qui résiste aux attaques des archers symbolise le pouvoir de Dieu et la grâce qu’il accorde à ceux qui ne doutent pas de leur foi malgré les épreuves.

Saint Sébastien est l’un des saints les plus représentés et jouit d’une popularité remarquable auprès des artistes jusqu’au XVIIème siècle. Curieusement, ce n’est pas en Italie que ses images sont les plus nombreuses, mais en Flandre, puis en Espagne. Le culte de ce saint atteint son apogée dans la seconde moitié du XVème siècle, mais son iconographie reste très répandue au cours du XVIème siècle. À l’origine, saint Sébastien est figuré comme un homme d’âge mur barbu mais, dès le XIIIème siècle, son allure se fait de plus en plus juvénile, aux traits parfois presque féminins, type qui triomphe au XVème siècle. À cette période, le corps nu et presque intact de Sébastien, malgré qu’il soit criblé de flèches, s’impose à presque tous les artistes. L’expression de la souffrance physique subie par le saint est quasiment inexistante dans cette iconographie et cette absence de douleur est probablement le fait de la sublimation due à la foi du martyr – l’extase divine – qui ôte toute trace de réalité tangible.

Le succès et la diffusion de ce thème s’expliquent notamment par le rôle important, à la fin du Moyen Âge et durant toute la Renaissance, que joue ce saint comme protecteur contre le principal fléau de l’époque : la peste. En 1348, la peste noire dévaste toute l’Europe avec une violence inouïe et, à partir de cet instant jusqu’à la fin du XVème siècle, pas une année ne se déroule sans qu’une ville d’Europe soit frappée par l’épidémie. Le corps nu et transpercé de flèches du saint s’interprète comme un corps qui résiste aux effets ravageurs de la maladie. Ainsi, le dévot, en contemplant ce corps insensible à la douleur, visualise l’impuissance de la peste à l’atteindre et espère que sa prière lui permettra d’obtenir une immunité similaire à celle du saint. Certains artistes placent d’ailleurs les flèches aux endroits où les inflammations des ganglions lymphatiques dues à la maladie apparaissent le plus souvent, par exemple sur l’aine, comme c’est le cas sur ce panneau.

Une autre lecture, plus érotique, suggère que la légende, initialement prise au sens religieux, devient symbole de culte charnel. La frontière se fait effectivement faible entre l’extase sacrée et l’extase profane, principalement au XVIème siècle, époque où s’exprime un culte de la beauté marqué de paganisme. Le motif de la flèche possède une double signification : elle est à la fois l’instrument de l’amour, attribut d’Eros, et symbole phallique. La représentation de saint Sébastien et de son martyre s’inscrit donc à la jonction entre le charnel et le divin.

La composition de ce petit panneau n’échappe pas à l’iconographie traditionnelle, tout en allégeant l’aspect sérieux du thème. Le regard malicieux du soldat, le visage impassible mais presque rieur du saint et les costumes bariolés d’époque des deux archers, confèrent à cette scène un charme et une ironie propres aux artistes flamands de cette période. Sébastien, bien qu’il ne soit pas totalement stoïque, est placé en hauteur et contraste dans son apparente sérénité avec l’attitude grotesque des exécuteurs. La représentation de Rome à l’arrière-plan prend l’allure d’un château médiéval qui se fond dans un paysage typiquement flamand.

La beauté de la nudité, la jeunesse, la force due au métier d’armes, les flèches symboliques, la douleur, l’extase, tous ces motifs font que ce thème possède une extraordinaire popularité et une iconographie remarquable.

Provenance : Collection privée, Belgique