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de jonckheere old masters

MARCELLUS COFFERMANS

La Sainte Famille entourée d’anges, Repos dans la Fuite en Egypte

Panneau : 25 x 19 cm

Signé à droite "Marcellus Koffermans / fecit".

présentation

Peu de renseignements sur la vie de ce maître singulier nous sont parvenus. Vraisemblablement né à Anvers, il accède à la maîtrise dans cette même ville en 1549. Ses œuvres datées, dont les dates s'échelonnent entre 1560 et 1570, révèlent une personnalité artistique complexe : essentiellement attiré par le monde tout en certitudes de ses illustres prédécesseurs, Coffermans fait figure de maître archaïsant privilégiant les modèles, compositions et typologies dérivés de l'univers des primitifs flamands comme Gérard David, van der Goes, en passant par van der Weyden. Il puise également dans l'œuvre graphique de M. Schongauer.

Un examen plus attentif de son œuvre révèle d'ailleurs des influences résolument plus éclectiques et modernes, que ce soit dans l'attention qu'il porte au rendu paysager, la typologie de ses architectures, l'allure naturaliste de ses figures ou encore dans la facture simplifiée et enlevée de ses œuvres. Attestant de la persistance du goût pour la manière ancienne tant chez les artistes que chez les commanditaires d'œuvres d'art du XVIe siècle, l'œuvre de Coffermans révèle une facette autre et résolument personnelle de cette période de bouleversements que fut la Renaissance aux Pays-Bas.

Reprenant les compositions nées à Bruges et à Gand au siècle passé, Marcellus Coffermans s'illustre par des sujets religieux de petits formats, propres à la dévotion privée. Son répertoire cite les grands maîtres tels que Memling, van der Weyden et David.

Au cœur d'un charmant paysage panoramique, la sainte Famille entourée par quatre anges s'est abritée sous un arbre. Ici se côtoient subtilement deux types iconographiques : la Vierge à l'Enfant entourée d'anges et le Repos pendant la Fuite en Égypte. Coffermans en fait une synthèse particulièrement harmonieuse, associant des éléments de compositions existantes dont il s'inspire. La Vierge au centre renvoie à la typologie de celles peintes par Rogier van der Weyden. L'Enfant, debout sur les genoux de sa mère l'enlaçant des deux mains, ne la regarde pas. Derrière eux un groupe traditionnel de trois anges, dont l'un tient une partition musicale avec l'inscription latine rappelant les premiers vers d'un poème liturgique latin attribué à Saint Bernard de Clairvaux " Ave, puer parvule, Gœlorum rex sublimis, Nobilis infautule, Deus magne nimis ". La vivacité des couleurs dans les plumes de leurs ailes, ainsi que la bonhomie de leurs visages juvéniles donnent à ce groupe une qualité particulière. Un quatrième ange, vêtu d'orange, s'est accroupi derrière eux et observe la Vierge à l'Enfant. Ce détail tendre donne à la scène un caractère malicieux. Joseph endormi est peut-être une citation de Martin Schongauer, rappelant les disciples du Christ endormis au Mont des Oliviers. Cette iconographie est assez rare, et participe de l'ensemble intime de l'œuvre. On notera la beauté harmonieuse des visages de chacun des membres de la scène, carnation douce et plénitude des expressions ; un calme certain se dégage de cette image.

La beauté du paysage environnant montre l'ampleur de l'influence des grands maîtres du paysage flamand comme Joachim Patenier et Herri Met de Bles. Derrière Joseph, est sis une maison de maître, cerclée d'eau. Un petit personnage chapeauté de rouge observe des cygnes sur cet eau translucide. Le peintre fait ici l'effort des reflets, et les fines traces de blanc qui nimbent l'étendue d'eau prouve le raffinement de ce peintre dans le rendu de la nature. Une ville au loin, d'un gris bleuté, répond aux préceptes de la perspective atmosphérique envisagée par les grands noms du genre à cette époque. La frondaison ronde et charnue des arbres est aussi significative de cet artiste dont la touche précise et pleine augmente le modelé et le rendu des formes.

Une autre version de ce tableautin est citée par Vrij, conservée au Musée du Prado à Madrid, au sommet d'un polyptique. Notre tableau fait partie des treize œuvres signées par l'artiste et illustre avec délicatesse les sujets mariaux chers à Coffermans. La fraicheur de son coloris et la qualité de sa facture en font un très bel exemple de son œuvre.


Provenance :
Collection du Marquis d'Aoust, Paris ; Collection Mueller, Berlin, avant 1902 ; Collection Adolphe Schloss, Paris, de 1902 à 1949 ; Vente "La collection de feu M. Adolphe Schloss", Paris, Galerie Charpentier, 25 mai 1949, lot 12 (repr.), vendu 650 000 francs ;
Vente anonyme, Galerie Charpentier, Paris, 7-8 décembre 1954, lot 58, vendu 730 000 francs ;
Collection privée.


Littérature :
G. H. De Loo, Exposition de tableaux flamands des XIVe, XVe, et XVIe siècles. Bruges, 15 juin 1902 au 15 septembre 1902, catalogue critique, Gent 1902, p. 63, n°235 ;
M.-J. Friedländer, "Die Brügger Leihausstellung von 1902", Repertorium für Kunstwissenschaft 26, 1903, pp. 147-175, cité p. 162 ; Diaz Pardon, "Identificacion de algunas pinturas de Marcellus Coffermans", in Bulletin des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles, 1981-1984, pp. 33 à 61, cité p. 46 ; Marc Rudolf de Vrij, Marcellus Coffermans, Amsterdam, éditeur M.R.V., 2003, p. 107-108, repr. pl. 13.


Expositions :
Bruges, 1902 : Provinciaal Hof, Exposition de primitifs flamands et d'art ancien, 15 juin 1902 au 15 septembre 1902, n° 235 (catalogue par H. Hulin de Loo).